Il y a un petit peu de nous là-dedans!
Vers la fin du XIXe siècle l’industrialisation battait son plein et la venue du chemin de fer aidait grandement la distribution du vin en Europe. En France, particulièrement, le vin devint l’une des productions majeures du pays. Cependant, la plus grande demande pour le vin créa les problèmes reliés habituellement à une surproduction. On planta des cépages médiocres et peu adaptés aux différents terroirs, les rendements étaient excessifs, la vinification était laissée à des mains inexpérimentées pour répondre à la demande. La viticulture allait connaître ses premiers véritables soubresauts. Comme pour ajouter l’insulte à l’injure, la nature s’en est mêlée et en 1864, pour la première fois, dans le Gard, est apparu le phylloxéra. Cette terrible maladie causée par un puceron parasite qui s’attaque aux racines de la vigne. Cette maladie était, à l’époque, inconnue en Europe. Elle est apparue accidentellement transportée par des plants américains. Presque tout le territoire européen fût dévasté.
C’était la catastrophe!
Ce qui n’est pas sans me rappeler la fameuse question à laquelle vous devez répondre systématiquement lors d’un séjour à l’étranger : avez-vous visité ou visiterez-vous une ferme… et rapportez-vous des êtres vivants (outre votre famille) tels plantes, animaux, etc.
La calamité était venue de l’Amérique, le remède en vint aussi. Les vignobles ont d’abord été reconstruits grâce aux croisements des vignes traditionnelles françaises avec des cépages américains résistants au phylloxéra. Par la suite, les cépages obtenus ont servi de porte-greffe pour reconstituer ce que nous connaissons de nos jours comme étant les Cabernet-Sauvignon, Pinot Noir, Merlot et autres cépages servant à l’élaboration du vin. À partir des années 1900, le paysage viticole européen avait, pour toujours, changé de visage.
C’est pour cette raison que nous pouvons affirmer que si les pays qui produisent le plus grand nombre de bouteilles de vin au monde, et le meilleur à mon goût, tels la France, l’Italie ou l’Espagne pour ne nommer que ceux-ci, c’est grâce à nous. Enfin, grâce à nos porte-greffes.
Il existe encore aujourd’hui des ceps originaux de Cabernet-Sauvignon et autres cépages qui sont cultivés en Argentine et dans d’autres pays d’Amérique du Sud, là ou le phylloxéra n’a pas mis les pieds.
Si vous visitez des vignobles européens, vous remarquerez que devant chaque rang de pieds de vigne il y a une plante, un arbrisseau quelconque qui a été planté. J’ai fait la remarque à une guide lors d’un voyage en France que tous les cépages, quels qu’ils soient avaient un plan de rosiers comme sentinelle et comme elle avait décelé une certaine curiosité de ma part, elle m’a demandé si j’en connaissais la raison. J’ai tenté une réponse qui l’a fait sourire : « Ce doit être pour la pollinisation » ai-je risqué. Ce à quoi elle a répondu candidement : « Je ne sais pas si cela aide à la pollinisation mais ce dont je suis certaine c’est que si une maladie se jette sur les plantes, elles s’attaquera d’abord aux rosiers ce qui nous permettra de réagir à temps pour sauver les raisins »
Cette semaine, je vous propose un vin à coucher i.e. : un vin à mettre en cave et ne boire qu’après une dizaine d’années : Château Kirwan. Dimanche soir, après une dure fin de semaine de labeur, nous nous sommes récompensés Mado et moi avec un excellent repas arrosé d’une superbe bouteille de Château Kirwan 1999. Quel bonheur! Ici, je m’arrête pour faire une parenthèse pour insister sur un élément dont je vous ai déjà parlé, le rapport qualité/prix. Je sais, ce dernier paraîtra pour certains hors de prix à 77,00$ la bouteille mais à l’époque, en 2001, je n’avais payé que 53,00$. Je suis convaincu que pour certains, cette somme est encore élevée mais rappelez-vous mon exemple de vin à 18$ qui vous revient à plus de 50$ au resto. Bref, laissez-moi vous décrire mon plaisir.
J’ai d’abord découvert un vin d’une couleur rubis foncé malgré son âge. Au premier nez, les arômes de cassis, de mûre et de réglisse m’ont charmé. Après avoir remué le verre délicatement, toute la complexité de ce dernier s’est offerte à mon odorat. Violette, sous-bois, cèdre et une délicate touche boisée sont ensuite apparus sur mes papilles gustatives.
Des notes champignonnées toutes délicates en rétro-olfaction ajoutaient au plaisir.
Un grand cru classé de Margaux à son meilleur. En pleine apogée, il aurait pu continuer son sommeil encore bien des années par sa structure manifestement complexe et raffinée. Ses tanins soyeux, sa rondeur, son équilibre étaient à couper le souffle. Je l’ai humé et dégusté à petites lampées presque toute la soirée, c’était divin. Et que dire de sa longueur, si je m’efforce un peu, je peux presque encore le goûter.