Comme je le connais surtout comme entarteur, je m’avance vers lui, lui précise mon toute mon ignorance du personnage, et je me présente : « Je m’appelle Reine ». Il me dit avec spontanéité et légèreté : « Et moi, je suis le fou de la reine ». Décidemment sympathique, ce Gourd. Cet artiste polyvalent pour ne pas dire flamboyant, est aussi simple et accessible qu’il est créatif.
Il me fait faire le tour de la salle et me présente ses œuvres réunies par thème un peu partout dans les deux salles. Dans la première, on peut découvrir ses premières peintures. « J’ai décidé d’être peintre en 1986 », me lance-t-il. Comme ça, parce qu’il envie.
« Ici, c’est la zone Van Gourd.» Il y a la première série de tableaux sur lesquels, on peut voir des personnages colorés, presque des masques. Un peu plus loin, il y a une série de tableaux de collage.
Plusieurs de ses œuvres ont été achetées par des artistes connus : Marjo, Pascale Bussières, Armand Vaillancourt. Il a rappelé chacun des propriétaires pour monter cette exposition.
C’est que ses œuvres sont non seulement intéressantes pour la folie qu’elles expriment mais également très fort jolies. L’artiste a du goût et le sens de l’harmonie. Et ses œuvres sont à l’image du personnage : très colorées.
Il me raconte un peu ses réalisations. Simplement, sans aucune prétention. En 1983, il ouvrait avec deux amis, Bernard Paquette et Normand Boileau, le célèbre club Les Foufounes électriques. L’année suivante, il créait Peinture en direct, un événement qui a fait des petits jusqu’en Europe. En 2001, avec Clémence Boucher, François Chevalier et Line Pelletier, il lançait la Journée de la lenteur qui se tient maintenant chaque an. « Les lents d’Amérique (l’élan) », ironise Gourd. Il a notamment participé à des séminaires du fameux Dr Patch Adams. Des stages de clown.
Il y a aussi ce qu’il nomme le terrorisme burlesque, l’entartage. Lors du procès de Jean Lafleur à la Commission Gomery, il est entré déguisé en clown avec un ami dans la salle d’audition pour lancer une tarte à la figure de celui qui : « il souffre d’une amnésie du cash. Je l’ai nommé président des Hells Zheimer », raconte Gourd en rigolant, visiblement fier de son jeu d’esprit et qui a par la suite sorti l’expression « Québec, je me souviens pu ».
« François Gourd est là pour rappeler les travers de la rectitude politique actuelle », souligne le conservateur François Renaud, fier quant à lui de présenter l’œuvre artistique de cet artiste originaire de Val d’Or, en Abitibi. Comme Raoul Duguay dont il rappelle le rôle social tout aussi essentiel. « Gourd, c’est un incontournable. C’est un rassembleur. Autant Raoul Duguay a été au 1er plan de la contre-culture, autant Gourd a été le 1er au plan des cultures émergentes au Québec », ajoute M. Renaud qui précise la présence des deux présidents d’honneur, Francine Grimaldi et d’Armand Vaillancourt au vernissage, le 3 septembre prochain à 19h au Centre d’exposition, sur la rue Évry.
Gourd s’est aussi commis dans la réalisation cinoche : « L’avis des autres»,
« Masturbation libre », « Le village de l’île perdue». Pour « La pharmacie de l’espoir», il a réuni 39 comédiens connus qui improvisent sur le chemin menant au bonheur, question de redonner espoir à l’humanité. Filmé en douze heures. Le film présenté a été présenté au Festival des films du monde. La production n’est pas signée par un professionnel du 7e art. François Gourd est un totodidacte. C’est lui qui le dit.
Juste à côté, dans la salle réservée habituellement à accueillir les manteaux des gens, il a accroché les siens. « Ici, c’est la section Coco Chagourd et voici mes malades manteaux », lance tout bonnement l’artiste qui n’en finit plus d’étonner.
Il y aussi un coin VaillantGourd qui rassemble quelques sculptures. Des pièces de bois, des cœurs de djembe, qu’il a sablées, vernies et gravées avec la loupe sous la chaleur du soleil. Il réalisé une soixantaine de ces totems chamaniques.
« Moi, je suis foulosophe. Dans la vie, pour être heureux et bien, il faut être équilibré. Si les gens étaient plus créatifs, ils ne feraient pas de guerre », fait-il remarquer.
L’homme Gourd a touché la politique. Il a fait la campagne électorale dans Outremont, l’an dernier pour le parti Néo-Rhino, le successeur du parti Rhinocéros dont il a été membre dès le début. « J’ai eu 11 145 votes…moins 11 000. »
François Gourd est un homme polyvalent. C’est aussi le papa de deux adolescents, Aristophane et Félix, qui amèneront leurs propres créations sur place. Une chose est certaine : si la folie ne se fait pas enfermer, elle mène à la créativité. Gourd le prouve. Certains l’envient même, comme Pierre Foglia qui a déjà écrit à son sujet : « Les gens me traitent souvent de fou du roi. Ils pensent me désobliger. Ils me donnent seulement le regret de ne pas être libre comme François (Gourd). »
« François Gourd est là pour rappeler les travers de la rectitude politique actuelle » -
