Le nez du vin
On me demande fréquemment : « Bernard, suggère-moi un bon vin ». Ma réaction est toujours la même; qu’elle est ta définition d’un bon vin? Pour moi, un vin doit avoir certaines caractéristiques pour être à mon goût mais s’il n’est pas à mon goût, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il n’est pas bon. Dans ce sens, tous les vins qui n’ont pas de défaut sont de bons vins, ce n’est que matière de goût.
Pour qu’un vin ait mon vote, il doit d’abord et avant tout avoir un nez. C’est un détail très personnel mais un vin qui ne me procure pas déjà du plaisir simplement à le humer a une carence évidente. J’ai bu des vins de renom, d’années fabuleuses mais qui, au moment de la dégustation, avaient un nez plutôt discret et de ce fait je les ai moins appréciés. Vous allez me dire que c’est psychologique, banal, voire enfantin, et vous avez raison, sauf que je ne peux apprécier pleinement un vin que si je peux, entre les gorgées, me remplir les narines de ses effluves complexes et si variées.
J’éprouve d’ailleurs un plaisir fou à essayer de trouver les saveurs qui se cachent dans ce divin élixir. Pour ce faire, il y a plusieurs méthodes possibles. Il y a d’abord la méthode instinctive; celle qui fait appel à notre mémoire olfactive. Nous tentons de découvrir par de simples retours en arrière des senteurs de notre enfance ou de tous les jours. Pour les plus curieux dont je suis, il y a la méthode systématique d’apprentissage. Il s’agit en fait de tenter de mémoriser les arômes les plus répandus dans la nature et de les retrouver dans le vin, un peu à la manière d’un parfumeur. Il existe sur le marché des accessoires ou jeux servant à découvrir les divers parfums du vin que l’on retrouve dans les boutiques spécialisées sur les produits du vin tel Vinum, Aux plaisirs de Bacchus, et Despré Laporte. Les plus connus sont : Le Nez du vin de Jean Lenoir, fabriqués à partir d’huiles essentielles et Bacchanales, qui lui, est fait à base de produits chimiques reproduisant les exhalaisons recherchées. On y retrouve cinq grandes familles d’arômes en plus des odeurs de défaut. D’ailleurs, dans les jeux d’arômes de Jean Lenoir, vous trouverez diverses versions. 12 flacons pour le vin blanc, 12 flacons pour le vin rouge, 24 flacons pour vins rouges et blancs et une version de 54 flacons qui regroupe toutes les saveurs à découvrir dans le vin sans oublier la version « défauts du vin » et ses 12 flacons.
Malheureusement ces coffrets sont assez dispendieux mais si vous formez des groupes de dégustation, le coût en vaut vraiment la chandelle et les expériences sont inoubliables.
Les cinq familles d’arômes sont donc les fruits avec 23; citron, pamplemousse, orange, ananas, banane, litchi, melon, muscat, pomme, poire, coing, fraise, framboise, groseille, cassis, myrtille, mûre, cerise, abricot, pêche, amande (noyau), pruneau et noix.
Les fleurs avec six; aubergine, acacia, tilleul, miel, rose, violette.
Les végétaux avec 15; poivron vert, champignon, truffe, levure, cèdre, pin, réglisse, bourgeon de cassis, foin, thym, vanille, cannelle, clou de girofle, poivre et safran.
Les trois senteurs animales; cuir, musc et beurre,
ainsi que les sept grillés; pain grillé, amandes grillées, noisettes grillées, caramel, café, chocolat noir et note de fumée. Ne vous laissez cependant pas arrêter à ces odeurs, toutes celles que vous pourrez déceler seront toutes aussi valables.
Les défauts pourraient se résumer à des notes végétales plus répugnantes associées à la pourriture, le vinaigre, la colle, la pomme blette, le savon, le souffre, l’œuf pourri, l’oignon, le chou-fleur, le cheval, le moisi ou l’oxydation et toutes les variantes s’y rapprochant.
Je sais, cela en fait beaucoup mais l’idée derrière le jeu est de découvrir des façons amusantes d’échanger sur le vin sans pour autant se prendre au sérieux et surtout d’apprécier ce dernier sous toutes ses facettes. Si ce n’était pas assez, vous pourrez déceler des arôme particuliers et qui sont tout à fait personnels comme lorsque j’ai découvert le vin et où, alors que mon ami Michel me demandait ce que le vin sentait, j’ai répondu : « les feuilles mortes, cela sent comme lorsque je me promène en forêt l’automne ». Quelle ne fût pas ma surprise de l’entendre répondre : « exactement, c’est un St Julien et leur caractéristique est d’être terreux avec des arômes de champignon, de truffe… »
J’étais conquis! Depuis ce temps, je prends autant plaisir à humer un bon vin qu’à le boire, de plus, de cette façon mon taux d’alcoolémie reste décent.
Cette semaine, je vous propose un vin français qui n’est pas toujours disponible en succursales mais que j’aime particulièrement; La Rose Pauillac : C’est un vin d’une couleur rubis très profonde avec un nez puissant révélant des arômes de mûres, de cassis, et de fruits secs et un goût assez épicé tirant sur l’anis et même la réglisse et un côté boisé présent sans être agressant. Les tanins sont présents aussi et donnent une belle rondeur à ce vin classique, typique de sa région et dont la finale s’étire pour faire durer le plaisir.