Loto-chicot
Affamée en rentrant du boulot hier soir, j'ai eu la brillante idée de saisir une poignée d'arachides enrobées de sucre que j'ai englouties en un clin d'œil.
C'est au moment où j'ai avalé quelque chose de très dur et pointu que je réalisai avec stupeur que je venais d'ingurgiter deux gros morceaux de molaire. Prise de panique, je partis à la recherche d'une clinique dentaire ouverte un 3 janvier…
Après m'être cogné le nez sur des portes closes et parcouru deux villes, j'ai finalement déniché un bureau de dentiste qui prenait les cas urgents.
Étendue sur la chaise depuis une heure avec le dentiste qui grattait tous les recoins de ma bouche avec son instrument en pic ultra pointu, comme s'il jouait à une sorte de «Loto-Bingo» auquel il est assuré de gagner gros à chaque fois, j'ai finalement reçu ma sentence: deux dents brisées, dont une étant fracturée jusqu'à la racine.
Les ongles bien enfoncés dans la chaise de simili cuir de mon bourreau, je l'écoutai avec angoisse me raconter comment il devrait taillader ma gencive afin d'y récupérer tous les morceaux de dents.
Figée par la terreur, je n'osai m'objecter à cette boucherie et me fit disséquer les maxillaires durant les heures qui ont suivi.
Épuisée d'avoir autant lutté avec mon amour-propre afin ne pas alerter les autres patients, je n'ai pas eu la force de protester lorsque le dentiste m'a dévoilé la note, qui dépassait amplement les quatre chiffres. De toute manière j'avais la bouche tellement gelée par l'anesthésie qu'il n'aurait rien compris.
Moi qui avais pris la résolution de mordre dans la vie à belles dents en 2007 !