Le Dr Pierre Marsolais fait partie du service des soins intensifs à l'Hôpital Sacré-Cœur de Montréal.(Photo : Roger Lacoste)
« Le don d'organes donne un sens à la mort » -Dr Pierre Marsolais
Semaine du don d'organes et de tissus
Perdre un être cher est l'une des plus terribles épreuves auxquelles un individu aura à faire face au cours de sa vie. Irréversible, injuste, et parfois brutale, la mort ne signifie pas toujours la fin et le malheur, puisque le don d'organes permet non seulement de sauver plusieurs vies, mais encore prend-elle ainsi un certain sens.
« Mon service, c'est le bout de la ligne. Malheureusement, les personnes que je reçois aux soins intensifs sont des cas aiguës, et les décès surviennent couramment. À chaque fois, c'est le drame, les familles sont bouleversées. À ce moment, l'option du don d'organes leur procure une forme de soulagement, on a l'impression que cette mort aura servi à quelque chose, à sauver quelqu'un », affirmait d'emblée le Dr Pierre Marsolais, spécialiste en médecine interne et soins intensifs à l’Hôpital du Sacré-Cœur, ainsi que consultant médical pour l’enseignement et le développement hospitalier à Québec-Transplant, lors de la conférence sur le don d'organes tenu le dimanche 20 avril dernier au Complexe Sportif de Repentigny.
Assurant un rôle de sensibilisation auprès de Québec-Transplant, le Dr Marsolais était l'invité d'honneur de l'événement organisé par un greffé du cœur repentignois. Venu faire une conférence sur l'importance du don d'organes et les paramètres entourant cette procédure, le médecin a présenté la société québécoise comme une communauté ouverte au don d'organes. « Un don d'organes ne peut être réalisé sans que de nombreux critères rigoureux soient respectés. Parfois, un individu est considéré comme décédé, mais puisqu'il n'y a pas de mort encéphalique, c'st-à-dire un arrêt complet de la circulation sanguine dans le cerveau, il n'est pas possible de transplanter ses organes, au grand désarroi des familles. Quand les dommages sont irréversibles et qu’il n’y a pas de mort neurologique, le pronostic est insoutenable l'entourage, qui souhaiterait donner un sens à cette mort. Plusieurs y tiennent vraiment, mais nous ne pouvons rien faire sans avoir rempli tous les critères à cet effet. Il n'y a pas à dire, la population québécoise en général est très favorable à la chose. Ce sont parfois les médecins qui sont à l’aise de parler du don d’organes avec la famille, mais culturellement, nous sommes prêts à se faire poser la question », a-t-il précisé.
Sauver des vies : le but ultime
« Le but ultime de la médecine est de sauver des vies. Nous faisons tout en notre possible pour ce faire, et lorsqu'on a tout fait, il reste quoi? Le don d'organes, pour en sauver d'autres. Les familles ont besoin de savoir que tout a été fait, et que maintenant, une partie de cette personne qu'il ont perdue vivra encore à quelque part, d'une certaine manière », a soutenu le Dr Marsolais, qui avait passé la nuit à transfuser un patient en pleine hémorragie, juste avant la conférence de dimanche.
Actuellement, il existe trois situations permettant le don d'organes. Il y a d'abord le don « vivant », par exemple lorsqu'on donne un rein ou une partie du foie. « Il faut être compatible, et ça dépend des organes. C’est parfois plus compliqué que ça en a l'air, et il existe un score en pourcentage pour déterminer à quel point l’isto-compatibilité et les autres composantes s’accordent, ce qui fait en sorte que ce n'est pas si courant que cela », a expliqué le Dr Marsolais. La manière la plus classique de faire un don d'organe survient la plupart du temps à la suite d'une mort céphalique ou neurologique, soit lorsqu'il y a un accident cérébro-vasculaire, un trauma crânien, ou toutes autres situations menant à des lésions cérébrales irréversibles. « Il est primordial de faire la différence avec le coma, qui est un degré d’inconscient. La mort céphalique survient quand il y a des dommages irréversibles au cerveau, c'est-à-dire que de l’œdème apparaît et comprime le cerveau, en augmentant la pression au-dessus de la pression artérielle. Ainsi, un arrêt circulatoire survient, et il faut quelques minutes d’arrêt complet de la circulation du sang dans le crâne pour mourir. Cette enflure cérébrale fait en sorte que le cœur reste autonome même si le cerveau est mort, et continue de perfuser les organes, ainsi on peut conserver le corps sous respirateur. C'est comme si la tête était détachée du corps. Il n'y a plus rien à faire. Nous devons toutefois le prouver avec des examens poussés, tels l'angiographie, soit lorsqu'on on colore le sang dans le cerveau et qu'on le passe aux Rayons X. L'électroencéphalogramme n'est même pas assez fiable pour constater un arrêt circulatoire », a-t-il ajouté. En effet, des critères très stricts ont été établis pour documenter un décès de ce type. « Il doit absolument y avoir deux diagnostics venant de médecins indépendants de la transplantation pour s’y conformer, afin d’éliminer le risque de conflits d’intérêts », précisait-il, recommandant de visionner le court métrage de 12 minutes qu'il a réalisé auprès de familles de donneurs, soit « Donner la vie », qui se retrouve dans les suppléments du DVD du film « Nitro », sorti l'automne dernier.
Encore à l'étape expérimentale, le troisième type de don, soit le don après décès cardio-circulatoire ou don avec cœur non-battant, est pratiqué dans quatre centres hospitaliers montréalais. « Il s'agit de transplanter des organes tandis que le cœur s'est arrêté de battre complètement depuis un moment, et qu'il n'y a plus rien à faire. C'est un projet-pilote au Québec depuis avril 2007. Pour le moment, quelques cas ont été faits, mais nous n’avons pas de résultats tangibles à annoncer, enfin, tant que nous n’aurons pas atteint les 15 cas », a-t-il expliqué. Chaque année, entre 400 et 450 vies sont sauvées chaque année grâce à la transplantation d’organes au Québec. « Si on ne les sauve pas d’une mort imminente, on leur permet d’allonger leur espérance de vie, ou encore d’améliorer leur qualité de vie. Il n’y a qu’à penser à tous ces gens et leurs familles qui doivent vivre avec la dialyse, et qui doivent se rendre à l’hôpital aux deux jours. Ce sont des contraintes énormes, ils se sentent pris en otage. Avec une population vieillissante et l'épidémie d'obésité à laquelle les Québécois sont confrontés, le don d'organes est de plus en plus essentiel », a-t-il conclu.
Le don de sang : un indispensable
Présente lors de la conférence de dimanche dernier au Complexe Sportif de Repentigny, Fanny Benoît-Martin, représentante d'Héma-Québec pour la région de Lanaudière, a affirmé que 80 000 transfusions sanguines sont nécessaires chaque année au Québec pour sauver des vies. « Ça prend à peu près une heure pour donner du sang. Si peu, pour donner autant, ça vaut la peine », a-t-elle déclaré, ajoutant que deux collectes se tiendront prochainement à Repentigny, soit le 28 avril Place Repentigny, de 14 h à 20 h, et le 26 mai à l'Hôtel de Ville de Repentigny, de 10 h à 20 h.
Le Québec : une ouverture exemplaire
Selon toute vraisemblance, le Québec serait la province la plus ouverte au don d'organes au Canada, surclassant par le fait même les États-Unis. Champions des transplantations, on retrouverait 18,6 donneurs pour 100 000 individus au Québec.
Occasion de sauver, de prolonger, ou simplement d'améliorer la qualité d'autres vies, le don d'organes s'avère essentiel dans notre société, Par ailleurs, travaillant en étroite collaboration avec Québec-Transplant, le Dr Pierre Marsolais affirme que culturellement, les Québécois sont prêts à se faire poser la question du don d'organes lorsque survient un décès. « 99 % des gens voient les dons d’organes comme l’occasion de sauver des vies. Certains médecins croient à tort qu'il est délicat d'aborder le sujet, ou se très mal à l'aise, alors que la population québécoise en général est très favorable à la chose. Au moins, cela donne un sens à la mort de leur proche », soutient-il.
En tout, entre 400 et 450 vies sont sauvées chaque année par la transplantation d’organes au Québec, grâce à 140 donneurs. Une personne qui décède peut donner jusqu’à huit organes, dépendamment de son état de santé et des conditions entourant son décès. Fait intéressant, une personne âgée peut donner certains organes. « Un foie est en bon état longtemps, il pourrait vivre jusqu'à 150 ans, puisqu'il se régénère. Une personne de 90 ans peut donner son foie, et à 70 ans, les reins sont souvent encore très bons », explique le Dr Marsolais. En décembre dernier, on comptait 1104 patients en attente d'un organe au Québec.