Anne Descahmps, mère d'une jeune autiste et présidente de l'organisme les Répits de Gaby(Photo : Gérard Legault)
« Ma fille est malade, mais ce n'est pas écrit dans son front » -Anne Deschamps
L'autisme, ce mal méconnu
À la fois mère d'une jeune autiste et présidente de l'organisme les Répits de Gaby, Anne Deschamps connaît bien les difficultés que les autistes et leur entourage doivent surmonter quotidiennement. En ce mois de l'autisme, la fondatrice du service d'assistance aux familles lanaudoises s'est racontée à l'Hebdo.
« J'ai eu trois enfants en santé avant d'avoir ma fille autiste. Dès son plus jeune âge, nous avons remarqué que son développement n'était pas normal. Mais en 1991, on n'entendait pas souvent parler de cette maladie; on avait juste vu le film « Rainman ». Nous l'avons donc inscrite dans un camp spécialisé en déficience intellectuelle, pour se rendre compte que ça ne lui convenait pas. C'est en 1998 que j'ai réalisé que je ne pouvais pas la garder dans mes jupes pour toujours, ainsi j'ai pensé à fonder un organisme. Nous avons fait des démarches auprès de la Société d'autisme de la région de Lanaudière, puis le projet Gabychou est né en 1999 d'une subvention de 17 000 $. À l'époque, nous étions quatre familles avec une personne responsable par enfant », évoque la présidente du service de répits spécialisés pour les familles comptant parmi leurs membres une personne autiste ou ayant des troubles envahissants du développement.
Bien que l'on trouve de plus en plus d'information sur la maladie depuis 10 ans, l'autisme demeure un mal méconnu. Les troubles envahissants du développement sont très variés. Les enfants qui en sont atteints nécessitent une attention constante, et ce, jusqu'à l'âge adulte. « Des adolescents ont parfois une autonomie comparable à des enfants en âge d'aller à la pré-maternelle. Ils présentent des comportements inadéquats, des troubles sociaux et de communication, de l'incontinence, ont peu de centres d'intérêts et surtout aucune notion du danger. Il y a plus de garçons que de filles qui en sont atteints, et certaines variantes, dont le syndrome de RETT, sont dégénératives. L'enfant a des spasmes douloureux, des raideurs, et surtout, il désapprend tout. Et puis, un ado normal, ça claque des portes, ça envoie promener ses parents, tandis qu'un ado autiste peut devenir agressif au point de donner des coups sur les murs, voire frapper des gens, de sorte qu'on doit les placer sous médication, et les parents passent souvent un dur moment. Ils ont besoin d'une pause », explique Mme Deschamps.
Un répit nécessaire
Hormis certaines variantes dégénératives de la maladie, une stimulation précoce peut faire des miracles dans plusieurs cas. « L'état de l'individu peut s'améliorer si quelque chose est fait avant ses 10 ans. Lorsqu'il y a un diagnostic tardif, soit à 7 ou 8 ans c'est plus difficile, car les routines sont installées. Il faut y mettre beaucoup d'énergie en tant que parent, et c'est d'autant plus difficile quand on a d'autres enfants, car ceux-ci peuvent se sentir délaissés. Nos répits permettent aux parents de prendre du temps pour eux, on encore de se consacrer à leurs autres enfants », précise Anne Deschamps. Dans cet ordre d'idées, les Répits de Gaby permet aux parents de prendre une pause les fins de semaine durant l'année scolaire, soit les samedis de 9 h à 16 h 30 à Repentigny et Terrebonne, puis les mêmes heures à Joliette les dimanches, une semaine sur deux. « Au départ, nous travaillions avec les 6 à 12 ans, puis nous avions dû étendre nos services avec le vieillissement de la clientèle. Nous avons créé la Barak, conçue sur le modèle de la maison des jeunes, où des ados autistes de haut niveau se réunissent un samedi sur deux », soutient la présidente de l'organisme, qui met sur pied des camps de jour chaque été dans les trois villes. Ainsi, cinq jours par semaine, on y tient des activités changeant aux 15 à 20 minutes, car les autistes se lassent rapidement. Les loisirs et les jeux y sont adaptés et structurés, en tenant compte de leur routine et de leurs repères visuels. Un troisième volet a également été élaboré, soit les répits séjour, où une fois par mois, du vendredi au dimanche, les parents peuvent souffler. « L'été, nous comptons près de 35 employées auxquels nous donnons une formation. La plupart sont des étudiantes, souvent en éducation spécialisée, et parfois en médecine ou en droit. Nous offrons des emplois permanents depuis 2003-2004. Nous comptons maintenant trois employés à temps plein, dont un autiste de haut niveau que nous avons intégré à l'équipe. Il fait surtout du travail de bureau, mais il anime aussi à la Barak », ajoute celle qui a beaucoup de travail depuis que sa directrice a quitté. « De plus, nous avons acheté une maison à Crabtree pour les séjours et le bureau. Avant, on louait un chalet au Camp Mariste de Rawdon, mais nous aurons maintenant notre endroit à nous. La nouvelle maison de Crabtree n'est pas encore prête, nous sommes dans les travaux car il y a eu des infiltrations d'eau, et le terrassement est à refaire pour cet été; les enfants ont besoin d'un grand terrain pour jouer et il doit être sécuritaire », poursuit-elle, soulignant le fait que la Ville de Repentigny leur a offert beaucoup de support, en leur fournissant le Chalet Larochelle gratuitement pour certaines activités. « Nous aimerions bien sûr étendre nos services, car au-delà des 80 familles lanaudoises que nous aidons, il dit y en avoir d'autres qui ne nous connaissent pas. Nous avons de longues listes d'attente, et la fréquence des répits est insuffisante. Nous recevons l'aide de L'Agence de la santé et des services sociaux de Lanaudière, mais les familles doivent aussi débourser 22 $ par jour. Nous manquons de ressources, malgré nos levées de fonds tenues aux deux ans. Notre soirée de vins et fromages, ponctuée d'encans au Centre à Nous, est toujours un grand succès; l'an dernier nous avons amassé plus de 20 000 $. Il y a aussi l'activité « pagayez pour l'autisme » qui nous aide beaucoup. Nous faisons également de la sollicitation auprès des entreprises de la région » déclare la présidente.
Vivre avec les préjugés
Malgré l'information qui circule, les préjugés sont bien ancrés au sein de la société à l'égard de l'autisme. Tout porte à croire que les porteurs de la cause ont beaucoup de chemin à faire. « Ma fille a 17 ans, et nous devons toujours faire face aux préjugés. C'est parfois difficile, parce que les gens peuvent la prendre pour une mal élevée. Elle a parfois des comportements inadéquats, mais rien ne paraît physiquement. Vous savez quand quelqu'un a le syndrome de Down, ça paraît dans les traits de son visage. Il en est tout autrement pour l'autisme. Cela m'a valu des regards accusateurs, on me prend parfois pour une mère qui a mal éduqué son enfant. Comment en vouloir aux gens qui jugent rapidement? On a tous ce réflexe. Ils ne savent pas; ce n'est pas écrit dans le front de ma fille qu'elle est malade. Les autistes sont déconnectés de la réalité. Quelques fois, tout le monde est mal à l'aise, sauf ma fille. Elle ne connaît pas les conventions sociales. Simplement, il faudrait que les gens connaissent mieux la maladie », conclut Mme Deschamps.
L'organisme est situé au 460, Notre-Dame à Repentigny. Il est possible de joindre le 450 754-2782, ou de visiter le
www.repitsdegaby.com pour obtenir plus de renseignements à ce sujet.
Fait saillant
Bien qu'il soit difficile à cerner le nombre exact, il y aurait une soixantaine de cas d'autisme à Repentigny seulement.
Fait saillant
Les Répits de Gaby soutiennent plus de 80 familles lanaudoises
Symptômes de l'autisme
L'autisme est un trouble envahissant du développement qui se caractérise par des anomalies quantitatives dans les interactions sociales, la communication, dans les comportements, les intérêts et les activités d'un individu. Un enfant autiste peut présenter plusieurs de ces symptômes:
-Est fasciné par les objets qui tournent
-Ne craint pas les vrais dangers
-Semble insensible à la douleur
-Établit difficilement le contact avec autrui
-Résiste aux caresses
-Fait des crises de larmes, se désempare sans que l'on sache pourquoi
-Éclate de rire sans raison apparente
-Semble faire le sourd
-Présente des anomalies de langage
-Préfère s'isoler
-Est hyperactif ou hypoactif
-S'attache démesurément à des objets
-Établit difficilement le contact visuel
-A des intérêts restreints
-Résiste aux changements de routine
-Résiste aux méthodes conventionnelles d'enseignement
Source : Société de l'autisme région Lanaudière,
www.autisme-lanaudiere.org