Les petits bourgeois
Il y a les bourgeois, ceux que persiflait Brel. Et les petits bourgeois, ces modestes commerçants qui tirent une pitance d’ouvrier en opérant une petite échoppe.
Mon amie Annie fait partie du deuxième groupe. Faute de moyens pour payer des employés, elle travaille un maximum d’heures à sa parfumerie. Avec la période des Fêtes, elle doit frôler les 100 heures par semaine. Elle vient de tomber sur le dos, le gouvernement la force pratiquement à ouvrir ses portes le 2 janvier!
Elle est en rogne (le mot est faible) contre l’assemblée nationale qui s’est rendue à l’argumentaire des grandes chaînes.
« Nos députés vont être confortablement installés chez eux tout au long des fêtes de fin d'année, pendant que moi, je travaille comme une défoncée pour essayer de faire mes chiffres et combler tous les clients téteux et cheaps qui veulent faire des p’tits cadeaux pas chers parce que c’est la récession, câl… », m’écrit-elle avec un juron sans points de suspension.
Annie est brûlée. Par le biais d’une lettre aux journaux (et son corollaire moderne, un groupe sur Facebook), elle a appelé au boycott des commerces le 2 janvier.
Dire que je pestais contre les commerces qui ferment à 17h le samedi en décembre parce que je n’avais pu acheter le pied de sapin (que je me suis procuré le lendemain de toute façon). De nombreux travailleurs du commerce de détail râlent ainsi contre les « branleux » de mon acabit pendant qu’en France, l’ouverture des commerces le dimanche suscite un tollé.
C’est encore pire aux Etats-Unis où l’on peut acheter une dinde et du détersif à 2h dans la nuit chez Price Chopper. Annie n’en a cure. Le 2 janvier, sa boutique sera fermée.