Times Square…un incontournable !
De jeunes diplomates en herbe à l’ONU
New York, 26 avril 2008, 16h. Douze étudiants du cégep de L’Assomption sont dans la salle de L’Assemblée générale de l’ONU. L’Hebdo Rive Nord aussi. Les cégépiens terminent un exercice de simulation de l’ONU de cinq jours : the National Model United Nations. Ils ont été triés sur le volet comme les 4000 étudiants des cinq continents qui y ont participé. Tout un honneur pour ces Lanaudois!
Les étudiants sont fébriles, enthousiastes, mais un peu épuisés lors de notre rendez-vous vendredi soir à l’étage des chambres au Marriott Marquis, leur hôtel. Ils logent au 28e étage de cet hôtel de 48 étages où il faut parfois attendre l’ascenseur jusqu’à 20 minutes. Chacun parle et veut se faire entendre. À peine s’ils remarquent ma présence et celle de Gérard, mon photographe. Ils ne sont pas tous arrivés. Quelques-uns siègent encore. Tout-à-coup, Béatrice arrive, un peu énervée, suivie de Jessica. Du bout de son bras, elle brandit un papier : « On a reçu le Most improved delegation (la délégation s’étant le plus amélioré pendant la semaine) ». Toutes deux se réjouissent de cette mention d’honneur et pour cause, elles se sont appliquées. Jessica Robertson et Béatrice Roy ont siégé sur le comité de l’organisation Pan américain de la santé. En quatre jours, elles ont appris à prendre leur place, à défendre leur position. On a même retenu leurs idées au moment d’écrire les résolutions.
J’essaie tant bien que mal d’organiser une rencontre pour parler avec eux mais ils sont visiblement fatigués et ce sera leur première soirée de liberté car jusqu’à vendredi, ils n’ont eu que de bref moment de disponibilité. Ils ont beaucoup travaillé. Nous décidons donc d’aller prendre une bouchée ensemble. C’est ainsi que l’on se retrouve au Joshua Three, un restaurant
au drapeau irlandais de la 46e Street n’appartenant pas à Bono même s’il porte le nom d’un des albums de U2.
Que de préparation
Partis le 21 avril dernier, les étudiants sont arrivés au Marriott Marquis où de belles chambres les attendaient. Les 4000 étudiants y séjournaient tel que prévu par l’organisation de l’événement. Mis à part la première et dernière journée des travaux qui se déroulaient au siège des Nations Unies, c’est dans les salles de conférence de l’hôtel que travaillaient tous les participants. L’organisation les a répartis sur huit comités sectoriels où Haïti avait son mot à dire. Au total, 180 pays étaient représentés par des délégations étudiantes provenant de tous les coins de la planète. Ou presque.
Les cégépiens étaient contents de représenter Haïti. Une belle surprise que de se voir attribuer ce pays. Pour une première participation, ils s’attendaient à un plus petit pays. Depuis l’automne dernier, toute l’équipe dirigée par le professeur d’histoire Sébastien Piché se préparait pour l‘événement qui devait se dérouler du 22 au 26 avril 2008: Laurence Lussier-Locas, Étienne Rouleau-Mailloux, Lily de Grâce, Jérémy Gagnon, Simon Beaubien, Jessica Robertson, Béatrice Roy, Josie-Anne Trudel-Archambault, Dominique Brassard, Frédérique Asselin, Fatma Ben Sayeh, Kimberly Ryan.
Très peu de cégépiens sont sélectionnés pour cet exercice de diplomatie. On leur préfère souvent les universitaires mieux préparés en matière de procédure. Qu’à cela ne tienne, les douze étudiants se sont mis à la tâche, apprenant avec sérieux la situation économique, politique et sociale de leur « pays », Haïti. Les alliances naturelles aussi. En tant que délégation de ce pays, ils auraient à défendre des positions et à participer à l’adoption de résolutions sur différents dossiers cruciaux. « On a fait beaucoup de recherche sur la situation en Haïti. On a prix contact avec la délégation d’Haïti. On a même réussi à entrer en contact avec une dame ayant déjà travaillé pour le gouvernement haïtien. Elle nous a informés sur beaucoup de choses », fait savoir Lily de Grâce, l’une des douze.
Huit comités actifs
Lily de Grâce et Fatma Ben Sayeh ont travaillé sur le comité Habitat avec 50 autres étudiants. Vingt-cinq pays représentés pour aborder des sujets tels que le mouvement de la population, l’état de la pauvreté et la ghettoïsation.
Simon Beaubien, qui a organisé le voyage avec Sébastien Piché, a pris part à l’adoption des dix résolutions traitant de la gestion de l’eau potable à travers le monde et plus particulièrement en Amérique latine. Biodiversité, hydroélectricité, entrepreneuriat local pour l’accès à l’eau, voilà de quoi il a été question pendant les quatre jours de travaux de Simon. Une belle expérience pour lui qui entrera en septembre à l’UQAM en animation et recherche culturelle.
Étienne Rouleau-Mailloux a siégé sur le comité de l’Agence internationale pour l’énergie atomique où il a été surtout question du traité de non-prolifération des armes nucléaires. « Notre travail était d’analyser la situation et de rédiger un rapport contenant des recommandations. Ça touche tous les pays », fait remarquer Étienne. « Ça été enrichissant à cause de la présence de nombreux étudiants étrangers. Il y avait des confrontations de culture, d’idées et de valeurs. On a eu une confrontation entre le Liban et le Pakistan. Celui-ci accusait le Liban d’avoir de l’armement nucléaire. Nos alliés étant l’Argentine et les États-Unis, il ne fallait pas trop les contrarier car on avait besoin d’eux. Il faut que tu restes politically correct. J’ai trouvé ça dur », raconte Étienne qui veut aller étudier la médecine.
La plus jeune du groupe, Laurence, a travaillé sur La Plénière avec Jérémie où l’on a parlé des énergies renouvelables. L’exercice s’est montré concluant pour elle. Non, elle ne se dirigera pas vers la diplomatie. Elle choisira entre l’enseignement et le droit. Elle ne sait pas encore. Elle réalise cependant qu’elle préfère l’action aux longues discussions. « Être diplomate, je n’aimerais pas ça. Ça ne va pas avec ma personnalité. Moi, il faut que ça bouge. Mais, ça m’a appris des choses. On pense qu’on sait ce qu’est la démocratie mais c’est vraiment un processus lent qui demande beaucoup de patience. Mais ça vaut la peine », pense Laurence. « Le mode de procédure, c’est lent mais c’est enrichissant sur le plan culturel, fait savoir Jérémie qui s’en va en Sciences politiques à l’université. Il faut que tu te mettes dans la peau de l’autre. C’est un défi les débats d’idées. Ça stimule. »
Frédérique Asselin et Dominique Brassard étaient ensemble sur le comité GA1 : la sécurité civile. Juste le trafic des petites armes a alimenté les discussions pendant quatre jours. « On a eu la vision des autres cultures, dit Frédérique. Et nous avons vu à quel point c’est important de faire des compromis, ajoute Dominique. »
Les problématiques abordées par les comités étaient tout de même très sérieuses. D’ailleurs, l’ensemble des résolutions adoptées par les 4000 participants figurera dans le rapport remis ultérieurement au Secrétaire général des Nations Unies.
Gérard Legault