Marie Perro se tourne de plus en plus vers l'art abstrait.
(Photos: Roger Lacoste)
Marie Perro, l'art au service de l'injustice
On peut dire de la peintre Marie Perro qu'elle est une artiste engagée. Une femme sensible à l'injustice, à la détresse humaine.
Justement, l'exposition du dernier collectif auquel elle s'est associé pendant quelques années, vient de prendre fin et les profits recueillis iront aux femmes battues. Pendant 20 ans, Les Femmeuses ont tenu une exposition tournante au Centre Pratt & Whitney à Longueuil.
C'est ce genre de projet qui anime la peintre de Repentigny. Dénoncer l'injustice, c'est ce qui donne à Marie Perro le goût d'agir. Elle se dresse devant sa toile et se laisse guider par son instinct.
Une humaniste qui agit à son échelle, avec l'outil que lui a donné la vie: son pinceau.
Pendant les 15 années qui ont suivi la fin de sa formation à l'UQAM en arts plastiques, en 1984, elle s'est jointe à plusieurs projets élaborés par le collectif Les femmeuses, des femmes artistes qui terminaient une formation universitaire tout comme elle. Pendant leurs nombreuses années de création collectives, elles ont même initié un projet accepté et parrainé par l'ONU: Éradication de la pauvreté. De 1996 à 1998. Trois ans d'œuvres créées pour illustrer l'injustice liée à la pauvreté sous toutes ses formes possibles mais surtout vue par des yeux de femmes et d'artistes.
Pendant trois années, les Nations Unies leur proposera un thème lié à l’Éradication de la pauvreté.
La peintre se sent interpellée par la pauvreté des femmes. Celles d’à côté, celles d’ailleurs. Sur l’une de ses toiles, on découvre une femme derrière les grillages détruits par la guerre victime d’un conflit qui la laisse démunie et prisonnière de son incapacité d’agir. Une toile chargée de symboles inspirés tout droit du conflit israélo-palestinien. Une autre illustre la maman malheureuse et impuissante à répondre seule à tous les besoins essentiels de ses enfants. Ou encore celle sur la pollution où l’on peut observer le fond de la mer et sa faune en voie d’extinction.
« « L’Éradication de la pauvreté » a suscité pour chacune d’entre nous, un questionnement qui s’est concrétisé par des réalisations aussi personnelles que diversifiées. La présente exposition se veut une prise de parole, une source d’espoir, mais surtout, un acte de foi profond dans la puissance de la portée bienveillante de l’art sur l’humain », pouvait-on lire dans l’introduction signée par le collectif en présentation du dernier projet.
Mais si les Femmeuses ont duré plus de 15 ans, c’est qu’elles avaient bien des choses à dire. Avec ou sans l’ONU. Pendant toutes ces années, elles ont signé de nombreuses œuvres les menant ci et là à travers le Québec.
Mme Perro a aussi mené une carrière solo. Ses toiles peintes en acrylique ont été exposées à plusieurs reprises, notamment par la Galerie Nova, à Montréal.
La détresse humaine demeure omniprésente dans ses toiles. Consciente que le regard qu’elle pose sur la vie et ses toiles ne la rendent pas aussi populaire que la beauté joyeuse exploitée par d’autres, Marie Perro ne compte pas changer de trajectoire. « J’ai plus envie de dénoncer les choses que de divertir les gens », explique-t-elle. « Il ne faut pas tricher avec soi-même », ajoute la peintre qui ne se laisse guider que par son instinct et non par les tendances de l’heure.
L’artiste est modeste. Pour elle, traduire sur ses toiles des réalités qu’on préférerait peut-être ne pas voir, lui donne l’occasion de remettre à la vie une partie du bonheur qu’elle a vécu. « C’est important de faire sa part, d’apporter sa contribution », pense Mme Perro.
Sa démarche artistique est intérieure. À l’image des couleurs qu’elle n’hésite pas à utiliser, aussi sombres soient-elles. Pour l’artiste, elles ne le sont pas. Elles représentent simplement la profondeur des choses. Puis, la femme instinctive qu’elle est ne se pose pas de questions sur le les raisons qui la poussent à choisir ces couleurs de nuit plutôt des couleurs ensoleillées. Elle se laisse guider. Sur ses toiles, le bleu est omniprésent. Elle l’utilise sous tous ses tons, du plus pâle au plus foncé. Une couleur qui l’inspire plus que toute autre. « Le bleu, c’est le calme, le repose, la paix », explique-telle.
Il ne faut pas se laisser rebuter par l’apparente froideur que dégagent les couleurs utilisées par Marie Perro. Il faut, au contraire, porter son regard plus loin, observer sa démarche unique et tellement empreinte d’humanité.
Ce qui inspire par dessus tout la peintre qui explore maintenant l’art abstrait, c’est de représenter l’âme humaine dans tout ce qu’elle cache et se cache. « S’arrêter, regarder les choses, les gens, le rapport entre eux est une façon pour moi de manifeste ce qui me semble insondable. J’aime le rapport du réel et de l’imaginaire, de l’insondable. Cette absence de certitude face à mon travail me permet de découvrir une image qui surgit au moment même où, souvent, l’incertitude s’est emparée de moi », explique l’artiste.
Marie Perro pose un regard satisfait sur sa carrière. L’humaniste s’est trouvé une voie. L’artiste s’est épanouie.
(Photos: Roger Lacoste)