Les hôpitaux offrent parfois de meilleures conditions que les Cégep aux bacheliers en nursing, d’où une pénurie d’enseignants. (Photo : Roger Lacoste)
Les enseignants en Soins manquent autant que les infirmières
Le Cégep peine à monter une banque de candidature
Alors que Lanaudière n’était pas épargné par la pénurie d’infirmières et infirmiers qui frappe le Québec voilà que le Cégep régional fait face à un manque criant d’enseignants en Soins infirmiers.
Le Service de la formation continue, avec son diplôme d’études collégiales (DEC) accéléré en Soins infirmiers, depuis neuf ans, arrive tout de même à s’en sortir. Mais «à l’arraché», admet le directeur de communication du cégep Louis Lavoie. «Le terme peut être juste, mais on y parvient» rassure-t-il.
Le problème est que, les établissements d’enseignement aussi bien que les hôpitaux veulent recruter des bachelières. Ce qui rend la compétition extrêmement rude entre les deux secteurs.
«C’est une difficulté commune à l’ensemble du réseau, affirme M. Lavoie, on arrive à recruter des gens qui veulent bien faire un bout de chemin avec nous pas aussi longtemps qu’on voudrait».
«De peine et de misère»
Très peu de membres du corps professoral en Soins décident d’y faire carrière. Le Cégep voudrait les garder pour 20 à 30 ans environ, mais les hôpitaux semblent parfois offrir des avantages plus alléchants. «Tout le monde arrive à s’en sortir, mais vraiment de peine et de misère», déplore M.Lavoie.
Depuis plusieurs années, le Cégep a dû informer et négocier avec l’Agence de la santé et des services sociaux de Lanaudière (ASSSL) à ce propos. «Ils sont bien conscients du problème et seraient prêts à libérer des personnes pour venir enseigner sinon le problème (de la pénurie d’infirmières) risque de s’aggraver», note le porte-parole du Cégep.
Il n’y a, présentement, ni accord ni entente formelle entre les deux parties, mais le consensus veut que les centres hospitaliers collaborent avec le Cégep. Le Service de la formation continue développe d’autres types de collaborations également afin de parvenir à ces objectifs.
Un comité de sélection conjoint des enseignants en Soins infirmiers pour éviter le dédoublement de cette tâche est créé. Un partage de certaines ressources enseignantes en Soins et dans toutes les disciplines contributives telles biologie, psychologie, sociologie, chimie est institué entre autres mesures d’adaptation. Ces initiatives permettent jusqu’à présent de stabiliser l’équipe d’enseignants souvent à statut précaire.
«Il est fort intéressant de constater que le travail réalisé pour la formation au DEC en Soins infirmiers, volet accéléré et volet régulier se complète bien. La clientèle reçoit la même qualité de formation et d’encadrement pour favoriser leur réussite», explique Johanne Charest, conseillère pédagogique au Cégep, dans le dernier bulletin d’information de l’institution.
Banque de candidature
Le Cégep va même jusqu’à s’estimer «chanceux» que la pénurie d’enseignants à laquelle il fait face n’ait pas eu encore de conséquences sur les programmes. Lors de la première vague de la grippe A (H1N1), à l’automne 2009, il y a eu un décalage de deux semaines du calendrier. Louis Lavoie parle de «circonstances particulières» n’ayant rien à voir avec le manque d’enseignants.
Toutefois l’institution peine sérieusement à constituer une banque de candidature depuis plusieurs années. «On travaille continuellement à mettre sur pied cette banque mais ce n’est pas le cas et on n’est pas dans une zone de confort», fait remarquer le porte-parole.
Marco Legrand
Commentaire mis en ligne le 15 février 2010Le Syndicat des enseignantes et des enseignants du CÉGEP régional de Lanaudière à Joliette souhaite réagir à l’article «Les enseignants en Soins manquent autant que les infirmières» paru dans l’édition du 10 février 2010 de l’Hebdo Rive Nord. Le Syndicat reconnaît la pénurie tant à la formation continue qu’à l’enseignement régulier.
Les deux raisons fondamentales de la pénurie enseignante à la formation continue sont le salaire et la précarité permanente. En ce qui a trait au salaire, une enseignante ou un enseignant à la formation continue gagne entre 31 116,75$ (16 ans de scolarité) et 43 254,75$ (19 ans de scolarité). Aucune échelle salariale liée à l’ancienneté et à l’expérience n’est applicable aux enseignantes et aux enseignants. Par comparaison, une infirmière en milieu hospitalier obtient, au premier échelon, 40 753,70$ et au dernier échelon, 72 629,05$ (avec 16 ans de scolarité).
Quant à la sécurité d’emploi, les enseignantes et les enseignants de la formation continue n’auront JAMAIS la permanence. Alors, dans ce contexte, comment s’imaginer que des infirmières et des infirmiers du milieu de la santé voudraient rester «pour 20 à 30 ans» à la formation continue quand deux ans seulement sont nécessaires à l’hôpital pour obtenir une permanence. Ceux et celles qui tentent de négocier un prêt à la banque comprennent l’importance de la permanence dans l’obtention de ce prêt.
À l’enseignement régulier, les échelles salariales sont de moins en moins compétitives avec le milieu de la santé : le premier échelon d’enseignant est de 36 472$ et le dernier, pour 16 ans de scolarité, est de 70 352$. De plus, les enseignantes et les enseignants à temps complet doivent effectuer des heures supplémentaires afin de pouvoir donner tous les cours, faute d’enseignants.
En conclusion, il faut comprendre l’ensemble du problème afin de trouver des solutions durables concernant la pénurie de main-d’œuvre enseignante en soins infirmiers tant dans Lanaudière que dans le reste du Québec.
Marco Legrand, président
Syndicat des enseignantes et des enseignants
du CÉGEP régional de Lanaudière à Joliette FNEEQ-CSN