Sections

Dans la peau d'un camionneur

Une campagne de sensibilisation aux angles morts des poids lourds


Publié le 2 juillet 2017

Marie-Josée Michaud, contrôleur routier, était de passage à Repentigny à l'occasion de la Virée de la mairesse afin de sensibiliser les cyclistes aux dangers des angles morts des véhicules lourds.

©TC Media - Stéphane Grégoire

PRÉVENTION. Quand les gens montent à bord du 10 roues stationné au beau milieu du parc, leurs yeux s'écarquillent et ils tentent tant bien que mal de voir ce qui se cache sous le nez de l'imposant véhicule, mais sans succès. Contrôleur routier, Marie-Josée Michaud sensibilise les piétons et les cyclistes aux dimensions insoupçonnées des angles morts situés autour des camions.

« Cette activité a pour objectif de rendre visible ce qui est invisible », résume la constable spéciale embauchée par Contrôle routier Québec, qui était de passage à la Virée de la mairesse de Repentigny le 24 juin dernier.

Quand les gens montent, on dirait qu'ils viennent de tout comprendre. Ils disent souvent ''mais comment ils font: on ne voit rien!

Marie-Josée Michaud, contrôleur routier pour Contrôle routier Québec

Elle rappelle qu'à l'hiver 2008-2009, quatre piétons ont perdu la vie à Montréal pendant des opérations de déneigement. À la suite de ces décès, un rapport a été rendu public en 2010 et le coroner Luc Malouin recommandait entre autres à la SAAQ de créer une campagne de sensibilisation destinée aux piétons et aux cyclistes.

Pour un troisième été, Mme Michaud sillonne ainsi la région accompagnée de ses immenses tapis rouges afin de démontrer concrètement l'ampleur du danger lié aux angles morts des poids lourds.

« On ne voit rien! »

Marie-Josée Michaud, contrôleur routier, était de passage à Repentigny à l'occasion de la Virée de la mairesse afin de sensibiliser les cyclistes aux dangers des angles morts des véhicules lourds.
TC Media - Stéphane Grégoire

« L'idée, c'est vraiment de faire vivre la réalité du camionneur alors que les tapis représentent les angles morts. Une fois installés dans le siège du conducteur, les gens ne voient plus les tapis. On peut disposer une poussette ou un vélo dessus, et encore une fois, ils ne les verront pas », explique-t-elle.

« Quand les gens montent, on dirait qu'ils viennent de tout comprendre. Ils disent souvent ''mais comment ils font: on ne voit rien!'' », continue-t-elle.

Marie-Josée Michaud reconnaît toutefois que lorsqu'il est question de sécurité, la responsabilité émane des deux côtés, autant des camionneurs que des piétons. Mais selon elle, les chauffeurs en sont conscients et leur travail est de regarder au mieux de leurs capacités.

En incluant les mesures du camion, la zone comprenant les angles morts du 10 roues est de 9,5 mètres de largeur par 14,5 mètres de longueur.

Deux situations critiques

Selon les conclusions du coroner en 2010, deux situations ont été identifiées comme critiques et potentiellement dangereuses pour un piéton ou un cycliste, soit lorsque le piéton passe directement à l'avant d'un véhicule lourd arrêté avant que celui-ci ne redémarre et lorsque le piéton, sur le trottoir, à droite d'un camion, s'apprête à traverser vers le nord au moment où le véhicule lourd amorce un virage à droite.

C’est aux intersections en milieu urbain que la situation est la plus préoccupante, puisque c’est là qu’ont lieu la majorité des accidents impliquant un piéton ou un cycliste. En 2013, 55 % des accidents impliquant un piéton se sont déroulés à une intersection.

Une policière de Repentigny s'est jointe à Daniel Lafnier et Marie-Josée Michaud de Contrôle routier Québec.
TC Media - Stephane Gregoire Photographe

« La base pour un piéton, c'est de s'assurer d'être vu, d'avoir un contact visuel. Si le camionneur ne vous a pas vu, vous ne traversez pas », tranche Mme Michaud.

Si elle reconnaît que la cohabitation peut encore s'avérer difficile entre tous les usagers de la route, la contrôleur routier ne minimise cependant pas les efforts de sensibilisation mis en place à cet effet.

« Une chose est certaine, plus les gens seront informés et conscients de cette réalité, plus ils adapteront leur comportement lorsqu’ils seront à proximité d’un véhicule lourd, moins il y aura d’accidents. Chacun a sa part de responsabilité », conclut-elle.

Les dangers en chiffres

-          55% des accidents impliquant un piéton (tout véhicule routier confondu)  se sont produits à une intersection : 65 décès, 295 blessés graves, 2521 blessés légers. Total de 2881 victimes.

-          Pour ce qui est des cyclistes (2013): 19 décès, 114 blessés graves, 1768 blessés légers. Total de 1901 victimes.

-          30% des accidents de vélo mortels impliquaient un véhicule lourd.

-          En 2016, à Montréal, il y a eu  22 collisions mortelles : un conducteur, un passager, deux cyclistes, trois motocyclistes, 15 piétons (dont 8 vs camions) et responsabilité environ 50%-50% entre les piétons/camionneurs.

-          Sur ces 22 décès, 15 personnes avaient plus de 55 ans.

-          Lors d'une étude d'une durée de 30 minutes (entre 17h et 17h30) à une intersection montréalaise, 425 cyclistes sont passés: 19 ont fait leur arrêt complet, 108 ont ralenti et 298 n’ont pas ralenti. Donc, 95% des cyclistes n’ont pas fait leur arrêt obligatoire. Les cyclistes qui ne font pas leur arrêt obligatoire s’exposent à une amende de 169$ et 3 points d’inaptitude à leur permis de conduire.

Pour informations: saaq.gouv.qc.ca/controle-routier-quebec/