Le dossier du Loft des 4 pattes de nouveau mis de l’avant

Témoignage de la conseillère Maryse Turgeon dans le procès Gingras

Valérie Houle valerie.houle@tc.tc
Publié le 20 octobre 2016

La conseillère Maryse Turgeon s'est dissociée du maire Gingras.

©Photo TC Media - archives

PROCÈS. Le maire de L’Assomption aurait tenté à au moins deux reprises de s’immiscer dans le dossier du Loft des 4 pattes, alors qu’il avait dit avant les élections qu’il ne se mêlerait pas au dossier s’il était élu. C’est ce qu’a déclaré la conseillère Maryse Turgeon lors de son témoignage dans le cadre du procès pour inhabilité à siéger de Jean-Claude Gingras, ce qui vient, par le fait même, corroborer d'autres témoignages.

Plusieurs témoins ont affirmé, à l’occasion de ce procès et lors des audiences de la Commission municipale du Québec, que Jean-Claude Gingras aurait tenté de s’immiscer, d’intervenir, de faire intervenir quelqu’un en sa faveur, de régler, bref de se mêler du dossier qui opposait la la ville au Loft des 4 pattes, entreprise dont le maire de L’Assomption était propriétaire.

Tu vas devoir régler mon dossier [du Loft]. Ça a coûté plus de 550 000$ à la Ville, vous devez régler ça. Propos qu'auraient tenu Jean-Claude Gingras à Maryse Turgeon

Potentiel conflit d’intérêts

Or, de par sa position de maire, il ne pouvait être mêlé en quoi que ce soit à ce dossier à titre de maire de L’Assomption, sinon il se retrouvait en conflit d’intérêts. Ce qu’il aurait tout de même fait.

Maryse Turgeon a entre autres raconté au juge Michel Yergeau que lors d’un entretien téléphonique qu’elle a eu en février avec le maire, ce dernier lui aurait que « M. [Richard] Prenevost [ancien conseiller municipal] allait régler le dossier du Loft lorsqu’il serait maire suppléant. » La conseillère municipale aurait demandé au maire s’il était certain de ce qu’il disait, ce à quoi il aurait répondu par l’affirmative.

Quelques semaines plus tard, à la fin mars ou au début avril, selon les souvenirs de Maryse Turgeon, le conseil municipal a dû prendre une décision s’il poursuivait ou non les démarches judiciaires contre le Loft des 4 pattes. Selon ce qu’elle a relaté, les conseillers municipaux auraient été unanimes sur ce point : les démarches devaient continuer.

Par la suite, alors qu’elle reconduisait le maire à son domicile, ce dernier lui aurait dit avant de sortir de la voiture : « Tu vas devoir régler mon dossier [du Loft]. Ça a coûté plus de 550 000$ à la Ville, vous devez régler ça. » Ce à quoi Maryse Turgeon dit avoir répondu qu’il n’avait pas le droit de parler de ce dossier. Lorsque l’avocat de la Ville de L’Assomption, Me Yves Chaîné, lui a demandé si elle était allée plus loin dans ses propos, cette dernière a rétorqué qu’elle était « quand même toute seule avec lui dans l’auto, je n’aurais pas osé le contredire. »

Pourtant, toujours selon le témoignage de la conseillère municipale, qui faisait partie de l’équipe de Jean-Claude Gingras lors de la campagne électorale, ce dernier aurait dit, alors que le dossier du Loft des 4 pattes avait été évoqué dans une réunion préélectorale, que s’il était élu, il « ne s’en mêlerait pas, qu’il se retirerait. »

Rencontre du 26 janvier 2014

En réponse aux question de l’avocat du maire, Me Pierre Éloi Talbot, Maryse Turgeon est revenue sur la rencontre informelle du 26 janvier 2014, à la suite de l’arrestation du maire pour conduites avec facultés affaiblies.

« Je n’étais pas contente de la présence de deux fonctionnaires [Chantal Bédard et Dominique Valiquette] à l’hôtel de ville, nous on était venus pour faire une déclaration au nom du conseil municipal. Je dois avouer que j’étais sur la défensive, mais nous avons tout de même rédigé la déclaration en fin de rencontre. » Déclaration qui mentionnait que les conseillers municipaux se dissociaient complètement des propos du maire tenus lors de son arrestation. « Il disait que c’était un coup monté contre lui par le service de police… On voulait se dissocier de ça certain! », a lancé Maryse Turgeon en fin de contre-interrogatoire.

Elle a aussi confirmé au juge que le lien de confiance a sérieusement commencé à se dégrader entre certains conseillers et le maire à partir de ce moment. « Le maire a fortement réagi, raconte-t-elle. Il a dit que les trois personnes présentes [Chantal Bédard, Dominique Valiquette et Suzanne Dubé] auraient des conséquences, et il a aussi été question de couper les accès à l’hôtel de ville de Fernand Gendron et Nicole Martel. »

Le lien de confiance se serait véritablement rompu lorsque le conseil a dû voter le règlement hors cours pour le départ de Martin Lelièvre. « Ça a été une déception. On a trouvé que ça coûtait excessivement cher. On lui a fait confiance pour sa supposée enquête contre le directeur général. Auparavant, il nous disait constamment qu’il avait trouvé de nouvelles informations, que ça progressait, que les avocats avaient tout ça en main, qu’il y avait des preuves béton, que ça allait bientôt sortir. Le lien de confiance a plus que diminué. »

Le prochain témoin à devoir comparaître est le conseiller municipal Fernand Gendron. Toutefois, Me Pierre Éloi Talbot plaidera jeudi matin pour demander la suspension du procès à cause de l’état de santé du maire. Le juge a mentionné qu’il prendrait une décision rapidement.