Fernand Gendron se rappelle très bien de la « liste noire » du maire

Valérie Houle valerie.houle@tc.tc
Publié le 21 octobre 2016

C’était au tour de Fernand Gendron de témoigner dans le procès civil pour rendre inhabile le maire de L’Assomption à siéger.

©Photo TC Media - archives

PROCÈS. Le conseiller municipal, Fernand Gendron, a confirmé une fois de plus dans son témoignage au procès pour rendre le maire de L’Assomption inhabile à siéger que Jean-Claude Gingras avait une liste noire d’employés de la ville, dont il voulait couper les postes pour économiser de l’argent.

Lors d’une rencontre qui a suivi de très peu l’élection, Fernand Gendron mentionne que le maire lui aurait présenté un tableau où les noms, les postes et les salaires étaient affichés. « Il disait qu’il voulait faire du ménage dans la ville, qu’il y avait trop de monde à l’hôtel de ville et il voulait couper tous les postes qui coûtaient les plus chers », a témoigné Fernand Gendron. 

Il voulait couper tous les postes qui coûtaient les plus chers Fernand Gendron

Selon ce que se souvient le conseiller municipal, cette liste comprenait des employés-cadres du service des loisirs, tels que Rémi Richard, Catherine Lebeau et Mathieu Lagacé, des cadres de l’urbanisme, soit le directeur Jean-Charles Drapeau et Patricia Ayotte, ainsi que deux cadres des travaux publics, le directeur Christian Demers et l’ingénieure Nancy St-Pierre. Des noms qui, d’ailleurs, avaient tous été nommés à la Commission municipale du Québec pour les mêmes raisons, et dont plusieurs d’entre eux ont témoigné lors des audiences.

Cette liste s’ajoute au service des communications, que Jean-Claude Gingras trouvait inutile, selon Fernand Gendron. « Il disait qu’on était capables de faire nos communications tout seuls, qu’on n’avait pas besoin de ça. »

« Ça » étant le poste de chef stratégie et communications, occupé à l’époque par Stefany Chénier. « Mais on en n’avait pas parlé plus que ça, on [les conseillers] n’avait pas eu de débat là-dessus. »

La suite des choses est connue : le poste de cadre a été aboli, et Stefany Chénier a été congédié, quelques jours à peine après l’assermentation des nouveaux élus. Fernand Gendron raconte comment le congédiement ce serait passé : « J’étais en rencontre avec le maire et le directeur général par intérim, Dominique Valiquettte, puis à un moment Jean-Claude Gingras a dit à M. Valiquette qu’il avait ‘’une job à faire’’. Il est parti 15 minutes et il est revenu. Quand je suis sorti, j’ai vu que Chantal Bédard était bouleversée, et c’est elle qui m’a appris que le conseil venait de congédier Stefany Chénier. »

@ST:Le Loft toujours de l’avant

@R:Le témoignage de Fernand Gendron ne diffère pas de celui des autres concernant le Loft des 4 pattes. Jean-Claude Gingras lui aurait à lui aussi demandé de « régler son dossier. »

« J’ai eu quelques échanges avec Jean-Claude Gingras sur le Loft, la plupart entre l’élection et la période de Noël », a dit le conseiller municipal au juge. Le maire de L’Assomption aurait entre autres tenté d’utiliser la nomination de Fernand Gendron au comité consultatif pour faire légaliser son commerce. « Je t’ai nommé à l’urbanisme, je veux que tu regardes mon dossier pour arrêter ça, que ça se règle », aurait dit le maire au conseiller municipal, qui aurait toujours dit au maire qu’il refusait de s’impliquer dans ce dossier.

M. Gingras aurait aussi tenté de passer par le comité consultatif d’urbanisme pour faire « légaliser » son Loft, et aurait demandé à Fernand Gendron de « regarder avec Dunton Rainville [les procureurs de la ville dans le dossier du Loft] pour faire arrêter les procédures », ce à quoi le conseiller municipal aurait répondu, encore une fois, qu’il « ne toucherait jamais » à ce dossier. « Mais quand il est contrarié, ce n’est pas facile de discuter avec lui, soit il arrête de parler, soit il s’emporte », a-t-il ajouté à l'intention du juge.

Fernand Gendron affirme aussi, comme d'autres témoins de ce procès, que la fameuse lettre qui confirmait que Me Prieur n’était plus l’avocat de Jean-Claude Gingras dans le dossier du Loft est arrivée beaucoup plus tard que ce que le maire avait au départ affirmé au conseil. Le tout, aurait-il dit, « pour une ‘’game’’ de procureurs, pour remettre la cause. » Ce a quoi Fernand Gendron a fortement réagi : « Je lui ai dit : es-tu en train de me dire que tu as manipulé le conseil pour faire remettre ta cause? Celle-là, elle ne passe pas. »

La Couronne terminait sa preuve vendredi avec le témoignage de Fernand Gendron. Ce sera au tour de la Ville de L’Assomption de faire sa preuve à compter de la semaine prochaine, puis le tour de la défense viendra. Le premier témoin de Me Pierre Éloi Talbot sera d’ailleurs Richard Prenevost, ancien conseiller