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L’archer type

Article mis en ligne le 12 mai 2008 à 13:18
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L’archer type
Le caractère réservé de Ian Phaneuf s’affiche comme un atout indéniable dans la pratique de sa discipline. (Photo : Gérard Legault)
L’archer type
Au Championnat provincial de tir à l’arc sur cibles concentriques de Baie-Comeau, le 26 et 27 avril , Ian Phaneuf a remporté l’argent à l’épreuve au 18 mètres intérieur, la dernière compétition de ce genre de la saison avant de décocher en dehors des enceintes de salle de tir. Portrait d’un archétype : l’archer.
L’arc pointé vers le sol, le jeune homme de 16 ans demande aux quelques spectateurs, réunis dans le gymnase, de bien vouloir se déplacer derrière lui. Un accident est si vite arrivé. On ne peut qu’être surpris du sérieux de l’impérative intonation. C’est que, depuis déjà quelques secondes, Ian Phaneuf vient d’entrer dans ce qu’on appelle une séquence de tir. Il s’agit du bref moment précédant chacun des décoches et qui se termine à la seconde où la flèche a atteint son objectif.

Lorsque plus rien n’apparaît dans son champ de vision que les ballots, ces immenses panneaux de carton fibre sur lesquels on fixe les cibles, Ian commence par prendre un solide appui sur ses jambes. Impossible de ne pas faire de rapprochement avec la position du golfeur. Il regarde ses pieds, passe l’adhésion du sol à l’examen, secoue les genoux un peu. Puis, quand il se sent ancré dans le sol tel un pylône électrique, il analyse momentanément la cible comme s’il s’agissait d’un plan d’architecte. Il respire profondément et bande son arc à poulie.
Immobilité totale
« Tout peut arriver à ce moment là, a expliqué l’archer de sa voix grave et posée. Le moindre doigt de travers fait tout basculer. » Là où le commun des mortels ne perçoit que l’immobilité la plus totale se joue la programmation au quart de tour d’un ajustement physique responsable du succès du décoche. La contraction du diaphragme, la tension du bras porteur, le senti de la poignée de plastique de l’arme : comme dans les autres sports, on ne permet au hasard aucune emprise sur la séquence.

L’athlète regarde dans la lunette, sorte de télescope miniature. Un tic nerveux, lui aussi indissociable au rituel, agite quatre ou cinq fois la bouche du tireur en guise de concentration.

L’entraîneur de l’archer, Claude Hamel, a depuis longtemps constaté que la bulle dans laquelle Ian s’enveloppe avant de tendre l’arc d’un seul coup est aussi hermétique qu’un abri anti-bombe. « On pourrait tous exploser à côté de lui qu’il ne sourcillerait pas d’un cran! » Son père, Éric, avance même qu’on reconnaît la personnalité de son fils en le voyant exercer sa discipline. « Il m’arrive de faire le rapprochement entre son attitude devant la cible et son comportement au quotidien, explique-t-il. C’est quelqu’un de réservé, tranquille. Il fait sa petite affaire. Ça lui profite sur la ligne de tir, c’est évident. »
Un petit bruit sec
Difficile de déterminer l’instant où le projectile a quitté l’appui flèche pour atteindre la vitesse de plus de 230 pieds par seconde. Tout au plus, un petit bruit sec se fait entendre suivi du son produit par l’impact de la flèche sur le ballot. Dans le gymnase, on dirait que la détente des poulies a créé le même effet sur la salle. Tous relaxent enfin après ce qui ressemblait à de longues secondes d’angoisse.

Ian a visé juste, un trente points bien centré, sur le minuscule cercle jaune de papier. La séquence a pris fin. Ian Phaneuf a retrouvé l’usage des mots et peut continuer l’entrevue…

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