Les équipements pour cuisiner ont été mis à profit lors du dîner de Noël.
(Photo: archives)
À table, on mange !
Aussi surprenant que cela puisse paraître, la pauvreté existe aussi à L’Assomption. Certains enfants ne mangent pas à leur faim.
C’est pourquoi, la direction des écoles primaires Marguerite-Bourgeois et Amédée-Marsan a décidé de remplir leur estomac. Et pas seulement qu’au petit déjeuner. L’école Marguerite-Bourgeois dispose même d’une cuisine complète pour préparer des repas. Le ministère de l’Éducation le confirme, l’indice du seuil de faible revenu indique les chiffres 7 et 8 pour les écoles primaires Marguerite-Bourgeois et Amédée-Marsan. Le directeur de ces deux écoles, Denis Dupuis, estime à près d’une trentaine d’enfants de six à douze ans ne mangeant pas leurs trois repas à chaque jour dans ces deux écoles.
« Faut pas se fermer les yeux. Il y en a plus que l’on pense », laisse entendre le directeur au sujet de la pauvreté qui sévit dans sa petite municipalité. Une pauvreté visible par les vêtements, les visites de la DPG et l’appétit des enfants qui se réveille en voyant arriver la nourriture.
« On savait qu’il y avait des besoins mais….» M. Dupuis a réalisé à quel point les besoins étaient criants lors de la distribution des collations, une habitude instaurée en collaboration avec IGA et Harley Davidson depuis quelques années dans les écoles qu’il dirige. Deux fois par semaine, les enfants recevaient une petite collation. « C’est le meilleur moment pour découvrir ceux qui ont faim. Lorsqu’on avait le dos tourné, certains élèves dérobaient des pommes. On a senti un énorme besoin », explique Denis Dupuis. Une façon de savoir un peu ce que vit un enfant chez lui. « L’estomac plein, l’enfant se sent en sécurité et il se confie. »
Le directeur Dupuis et son équipe ont donc réfléchi sur ce qu’ils pouvaient offrir de plus. Première constatation : les plus gros besoins proviennent de l’école Marguerite-Bourgeois, l’institution accueillant les élèves de la 3e à la 6e année. « Souvent les plus vieux des enfants jouent à la cachette avec nous, car leurs parents ne veulent pas qu’ils répètent qu’ils ne mangent pas suffisamment. »
On passe à l’action
Magalie Parent, l’éducatrice spécialisée de l’école Marguerite-Bourgeois, s’est alors activée. Elle est allée voir le propriétaire d’IGA, Francis Pilon, pour lui demander une contribution plus régulière. La distribution des collations est passée de deux fois par semaine à tous les jours. Les aliments restants se retrouvaient directement dans le sac d’école des élèves démunis à la fin de la journée. Les enfants mangeraient à leur faim le soir aussi, pensait la direction. Toute la dernière année scolaire s’est déroulée ainsi.
En septembre, Magalie Parent a suggéré à M. Dupuis d’instaurer une cuisine communautaire : cuisiner à l’école même des repas pour tous et aussi des mets qu’ils pourraient emporter à la maison. De la sauce à spaghetti, par exemple. Convaincue de la pertinence de son idée, elle a même visité quelques commerçants pour vérifier leur adhésion potentielle à son projet avant d’en parler à son directeur. Plusieurs entreprises ont accepté de collaborer gratuitement à son aventure.
L’installation d’une cuisine s’est donc articulée au fil des mois. Électrolux a offert une cuisinière, Construction Yvan et Alain Lachance, un réfrigérateur et de la main-d’œuvre, Construction Michel Labbé, un comptoir, Tigre Géant, de la vaisselle et une coutellerie, Malouin C.E. et fils, un évier et un robinet, Tissus Monique Michaud, du tissu, et la Commission scolaire des Affluents, les travaux d’électricité et de plomberie. Sur une base régulière, certains commerçants alimenteront l’école : la Boucherie du Portage, pour la viande, Raymond Bourgeois, Yan Kay et Sylvain Turcot, pour les légumes, et IGA Pilon, pour l’épicerie générale.
À Noël, bien qu’encore incomplet, un repas pour tous a pu être préparé.
L’entraide communautaire
La direction envisage de préparer des repas ou de cuisiner des mets au minimum à toutes les trois semaines. On y cuisinera des mets qui pourront être mis en conserve ou congelés, l’idée étant de les distribuer dans les familles démunies. « On veut aider les familles avec des repas complets en dehors des heures d’école, afin qu’ils en aient un peu plus », fait savoir M. le directeur, qui n’hésite pas à dénicher des vêtements pour ses élèves démunis. Des cadeaux provenant de donateurs privés.
Qui mettra la main aux chaudrons? Les enfants eux-mêmes. Pas n’importe lesquels. Ils ont été triés sur le volet par Monsieur le directeur. De l’énergie à revendre, âme un peu rebelle? Bienvenue dans la cuisine, c’est toi que j’ai choisi, leur annonce M. Dupuis. Belle façon de valoriser un enfant en mal d’action et de lui donner un sentiment d’utilité, non? « Ils étaient fiers d’avoir été choisis. » Pour la fête de Noël, Hugo, Léandre, Geneviève, Joanie, Guillaume, Maude, Alexandra et Mélissa ont mis toute leur énergie pour concocter un bon ragoût. Ils l’ont fait en pleine journée pédagogique.
(Photo: archives)
(Photo:Roger Lacoste)