6h45, intersection des rues Iberville et Beauchesne dans la ville de Repentigny. Plusieurs travailleurs et étudiants attendent patiemment l’arrivée de l’autobus dans la noirceur et l’air glacial d’un matin de janvier. L’autobus arrive finalement, 10 minutes en retard, presque bondée déjà même si le circuit en est à ses débuts. Le trajet durera environ 1 heure, si les conditions routières et atmosphériques sont clémentes, bien entendu. Jour après jour, des centaines, voire des milliers de banlieusards se dirigent vers les principaux centres urbains pour travailler ou étudier. Pourtant, ce mouvement de population n’est pas facilité par le transport en commun des différentes banlieues du Québec. Malgré une demande toujours croissante, on ne peut que constater l’inefficacité du transport en commun lorsqu’il s’agit de desservir les zones éloignées du centre de la ville de Montréal. Il est évident, selon les dires de plusieurs usagers des autobus, métro et trains de banlieues des régions métropolitaines, que les réseaux ne sont pas prêts à répondre. « Il n’est pas rare que le métro déborde, que les trains de banlieues soient pleins et que les autobus soient lents et pris dans le trafic », comme l’explique le journaliste Bruno Bisson dans le quotidien La Presse. Pourtant, en 2006, la Communauté métropolitaine de Montréal publiait un observatoire du grand Montréal afin de rassembler des statistiques sur les habitudes des banlieusards des différentes régions métropolitaines. Le sondage démontra que seulement 6% de la population active de Repentigny utilisait le transport en commun pour se rendre au travail. Charlemagne en comptait 2,6% et l’Assomption 2,3%. Ce même sondage révéla que 33, 9% de la population repentignoise effectuait un navetage de plus de 25 kilomètres, chaque matin, pour se rendre sur les lieux du travail. 19,8% de la population de Charlemagne et 34,6% de la population de l’Assomption se retrouvaient également dans ces nombreux kilomètres à parcourir avant d’atteindre leur milieu de travail respectif. Malgré la conscientisation environnementale des dernières années, plusieurs milliers de banlieusards ont privilégié l’utilisation de leur voiture pour leurs nombreux déplacements. Comment expliquer ce phénomène? « Il y a lieu de se questionner sur l’efficacité du transport en commun. La plupart des banlieusards prennent leur voiture parce qu’elle est beaucoup plus rapide, à condition de partir très tôt », concluait l’équipe de l’émission 5 sur 5 diffusée le 3 février 2002 sur les ondes de Radio-Canada. Suite à un reportage sur un banlieusard effectuant le même trajet en autobus et en voiture, l’équipe journalistique concluait que l’automobile demeure indissociable de la vie de banlieue, composant les trois quarts des voitures circulant à Montréal. Les banlieusards préfèrent utiliser leur voiture malgré les embouteillages, la pollution et les coûts puisqu’elle est plus confortable, plus autonome et beaucoup plus rapide que le transport en commun. Pourtant, les principaux dirigeants des banlieues avoisinant l’île de Montréal assurent que les services de transports ne cessent de s’améliorer pour assurer un service plus rapide et plus adapté aux besoins des travailleurs et des étudiants. Norman Parisien, directeur de Transports 2000 Québec, aborde dans ce sens. Des fonctionnaires, des élus, mêmes des décideurs d’entreprise qui ne voulaient rien savoir des transports en commun s’impliquent maintenant dans la mise en place d’un système de transport adapté à l’augmentation du nombre d’usagers. L’Agence métropolitaine de transport (AMT) a même annoncé récemment des achats de matériel roulant neuf totalisant plus de 600 millions pour les trains de banlieue de la métropole. Le Train de l’Est, un projet de plus de 300 millions de dollars, a également vu le jour. Ce projet attendu par les lanaudois depuis de nombreuses années permettrait de rejoindre le centre de la métropole en 61 minutes, soit une trentaine de minutes de moins que le circuit autobus-métro. Toutefois, la lenteur du système de transport repentignois est toujours aussi remarquable. Certes, les conditions de circulation n’aident en rien le bon déplacement des autobus mais il est tout de même possible de constater que les circuits sont longs et lents. « Atteindre la station de métro Radisson en voiture prend environ 20 minutes. Si je prends l’autobus, cela me prendra au moins 1 heure», explique Jessica Langlois, étudiante à l’Université du Québec à Montréal qui doit régulièrement prendre le transport en commun. Il est à noter que la ville de Repentigny a toutefois récemment augmenté le nombre de circuits pour améliorer le service. Le circuit 20, par exemple, permet maintenant de se rendre au métro Radisson en 20 minutes. « La 20 aide vraiment quand on est pressé. Il faut par contre se rendre au centre d’échange de Repentigny et voyager aux heures de pointes. Si notre cours termine à 21h00, je dois oublier un autobus rapide. Il ne me reste que la « 3 ». Si je la manque, je devrai attendre 1 heure à la station Radisson, puisqu’à Repentigny les autobus ne passent qu’aux heures en dehors des heures de pointes», explique cette résidente de la ville de Repentigny depuis plus de 20 ans. Il n’est donc pas surprenant de lire des commentaires d’internautes sur les piètres services d’autobus de la ville de Repentigny. Cette situation contribue probablement à inciter les banlieusards à utiliser leur voiture et créer des bouchons monstres tous les matins de la semaine sur l’autoroute 40 direction ouest. « Des autobus régulièrement en panne, des horaires qui ne sont pas respectés, des autobus qui ne peuvent embarquer personne car ils sont trop bondés à cause des multiples retards », explique un internaute frustré de la situation, visiblement citoyen de la ville de Repentigny. D’une part, selon l’Association du transport urbain du Québec, les activités de transport sont aussi la cause de décès et de blessures graves lors d’accidents de la route. Au Canada, les accidents impliquant des véhicules motorisés tuent plus de 3 000 personnes chaque année et sont la cause principale de décès par accident pour les moins de 35 ans. Ils coûtent également, chaque année, 10 millions de dollars en soins de santé. En plus d’être une solution efficace à la pollution atmosphérique, le transport en commun contribue à diminuer considérablement les coûts de soins de santé liés à certaines maladies respiratoires et cardio-vasculaires. Selon un rapport du gouvernement fédéral, la pollution atmosphérique est responsable de quelques 5 000 décès prématurés par année dans 11 grandes villes canadiennes. De plus, les études scientifiques démontrent que les individus qui dépendent de l’automobile pour le transport ont plus de problèmes de santé reliés au poids que les individus qui utilisent le transport alternatif (transport en commun et transport actif, entre autres). Des chercheurs américains ont noté que les utilisateurs de transport en commun marchaient en moyenne 24 minutes par jour. Ainsi, l’utilisation du transport en commun est associée à une diminution pouvant atteindre 23% des risques d’obésité par rapport à l’utilisation de l’automobile. D’autre part, selon l’Association canadienne du transport urbain (ACTU), sans les services de transport en commun, il y aurait chaque année au Canada à peu près 150 collisions mortelles et 11 000 collisions avec blessures de plus. Dans la région de Montréal, le transport en commun contribue à réduire de 61,9 M$ les frais causés par les accidents routiers. Le transport en commun en région s’avère donc un système à privilégier et à concevoir selon les véritables besoins des travailleurs. La plupart des banlieusards qui doivent se déplacer, c’est-à-dire des familles, des travailleurs et des étudiants, s’attendent à un service de qualité, rapide et adapté à leur rythme de vie effréné. Il est donc inconcevable qu’un système de transport d’une ville de plus en plus habitée, comme l’est Repentigny depuis quelques années, offre à ses citoyens des autobus aux heures ou des circuits d’une longueur dépassant la bonne entente. Avec la crise économique qui sonne à notre porte, les dirigeants élus aux conseils municipaux des banlieues devront révolutionner rapidement les systèmes de transport en commun pour permettre aux citoyens d’économiser sur l’essence et les frais d’entretiens, occasionnés par l’utilisation trop fréquente de la voiture. Peut-être un changement notable dans les circuits et les horaires d’autobus, de métro et de trains de banlieues contribuerait à alléger la congestion des différentes autoroutes entourant l’île de Montréal et ainsi améliorer la qualité de l’air, assurer des économies au gouvernement et diminuer les risques de décès ou de maladie causés par l’utilisation des voitures.
Pas toujours facile, le transport en commun vers Montréal
par Mylaine Veilleux
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