Silence, on bruite
Dans la dernière semaine… plutôt… Dans le dernier mois, avez-vous entendu, ne serait-ce qu’une seule fois, la haute magnitude du silence? Pas moi. Pas une seule fois. En 2007 après J.-C., le silence s’avère aussi rare qu’une voix venue des cieux. J’ose pas imaginer toute cette pollution acoustique, là-haut.
Il y a toutes sortes de bruits. Des très très drôles, comme ceux qu’on a reçu au bureau. Une série de pets longuement étudiés: échantillons sonores à l’appui. C’est à se lâcher de rire! Et dire que ces explosions venues de l’arrière-pays en disent long sur la complicité d’un couple... Mieux encore: sur la profondeur de l’amitié. Des bons chums faisant des prout! l’objet de leurs vilaines compétitions. Douteux, je sais. Il y a aussi les bruits barbares: un orang-outang amoureux, par exemple. Ou le son brutal du réveille-matin. Et les bruits de foule dont le quotient intellectuel est aussi discutable qu’un sondage sur la pâte à modeler. Le bruit de la langueur monotone: un pendule, un modem, un ventilateur. Les bruits sidérants. Comme le tonnerre. Sans parler des bruits doux. Un baiser déposé sur la nuque. Une vague en hiver. Un jardin qui boit la pluie.
Le silence dans tout ça? Souvent absent. Et contrairement aux bruits, on ne peut le classifier. Il n’y a pas de petit ni de grand silence. Le silence, il est là. Quand il se manifeste, il est tout-puissant. À son écoute, on cherche la sortie. Lui fausser compagnie; sauter la barrière du son. Moi je me dis que de l’entendre, ce doit être comme entendre Dieu qui parle. Alors ma question est celle-ci: Pourquoi les gens qui prient disent « ô Dieu, parle-moi » quand ils ne cessent de gémir et de chanter, de taper des mains et de prêcher? Si ma théorie se tient, ils n’entendent rien.