Louis Saïa, l'un des deux auteurs, en compagnie du metteur en scène, Frédéric Blanchette, heureux de présenter leur pièce à L'Assomption.
(Photo:André Sirois)
«Appelez-moi Stéphane!» prend l'affiche au THC
Stéphane, Gilbert, Jacqueline, Réjean, Louison et Jean-Guy reprennent vie dans Appelez-moi Stéphane, la pièce de Louis Saïa, l’auteur fétiche des Québécois, qui tiendra l’affiche tout l’été au Théâtre Hector-Charland dès le 14 juin.
Il s’agit d’une pièce écrite en 1978 par Claude Meunier et Louis Saïa. Frédéric Blanchette assure la mise en scène. Les diffuseurs du théâtre de L’Assomption ont voulu mettre une pointe d’originalité pour présenter l’événement culturel qui occupera leurs planches jusqu’en septembre. C’est donc à l’École nationale de théâtre, à Montréal, que les comédiens ont lancé leur invitation. Avec originalité, il faut le souligner. Le personnage principal, Stéphane Sylvain, incarné par Antoine Bertrand, a réuni les journalistes autour de lui et leur a demandé d’embarquer quelques minutes dans le jeu. Question de mieux comprendre le propos de la pièce.
« Acter, ça va augmenter votre personnalité », affirme Stéphane, à un moment dans la pièce. Affirmation clé qui résume bien à elle seule le scénario.
Jean-Guy, Réjean, Jacqueline, Louison et Gilbert, cinq personnes issues de milieux très différents s’inscrivent à un cours du soir en théâtre. Stéphane, leur professeur, véritable gourou des temps modernes, leur propose de monter une pièce dans laquelle chacun jouera une partie de sa propre histoire. Par son charisme évident et le talent naturel qu’il utilise pour déceler chez les autres la faille, Stéphane va peu à peu forcer ses élèves à confier leurs problèmes et à ouvrir les vannes de l’angoisse enfouie dans les plus profonds replis de l’âme. Amateurs dans leur jeu. Ces apprentis comédiens se retrouveront vite dans des situations cocasses et inattendues où leur expérience d’amateurs et leur vie privée seront mises au premier plan.
Propos actuel
Le phénomène de la manipulation de masse, du vedettariat instantané, n’est pas récent. C’est ce que pense Louis Saïa, l’un des deux auteurs. Déjà en écrivant la pièce, en 1978, Louis Saïa avait observé ces phénomènes issus d’une certaine modernité sociale. Les choses n’ont pas réellement changées. Le propos de la pièce est encore très actuel, pense-t-il. « Y’a de plus en plus de cours de personnalités, de ressourcement, donnés par des gourous à la gomme. Abuser des gens des gens vulnérables, le phénomène de secte, c’est ça le thème de la pièce », explique l’acolyte de Claude Meunier, son compagnon d’école de l’époque du Cégep de Saint-Hyacinthe. Avec lui, il a écrit Les voisins, puis Appelez-moi Stéphane.
On connaît la prolifique carrière d’auteur de Claude Meunier. Saïa n’est pas en reste. Peut-être plus en retrait. Il a écrit quelques-uns des sketches de Broue. Il a écrit et réalisé les films Les boys I, II, III. Sans parler de sa récente collaboration à l’écriture de Vice caché. Il travaille actuellement à d’autres projets de téléséries. L’une portera sur le dopage dans le hockey junior, une télésérie sur laquelle il travaille avec Mathias Brunet, journaliste sportif à La Presse. Pour le moment, il est en tournage pour la télé série policière qui sera diffusée en janvier sur les ondes Radio-Canada et dans laquelle on pourra voir Luc Picard dans le rôle d’un détective privé.
Parole aux personnages
Les cinq comédiens portent leur rôle avec fierté.
Josée Deschênes interprète Jacqueline : « Une dame de banlieue qui va tomber amoureuse de Stéphane et qui va avoir de la peine, car elle n’a pas vu que c’est un charlatan ». Avec cette pièce, la plus connue des Lison du Québec renoue avec une écriture qu’elle connaît bien. « Du bonbon », dit-elle.
De l’aveu de son interprète Luc Guérin, Réjean est un grand timide. Il s’ennuie à son travail, vit avec maman, et se cherche donc un moyen de sortir de sa coquille. En voyant l’affiche annonçant le cours, il se dit que c’est sa dernière chance. C’est l’un des cinq personnages qui sortira grandi de l’expérience. Luc Guérin est content qu’on lui ait confié ce rôle. Le comédien qu’on peut voir régulièrement dans Virginie, est fier qu’on lui ait confié ce rôle. « Je suis gâté , avoue-t-il, car je continue de jouer la comédie autant que le drame. »
Antoine Bertrand qui défend le rôle principal admet n’avoir jamais vu la pièce. « Je n’avais pas envie de me laisser influencer », dit-il. Antoine décrit son personnage avec verve. « C’est un salaud. Il se sert des autres pour briller. Il n’est pas ce qu’il prétend. Il a fait une publicité, ce qui lui a donné une crédibilité auprès du groupe. Son but, c’est d’avoir un public, se sentir aimé. Il veut son 15 minutes de gloire », raconte le comédien dont la carrière se fait prolifique depuis sa sortie de l’École de théâtre de Saint-Hyacinthe en 2002. On pourra le voir encore à l’automne dans CA, et Caméra café.
Tout le monde le sait, Martin Drainville et Isabelle Drainville sont frère et sœur. La ressemblance physique est frappante. Tous deux sont originaires de L’Assomption. Raison de plus pour prendre part à cette belle aventure. Martin se fait d’ailleurs élogieux sur sa petite municipalité. « Je suis très heureux des changements survenus à L’Assomption. La salle du théâtre est chaleureuse. Y’a une âme, un feeling, ça dispose à jouer cette salle-là », lance le comédien qui personnifie un homme fort représentatif de l’époque des années ’80. « Jean-Guy a deux idoles : René Lévesque et Yvon Deschamps. Il a besoin d’attention. Il n’est pas heureux dans la vie, car sa femme réussit mieux que lui. Il cherche donc à se distinguer. C’est quelqu’un qui a beaucoup de rêves », résume son interprète.
Quant à Isabelle Drainville, elle entrera dans la peau de Gilberte: « Une dame au foyer qui n’a pas de problèmes dans la vie. Elle s’inscrit au cours pour jouer la comédie. Elle va là pour avoir du fun. C’est l’une de celle qui en ressortira le moins perturbée. »
L’interprète de Louison s’est fait connaître dans « Les hauts et les bas de Sophie Paquin », série qu’on a pu voir l’hiver dernier sur Radio-Canada et qui reviendra à l’automne prochain. Sa Louison est une fille pas plus intéressée qu’il le faut par le jeu. « C’est la plus jeune du groupe. Elle rêvait plus de faire du ballet-jazz mais elle embarque dans l’aventure avec plaisir. Elle est tout en sentiment et candeur. »
Le metteur en scène, Frédéric Blanchette, a préféré laissé les personnages dans les années ’80 tels qu’ils étaient au moment de leur création. L’évolution des personnages féminins l’a particulièrement intéressé. « Ces femmes veulent voir autre chose dans la vie et c’est intéressant de voir le chemin qu’elles ont parcouru depuis 1978 », fait savoir le metteur en scène.
(Photo:André Sirois)
(Photo:André Sirois)