Pour éviter les regards désobligeants et même de mettre sa vie en danger, Tanya doit porter costume et casque pour cacher ses cheveux blonds et ses yeux bleus.
Tanya De La Sablonnière en mission à Kandahar
L'Armée canadienne recrute de plus en plus de femmes. Elle les envoie même au front, à la guerre. Surprenant, non? Pas rassurant, l'égalité dans l'armée.
Mais pour Tanya De La Sablonnière, l'égalité c'est aussi la possibilité de faire des choix. En partant rejoindre les troupes canadiennes en Afghanistan le mois dernier, elle savait ce qu'elle faisait. Elle y avait déjà des amis et même son amoureux de mécanicien.
En se portant volontaire pour aller travailler en terrain de guerre, à Kandahar, elle prenait des risques bien sûr, mais il ne peut en être autrement pour cette jeune fille de 25 ans qui a senti l'appel de la vie militaire dès l'âge de 17 ans.
Il faut dire qu'elle venait de passer cinq années au sein du corps de cadet 3009 de Le Gardeur. Cadette, caporal, caporal-adjoint, sergent. Un beau parcours pour cette jeune femme dont la famille réside à Le Gardeur. Sa maman, Patricia Nickolson et le conjoint de cette dernière, Benoit Gauvreau, qui considère Tanya comme sa propre fille. Son père et son frère aussi.
Ils sont fiers d'elle. Ils ont peur aussi. Chaque jour, Tanya part porter des provisions aux soldats combattants au volant de son gros tank de 53 pieds, les cheveux bien cachés sous son casque et des lunettes devant les yeux. Une blonde aux yeux bleus, pensez-y ! « C'est bien spécial de voir un petit bout de femme conduire un aussi gros camion », raconte son beau-père Benoit. « J'étais fier d'elle lorsque je l'ai vu au volant de ce 53 pieds. »
Une fierté mêlée d'angoisse car conduire des convois est sans doute l'une des situations les plus risquées dans ce pays où l'on fait régulièrement exploser les véhicules quand ils ne tombent pas auparavant sur une mine contaminée.
C'est précisément à cela que pense Patricia Nickolson lorsqu'elle écoute les bulletins de nouvelles. Elle essaie tant bien que mal de mener son train-train quotidien mais elle s'inquiète souvent pour sa fille. Après tout, c'est la première fois que caporal Tanya De La Sablonnière prend part à une mission à l'étranger. Même si ses parents se sont habitués à son absence, car elle vit à Oromoto, au Nouveau-Brunswick, tout près de Gagetown, là où elle s'est entraînée. Mais Benoit, son beau-père la comprend. Lui-même ancien militaire, il aurait aimé aller à l'étranger. Les militaires ne s'entraident-ils pas pour être soldats ? Même pour une mission de paix.
L'Armée canadienne a fait des choux gras chez les Nickolson et les Gauvreau. Le père de Madame était militaire, son frère également. En plus d'avoir été dans l'armée, M. Gauvreau a aussi eu un oncle militaire.
Le plus difficile, c'est d'obtenir des nouvelles d'elle de façon très irrégulière. « Nous ne lui avons parlé qu'à deux reprises depuis qu'elle est partie », laisse entendre sa mère.
Tanya n'a pas encore connu de situation qui l'aurait mise en danger mais avec le printemps qui arrive, sa famille se fait plus craintive. « Au printemps, les Talibans redescendent des montagnes. On craint que les choses ne s'aggravent, qu'il y ait davantage de violence », explique M. Gauvreau. On se souviendra que les Talibans ont été chassés du pouvoir en 2001 après avoir dirigé l'Afghanistan avec un fanatisme extrême. Maintenant qu'un régime plus démocratique a été porté au pouvoir, les femmes hésitent encore à enlever complètement la burka, stigmatisées par ce groupe contesté qui leur avait enlevé tous leurs droits jusqu'à celui de sortir seules dehors. La situation sociale et politique reste encore fragile en Afghanistan.
Selon sa famille, Tanya ne s'inquiète pas trop. Elle n'a pas le temps, ses journées de travail s'allongent souvent jusqu'à 18 heures en ligne. Ses parents sont certains qu'elle tiendra jusqu'à la fin de son mandat en août. « C'est une fille de tête, elle est fonceuse. Puis, il semble que ce soit plus calme que ce qu'elle s'attendait », raconte son beau-père qui estime malgré tout que l'Armée canadienne n'a pas sa place en Afghanistan, dans ce conflit déclenché par le président Bush.
Elle viendra voir sa famille quelques jours en avril, le temps d'une pause. Les Nickolson-Gauvreau on hâte, car s'ils vivent de fréquentes inquiétudes, leur admiration à l'endroit de Tanys est immense.
« C'est une fierté incommensurable. C'est une expérience de vie pour elle. Elle m'a dépassé comme militaire. Ce qu'elle accomplit est hors du commun. Elle a des tripes dans le ventre, s'exclame Benoit Gauvreau, des étincelles plein les yeux. Chapeau ! »