CSA : de nouvelles règles de passage qui ne font pas l'unanimité

Olivia Nguonly olivia.nguonly@tc.tc
Publié le 29 janvier 2014

La CSA a adopté de nouvelles règles de passage du premier au deuxième cycle du secondaire.

©Caroline Mireault

La semaine dernière, un texte d'opinion paru dans le quotidien La Presse a fait l'objet de nombreux partages sur les réseaux sociaux. Son auteur, Stéphane Lévesque, enseigne à l'école secondaire Paul-Arseneau de L'Assomption. Il y dénonce le nouveau virage qu'empruntera la Commission scolaire des Affluents (CSA) dans le chapitre des nouvelles règles de passage du premier au deuxième cycle du secondaire. Il n'en fallait pas plus pour que le papier de M. Lévesque, «Le diplôme d'études secondaires n'est plus», soulève des questionnements, autant au sein des enseignants que de la population en général.

« C'est absolument faux de penser que le diplôme d'études secondaires (DES) perdra de sa valeur », réfute Isabelle Lemire, directrice adjointe du Service éducatif à la CSA. Surprise que certains éléments n'aient pas été compris des enseignants lors de sa tournée des écoles, elle souligne que les nouvelles règles de passage sont le fruit de réflexions, d'études et de consultations.

« Nous avons regardé ce qui se faisait dans les autres commissions scolaires pour constater que chez nous, on exigeait beaucoup des élèves. […] La question est de savoir si certains élèves auraient pu être promus en 3e secondaire, et qui, à cause des règles de passage [qui était effectives jusqu'en juin 2013], ont peut-être doublé. »

La question des unités

L'élément qui semble avoir suscité le plus de réactions à travers le papier de M. Lévesque est la question des unités. Il écrit : « Ce que les gestionnaires de ma commission scolaire ont récemment décidé […] en abaissant à 18 unités sur 36 le seuil minimal pour passer de la 2e à la 3e année du secondaire. En gros, ça veut dire que si un jeune a coulé tous ses cours en 1re et la moitié de ses cours en 2e, on l'enverra en 3e ». L'enseignant conclut en remettant en question la valeur du DES : « On diplômera donc des élèves qui connaîtront moins de choses, qui auront compris moins de notions, qui auront moins réussi, qui seront plus faibles ».

La directrice adjointe n'est pas d'accord et rappelle que les épreuves ministérielles de 4e et 5e font toujours partie du cheminement et que l'obtention du DES est toujours de 54 unités. « On ne veut pas que ça soit seulement un calcul d'unités, mais bien une analyse du dossier de l'élève. […] Il y a un facteur humain aussi là-dedans. »

Toujours dans le chapitre des unités, Mme Lemire cite en exemple la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI), qui ne travaille plus avec ce système. « La CSSMI n'a pas de chiffres [unités], nous peut-être qu'un jour nous n'en aurons plus. […] Les unités, en 1re, 2e et 3e, ça ne compte pas. Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) regarde celles de 4e et 5e, c'est tout. Les unités sont des vestiges d'un ancien régime », explique-t-elle.

La tâche des enseignants

Devant ces nouvelles règles, la tâche des enseignants de 3e secondaire se verra-t-elle alourdie? Mme Lemire estime que non. « Il y a déjà une discussion entre les enseignants de 2e et 3e, tout dépend des modalités des écoles. […] Les enseignants enseignent selon les besoins des élèves. Ça fait partie des compétences professionnelles des enseignants et c'est aussi dans la loi de l'instruction publique. » Notre interlocutrice rappelle que ces nouvelles règles de passage ne toucheront pas un grand nombre d'élèves : « Ce n'est pas une passoire. Je pense qu'on fait beaucoup d'éclat pour quelques élèves qui ont passé et bénéficié de ce privilège ».

Contrer le décrochage

La directrice adjointe du Service éducatif affirme que garder certains élèves en 2e secondaire pourrait constituer une source de démotivation. « J'ai des témoignages de directions d'école qui me disent "Je les ai perdus ces élèves-là. Ils attendent d'avoir 16 ans pour s'en aller." Ai-je rempli ma mission? Je pense que non. »

Elle poursuit : « Là, on est à la lutte au décrochage scolaire. Est-ce que tous les élèves vont se rendre jusqu'au DES? Malheureusement non, mais ma question est jusqu'où je peux mener un enfant dans sa scolarité? Le plus loin possible ». Selon les études consultées, le redoublement ferait partie des facteurs liés au décrochage scolaire.

« Les facteurs humains » dans l'analyse d'un dossier d'un élève

- L'analyse d'éléments qualitatifs : l'âge, son historique de progression, son historique de services reçus, l'étude de ses résultats scolaires, l'analyse de sa motivation scolaire, ses besoins…

- Laisser la place au jugement de la direction dans l'analyse du dossier

- Viser l'obtention du DES en cinq ans (ou l'obtention d'un certificat de formation menant à l'exercice d'un métier semi-spécialisé)

- Analyser les mesures d'appui mises en place pour l'élève