Chère Anita
Ça y est, je pars en vacances. Je descends ce week-end au Lac-Saint-Jean voir grand-maman Anita maintenant âgée de 89 ans. Cette chère Anita a une passion dévorante: le magasinage. Même à 89 ans, elle adore parcourir les centres commerciaux de Chicoutimi. Pardon, de Saguenay. Les beaux vêtements ont sur Anita le même effet que le diable sur une âme en mal de … depuis trop longtemps. C’est son talon d’Achille, pourrait-on dire. Anita trouve toujours une aubaine irrésistible pour justifier l’ouverture de son portefeuille. Grand-papa Almas, feu son mari, était tout son contraire. Petit agriculteur ayant tiré le diable par la queue pour faire vivre sa famille composée de 15 enfants, il était économe. Évidemment, durant cette partie de sa vie, grand-maman confectionnait ses vêtements plus qu’elle ne magasinait. Mais cette privation n’a que renforcé son obsession. Son plaisir était de défiler devant nous tel un mannequin dans un défilé. C’était une fille de la ville. Son père avait été maire. « Encore une autre « toilette»», lui disait grand-papa Almas lorsqu’il la voyait débarquer à la maison avec les mains pleines de sacs. Il était loin de se douter qu’elle lui cachait plus de la moitié des sacs. Comme l’étiquette qu’elle prenait grand soin d’enlever avant de franchir le pas de la porte. S’il lui demandait le prix, elle le coupait bien souvent de moitié. C’était drôle de l’entendre raconter qu’il devait ranger ses vêtements dans la pièce d’à côté, le garde-robe suffisant à peine pour Anita. Aujourd’hui, elle part magasiner avec mes tantes qui ne savent plus quel prétexte inventer pour se désister. Il faut les comprendre. Anita a le déclic pour un vêtement, l’achète. Puis, une fois à la maison, elle regrette son achat, rappelle mes tantes pour aller échanger le vêtement. Elle répète ce manège au moins deux fois sur trois. Mes tantes sont exaspérées.