Les pantoufles
Il n'y a rien au monde que je déteste autant porter que des pantoufles. C'est laid, c'est lousse, ça ramasse la poussière, et ça me fait débouler les escaliers de bois franc. Pourtant, j'en mets chaque fois que je vais chez mes parents. Pourquoi? Parce que c'est comme ça que ça fonctionne chez eux depuis toujours, et ce, malgré maintes récriminations de ma part. Quand on va chez quelqu'un, qu'il s'agisse de s'y installer ou simplement de lui rendre visite, on s'adapte. Par exemple, si le fait de te promener dans ton plus simple appareil te rend inconfortable, tu ne vas pas dans un camp nudiste en y obligeant tout le monde à se rhabiller…Vous voyez où je veux en venir? Le moins que l'on puisse dire, c'est que les premières bribes du rapport Bouchard-Taylor, qui affirmerait que nous devons nous adapter aux nouveaux arrivants, m'ont fait réciter un chapelet de blasphèmes, vestiges de notre tradition religieuse…Bien sûr, j'écris ce billet avant d'avoir pris connaissance des conclusions exhaustives de ce rapport à 5 millions $, mais le peu que l'on a entendu ne me surprend même pas. On est une bande de mous. De peureux. Dites-moi quel peuple, à l'échelle planétaire, courbe l'échine devant ceux qui viennent s'installer chez eux? J'en conviens, il faut accueillir les immigrants à bras ouverts. On a besoin d'eux puisqu'on est une population vieillissante et qui ne fait plus d'enfants. Mais de grâce, ne nous demandez pas de changer pour les dizaines de nationalités qui s'installent au Québec! Comment évoluer, comment avancer en tant que société si on part dans tous les sens? Tant qu'à me faire dire comment vivre chez moi, aussi bien émigrer dans un pays où l'on ne se met pas à genoux devant le premier venu…