Jonathan Allard Internet
Jonathan Allard : il a enquêté dans l’affaire Norbourg
Le département de comptabilité et de gestion du cégep de L’Assomption tenait la semaine dernière son colloque annuel en employabilité. Plus d’une dizaine d’anciens étudiants de l’institution à la carrière florissante se sont déplacés pour rencontrer les 60 étudiants inscrits en 1re et 2e année de cette technique administrative.
Pour le professeur responsable du département de comptabilité et de gestion, Martin Lafontaine, ces rencontres sont des moments privilégiés permettant à ses élèves de s’interroger sur leur choix de carrière. « Quand tu fais un choix à 16 ans, il y a des aléatoires. En écoutant ces invités raconter leur parcours, cela confirme ou infirme le choix de carrière. Ça précise un profil », estime M. Lafontaine.
Depuis dix ans, le taux de placement des finissants en administration atteint presque 100%. Les finissants – une cohorte d’en moyenne 25 étudiants – trouvent un emploi dans les bureaux de comptables, les institutions financières, et aussi dans la fonction publique, principalement au ministère du Revenu qui embauche souvent les quatre à huit étudiants y faisant leur stage.
Malgré la hausse d’inscription constante au cégep de L’Assomption depuis quelques années, on observe toutefois une baisse de la clientèle du côté du département de la comptabilité et de la gestion. M. Lafontaine ne sait pas comment expliquer ce mouvement. « Peut-être le nom est-il associé à la fonction de comptabilité ?» lance le professeur en guise d’hypothèse.
Juriscomptable?
Parmi les conférenciers ayant retenu l’attention des étudiants, il y a Jonathan Allard, un juriscomptable. Le jumelage des deux termes laisse déjà entrevoir un lien entre le métier de comptable et le milieu judiciaire. Confirmation faite par M. Allard. Ce dernier travaille sur les enquêtes de fraude. Il interroge des témoins liés à l’affaire en cours, amasse des données financières, analyse ces informations pour ensuite faire un rapport qui sera déposé à la Cour.
Tout comme ses confrères juriscomptables, Jonathan Allard témoigne régulièrement à la Cour dans le cadre de ses fonctions puisqu’il détient une expertise spécialisée.
Son emploi chez Leclerc Juriscomptables Inc. l’a d’ailleurs amené à traiter un dossier tout à fait particulier ces dernières années : l’affaire Norbourg.
« C’est la plus grosse enquête de fraude effectuée au Québec », fait savoir l’ancien étudiant du cégep de L’Assomption. Jonathan Allard avoue avoir été particulièrement frappé par la simplicité avec laquelle cette fraude a été faite et le stratagème utilisé par Vincent Lacroix.
Cette enquête qui a duré 7-8 mois a exigé l’implication d’une vingtaine de juriscomptables de son cabinet. L’Affaire Norbourg étant très médiatisée, l’équipe a dû travailler dans la discrétion la plus complète. « On a dû louer un local sécurisé avec un contrôle d’accès 24 heures sur 24 pour éviter la fuite d’informations. Qu’allions-nous faire pour photocopier autant de rapports, nous sommes-nous demandé ? Eh bien, on a dû faire venir l’imprimeur sur place pour reproduire le rapport en toute confidentialité. » Norbourg n’est pas une exception, tous les dossiers leur étant confiés doivent être traités en toute confidentialité. M. Allard se rappelle aussi le cas d’un entrepreneur lanaudois soupçonnant l’un de ses employés de fraude. L’équipe de juriscomptable est donc débarquée en pleine nuit pour enquêter.
On fait aussi appel à ce genre d’experts pour quantifier des dommages monétaires à la suite d’un bris de contrat, une violation de propriété intellectuelle ou encore pour déterminer la valeur d’une entreprise lorsque des actionnaires ou des époux ne parviennent pas à s’entendre sur les sommes d’argent à partager en brisant leur contrat. « Partout où il y a de la chicane, on est là, ironise le juriscomptable. Il faut être capable de garder son sang-froid et de calmer les gens. C’est un gros défi intellectuel. C’est très cérébral comme travail et ça demande du gros bon sens.»