La culpabilité du sac
Chaque fois que je mets un papier ou une canette au recyclage ou encore que je pose mon bac bleu en bordure de la route, j'ai une pensée. Une pensée pour toutes les années de ma vie où recycler n'était pas dans les mœurs, où les changements climatiques n'étaient pas d'actualité, où les pluies acides étaient l'unique inquiétude.
Je devais avoir une quinzaine d'années, peut-être plus, lorsque le recyclage est vraiment devenu une préoccupation et au cœur d'une sensibilisation intense. Je ne cesse de repenser à avant, au temps où nous jetions tout simplement…tout. On dirait que ça fait une éternité que la récupération est notre mode de vie, mais en fait, cela ne fait pas si longtemps.
Aujourd'hui, les choses ont bien changé, bien comme dans beaucoup, mais aussi comme dans pour le mieux. Combien de fois ramenons-nous une canette pour la mettre dans notre recyclage faute de trouver un bac en cours de route. Et ce, sans oublier la fameuse culpabilité du sac réutilisable. La gêne que l'on peut ressentir lorsque l'on oublie notre sac et que l'on doit se rabattre sur ceux en plastique ou en papier du supermarché.
Moi, à chaque fois, je voudrais me biodégrader sur le champ. Disparaître. Me recycler en tuile de plancher. Je ne me retourne pas, de crainte de voir le regard meurtrier du client derrière moi qui doit me juger, j'en ai la certitude. J'ai l'impression que tout le monde se retourne sur mon passage. Je me sens honteuse. Quand ça m'arrive, je me dépêche de reprendre ma carte de débit et mes achats et d'aller me terrer chez moi.
Hé oui, les choses ont bien changé…