L'association n'existe que depuis 2005, mais elle se bat énergiquement pour convaincre le gouvernement Charest de poser un geste concret en faveur de ces couples obligés de passer par la conception assistée pour devenir parents. C'est que les frais sont onéreux. Évidemment, les coûts varient en fonction de la pathologie et de la technique utilisée mais il faut compter entre 5000$ et 10 000$ par essai. Et qui dit essai ne dit pas forcément réussite. « C'est incroyable que l'on soit obligé de payer pour avoir un enfant. C'est inconcevable en 2007 », soutient Caroline Amireault, touchée par cette injustice. En prenant la présidence de l'ACIQ, l'avocate de L'Épiphanie, s'est trouvé un cheval de bataille dont elle connaît tout. Ou presque. Comme pour 12 à 15 % des couples occidentaux, son couple s'est retrouvé avec un problème d'infertilité. Un drame pour deux personnes qui s'aiment et veulent fonder une famille. Des chiffres communs à bien des pays et pourtant représentatifs même au niveau local. « Cette proportion-là, je la vois tous les jours dans la région, estime Mme Amireault. Y'a toujours quelqu'un qui connaît quelqu'un qui ne peut pas avoir d'enfant. »
Directement touchéeElle a elle-même fait le choix d'une procréation In Vitro lorsque le problème s'est présenté dans son couple. Trois tentatives pour deux réussites. Enfin trois réussites puisque trois enfants en sont nés. Le premier en 2005 puis un couple de jumeaux en 2006. Le premier essai avait échoué. Un échec terrible pour l'avocate. « C'était le premier mur que je n'arrivais pas à traverser dans ma vie, confie Mme Amireault. C'était la fin du monde. » Le couple envisage l'adoption pendant un moment mais il revient vite à la charge. Le deuxième essai s'avère le bon. Un petit garçon naîtra dans les mois qui suivront puis les jumeaux suivront l'année suivante. Mais l'aventure aura coûté cher: 30 000$.
Jeune mais activeSensibilisée directement par ce problème, Mme Amireault se débat actuellement pour que les femmes du Québec aient la chance de vivre leur rêve d'enfanter. L'association est encore jeune mais elle s'active. Les 40 membres qui en font partie travaillent sur un mémoire qui sera déposé auprès du gouvernement pour faire changer les choses. Il y a aussi une pétition qui circule à cet effet depuis le début du printemps. Déjà 1000 noms y figurent: www.couples-infertiles-quebec.org/petition.html Mme Amireault reconnaît le geste du gouvernement Landry qui a fait adopter un crédit d'impôt de 30% sur les frais de traitement mais elle considère tout de même que c'est insuffisant. Ce qu'il faut, selon elle, c'est que le gouvernement reconnaisse l'infertilité comme une maladie afin de faire défrayer les coûts par la RAMQ. L'organisation mondiale de la santé (OMS) l'a déjà reconnue et certains pays européens comme la France et la Belgique paient entièrement ces traitements.
Concession honorable«C'est incroyable que l'on soit obligé de payer pour avoir un enfant.» -
Pour convaincre le gouvernement d'ouvrir son portefeuille, Mme Amireault propose une concession importante. Les frais remboursables ne le seraient que sur un seul embryon. Les couples qui désirent malgré tout garder des embryons supplémentaires devraient payer les frais qui s'ensuivent. « Faut faire notre bout de chemin», estime Mme Amireault, de bonne foi. C'est que le suivi d'une grossesse multiple par un médecin entraîne d'énormes coûts, explique l'avocate, puisqu'il faut plus d'un médecin par enfant. Si l'on tient compte que les frais de visite et la possible hospitalisation d'un enfant prématuré à l'hôpital sont assumés par la RAMQ, on parle de frais adhérents approximatifs de 10 000$ pour un enfant, 70 000$ pour des jumeaux et pas loin de 240 000$ pour des triplets.
Foetus multiples, risques accrusComme le rapporte un mémoire déposé par la Société des néonatologistes du Québec et l'Association des pédiatres du Québec le 29 mars 2006 auprès du gouvernement du Québec, les risques de mortalité infantile montent jusqu'à 70% en cas de naissance prématurée plus fréquente lors des naissances multiples. «Au cours des dernières années, l'incidence des jumeaux a augmenté de 30 à 40% et les grossesses de trois fœtus et plus de 300-400%. Ce succès en termes de naissances vivantes pour les cliniques de fertilités s'est traduit par une augmentation de 1.5% des naissances prématurées au Canada. 70% de la mortalité et morbidité périnatales sont directement reliées aux naissances prématurées. La conséquence de l'augmentation des grossesses multiples iatrogènes est non négligeable en termes de coûts pour la collectivité. » Entre 25 à 30 % des essais cliniques se concluent par un résultat positif. C'est peu. Et pas à la portée de toutes les bourses. D'ailleurs, l'un des points revendiqués par Caroline Amireault, consiste à faire avancer la somme d'argent nécessaire avant le début des traitements car les couples désireux d'avoir des enfants n'ont pas tous le budget permettant d'entreprendre de telles démarches. Pour bien des couples touchés par l'infertilité, la seule issue possible pour avoir des enfants sans passer par l'adoption demeure encore la conception assistée. Comme l'exprime si bien Caroline Amireault: « Quand tu veux des enfants et que tu n'as pas d'autres portes, tu fais comme Alice au pays des merveilles, tu te fais toute petite pour tenter de passer par cette porte. »
