Tel père, tel fils
C'est un samedi matin d'hiver comme tous les autres. Mon père, agenouillé devant moi, tente désespérément de m'enfiler mes patins.
« Ouch, tu me fais mal. »
Levant les yeux vers moi, une grosse goutte de sueur glissant sur son front, il laisse sortir d'entre ses dents une série de mots à faire pâlir un curé puis reprend son manège, poussant de toutes ses forces pour faire entrer mon pied dans ce fichu patin.
En dépit de la douleur atroce, je serre les dents et endure ce supplice jusqu'à ce que, finalement, mes deux patins soient chaussés. Plutôt souffrir que de décevoir mon père !
C'était jour de photo à l'aréna et sur le cliché que j'en ai conservé, à peine quelques pieds sous mon sourire crispé de novice, on voit clairement la source de tout ce malaise : mes beaux patins moulés Micron sont à l'envers.
J'en ai sûrement voulu à mon père pour cette histoire, mais plus maintenant. Aujourd'hui, j'en ris plutôt que d'en pleurer.
En fait, depuis que je joue le rôle de père à mon tour, je réalise à quel point rien ne nous prépare à de telles responsabilités. Garder l'équilibre dans un monde où tous tirent sur la couverte en même temps est devenu un défi.
Mon père n'avait sans doute pas le temps de venir au hockey avec moi et, tout de même, il était là. C'est de ça dont je veux me souvenir maintenant.
Même quand tout va trop vite, qu'on est débordé et que notre patience ne peut plus en prendre, nos tout-petits n'ont pas à en payer le prix.
Nos enfants ne nous demandent pas d'être parfaits, ils nous demandent simplement d'être là, pour eux, au bon moment. Quand on y pense, ce n'est pas si compliqué…surtout qu'aujourd'hui, je peux lacer mes patins tout seul!
Bonne fête des pères, surtout à toi P'pa!