L’Association canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA) tente de mobiliser les dépanneurs et les députés pour faire descendre la contrebande de tabac à 10%. Les outils qu’elle offre font tiquer la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac (CQCT).
Plus de 40% des cigarettes qui circulent sur le marché arrivent par la voie de la contrebande. « Notre objectif est de diminuer ce marché à 10%. C’est ambitieux, mais réaliste si le gouvernement s’en mêle », explique Jean-François Roux, conseiller régional de l’ACDA.
Il profite donc de sa tournée nationale pour donner des outils aux députés visés par cette campagne. La documentation qu’il leur remet comprend 10 actions qui pourraient aider. Parmi elles, on peut trouver : faire de la lutte à la contrebande de tabac une priorité locale, rencontrer les directions en visitant les écoles, former une table de concertation et se mettre dans la peau d’un propriétaire de dépanneur.
En entrevue, M. Roux affirme que l’ACDA veut voir diminuer les taxes sur les produits à base de tabac. « Ils se vendent jusqu’à cinq fois plus cher. Nous ne pouvons plus être compétitifs. Nous demandons donc une baisse temporaire des taxes qui représentent environ 80% du prix », déclare-t-il.
Il rappelle qu’entre 1994 et 2001, les taxes étaient moins élevées et qu’une baisse du marché illégal aurait été perçue. « Selon une étude de Santé Canada, faite en 1994 et publiée récemment, les taxes n’auraient aucun impact sur le taux de tabagisme. Ce dernier point ne justifie pas le risque de continuer ce marché », ajoute-t-il. Il précise que le tabac est un produit socialement accepté, ce qui ouvre les portes au crime organisé.
« On voit une différence depuis que l’ACDA fait sa campagne », affirme Robert Allard, propriétaire du Dépanneur Allard, à Saint-Sulpice. Il souligne qu’il y a plus de gens qui viennent acheter leurs cigarettes dans le dépanneur, plutôt que de l’acheter dans la rue. Il ajoute que les jeunes n’ont pas plus de chances d’avoir une cigarette en magasin, car les lois sont de plus en plus sévères. « Si on se fait prendre à vendre du tabac à des mineurs, la première offense engendre une contravention variant entre 300$ et 3000$. On peut même perdre notre licence », déclare-t-il.
Aux yeux de la CQCT, ces idées n’aideraient pas la lutte et encourageraient le tabagisme. « Les dépanneurs n’ont pas la santé des jeunes à cœur. Ils veulent faire du profit », poursuit Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la CQCT. Elle prétend que les cigarettiers étaient derrière la contrebande du début des années 1990 : « ils désiraient une baisse de taxes pour vendre plus de cigarettes », affirme-t-elle. Selon la CQCT, l’étude de Santé Canada en est une à trop court terme. Flory Doucas dit qu’il est impossible de voir l’impact réel d’une baisse de taxes sur les produits de tabac en un an et demie, temps qu’aurait pris l’étude. « Les prix élevés diminuent le tabagisme. Si on baisse les taxes, on verra une hausse du tabagisme auprès des jeunes et une baisse du désir de cessation », clame-t-elle. La CQCT réclame différentes mesures au gouvernement. « Nous voulons qu’il intervienne sur le plan des matières premières. Cela ne l’oblige pas à intervenir sur les réserves où les cigarettes sont assemblées. Nous voulons qu’il agisse avant même l’assemblage, soit lors de l’arrivée des produits au Québec », explique Mme Doucas. Elle estime que si le problème avait été aux États-Unis, en partance du Canada, il y aurait longtemps que le pays de l’Oncle Sam y aurait mis un terme.
