La France
Nous débutons donc cette semaine la nomenclature des appellations d’origine à travers le monde.
À tout seigneur, tout honneur. Il y a une quinzaine d’années, j’étais initié au vin par Michel Girard, un ami, grand amateur et fin connaisseur s’il en est. Il m’a d’abord fait découvrir les vins de Bordeaux et depuis ce temps, cette préférence ne s’est jamais estompée. Sa passion pour le bon vin, il me l’a transmise et je lui en serai éternellement reconnaissant. Malheureusement, Michel nous a quitté il y a quelques années mais son souvenir me suit à chaque fois que je pénètre dans ma caverne d’Alibaba; ma cave à vin. Je suis donc allé, en fin de semaine y cueillir un Château Gruaud Larose 1997, vin qu’il affectionnait particulièrement et que j’ai dégusté à sa mémoire en pensant vous faire découvrir cette appellation comme il l’a fait pour moi. Tout d’abord, il s’agit bien entendu d’un vin français.
Comme je l’ai mentionné la semaine dernière, il y a 14 régions viticoles en France : la Champagne, l’Alsace, le Jura, la Savoie, la Bourgogne, les Côtes du Rhône, le Rhône Sud-Est, la Provence, la Corse, le Languedoc-Roussillon, le Sud-Ouest, le Bordelais, les Charentes et le Val de Loire. Alors dans le cas qui nous occupe, la région est le Bordelais, mieux connue sous le vocable; Bordeaux. Deux rivières, la Dordogne et la Garonne, prenant leur source dans le midi coulent vers le Nord-Ouest et se jettent toutes deux dans la Gironde, fleuve se jetant à son tour, dans l’océan Atlantique. Autour de ces rivières et de ce fleuve sont réparties sept sous-régions; le Médoc, le Haut-Médoc et les Graves, de même que Sauternes et Barsac sur la rive gauche de la Garonne et la Gironde, l’Entre-Deux-Mers située comme son nom le dit entre la Garonne et la Dordogne et finalement le Libournais et le Blayais-Bourgeais sur la rive droite.
Par la suite nous retrouvons l’appellation proprement dite comme par exemple dans le cas qui nous occupe, l’appellation St Julien. Il y a aussi des appellations connues comme Margaux, Pomerol, St Émilion, Pauillac et des moins connues telles Fronsac, Côtes de Castillon ou Cérons. Parmi celles-ci nous retrouvons des classifications pour les vins de la sous-région du Médoc avec des premiers crus classés, des 2e, 3e, 4e, 5e, crus classés, viennent ensuite les crus bourgeois.
L’appellation St Émilion, elle, a ses Premiers Grands Crus Classés, ses Grands Crus Classés et ses Grands Crus. Ailleurs en Bordeaux il n’y a aucune reconnaissance officielle même pour les Grands Crus exceptionnels de Pomerol comme Pétrus et autres délices du genre. Si nous récapitulons, dans le Bordelais, nous avons la région : Bordeaux, la sous-région, Médoc, l’appellation, St Julien et la classification dans certains cas : 1er, 2e, etc.
En Bourgogne, autre région très prisée des fins connaisseurs, nous ajoutons un échelon. Il y a d’abord la région puis la sous-région, par la suite, l’appellation communale et finalement le climat. Le mot climat fait ici référence à une parcelle de terre bien précise. Cette notion nous vient du fait que lors de la révolution française, les nobles habitant la Bourgogne ont été dépossédé de leurs terres qui ont été morcelées en minuscules parcelles que représentent maintenant les climats.
Pour illustrer plus aisément la distinction de la Bourgogne et ses appellations, prenons l’exemple des vins mythiques comme La Tâche ou Romanée-conti. Tous deux possèdent le nom de leur climat. Leur appellation communale est le Vosne-romanée. Leur appellation sous-régionale est Côtes de Nuits. Dans les autres régions de France, la chose est habituellement plus simple. En Côtes du Rhône nous retrouvons 14 appellations sous-régionales divisées en deux sections. Dans la partie septentrionale, vous retrouverez Cornas, Côte rôtie, Côteaux du Lyonnais, Crozes-hermitage, Hermitage et Saint-joseph et dans la partie méridionale, Châteauneuf-du-pape, Côtes du Rhône et commune d’origine, Côtes du Rhône-villages, Gigondas, Rasteau, Rasteau rancio et Vacqueyras.
Il en va de même pour la plupart des autres régions où nous retrouvons une version simplifiée comme le fameux Montus d’Alain Brumont. La région est le Sud-Ouest, l’appellation est : Madiran et c’est tout. Ou le Château St Martin Garrigue : Région Languedoc-Rousillon, appellation Coteaux du Languedoc.
Pour certains, cette notion d’appellation est tellement abstraite, et parfois compliquée, qu’ils ne s’en préoccupent aucunement mais il faut savoir que grâce aux appellations, il nous est plus facile de marier vins et mets. Une appellation nous garantit un type de cépage autorisé, une vinification particulière, un terroir original, en fait l’appellation nous donne un aperçu de ce que contient la bouteille. Il ne nous reste plus qu’à vérifier si notre palais est en accord avec le produit annoncé.
Au moment où j’écris ces lignes, je m’apprête justement à aller tester mes papilles gustatives sur huit Bordeaux 2005, année exceptionnelle s’il en est une, avec un groupe d’amis. Au risque de faire des jaloux, en voici la liste :
Château Grand Launay Côtes de Bourg
Château Martinat, Côtes de Bourg
Château Benjamin de Beauregard, Pomerol
Château La Gaffelière, 1er Grand Cru St Émilion
Château Palmer, Margaux 3e Cru Classé
Château Sociando-Mallet, Haut Médoc
Château Montrose, 2e Cru Classé St Estèphe et finalement,
Château Angelus, St émilion, 1er Grand Cru Classé.
Revenons donc à notre vin choisi : Château Gruaud Larose 1997, de la région de Bordeaux, sous-région; Médoc, appellation St Julien, 2e Grand Cru Classé.
Tout d’abord, mentionnons que le vin de Château Larose existe depuis 1742, que son vignoble est tout d’un seul tenant de 82 hectares sur lesquels sont plantés 700 000 pieds de vigne répartis comme suit : 57% de Cabernet Sauvignon, 30% Merlot, 8% Cabernet Franc, 3% de Petit Verdot et finalement 2% de Malbec. Vous remarquerez que ce St Julien contient les cinq cépages autorisés en Bordeaux. À chaque année, lors de l’assemblage, le vigneron décide des quantités de chacun des cépages qui entreront dans l’élaboration du grand vin. Au premier coup d’œil, nous pouvons constater une couleur pourpre très profonde malgré ses onze ans. Le premier nez nous fait découvrir les effluves typiques de St Julien; sous-bois, feuilles mortes et fruits rouges. Lorsqu’on le remue pour bien l’aérer, il explose et nous livre une variété de senteurs animales; viande, cuir, tabac, puis des odeurs plus volatiles de torréfaction, fumée, épices que l’on retrouve en bouche ainsi qu’un pointe de réglisse. Les tanins sont présents et assouplis, la bouche est ample et généreuse, d’une belle rondeur et d’une longueur telle qu’on en redemande.
Ce fût une belle soirée, remplie d’odeurs, de goûts et de textures à rêver mais aussi de nostalgie. Le vin a cette faculté de nous transporter là où les souvenirs tant olfactifs que gustatifs nous mènent pour nous permettre, ne serait-ce qu’en souvenir des moments exquis.