Citadine
« Hey toé la p'tite fille de la grand-ville, j'men vas te conter la légende de Carcajou…tu voudras pus aller jouer déhors », me lança une femme à la bouche édentée, déclenchant l'hilarité générale.
Attablée devant un ragoût dont la provenance de la viande m'échappait - on m'a dit que c'était de la bête puante - vêtue d'un chandail vert décrépi, d'une vieille salopette pour homme et de bottes Sorel dignes de Big Foot, je ne savais pas si je devais être surprise ou insultée par une telle remarque. J'ai donc éclaté de rire à mon tour, décidée à passer une Saint-Patrick mémorable.
Il suffit de sortir du territoire urbain pour réaliser combien nous sommes oppressés par le rythme de la ville. Stressés au point de nous oublier nous-mêmes, de perdre nos bonnes manières, de passer à côté de l'essentiel. Je pense que la campagne rend les gens meilleurs, et plus tolérants, car il est courant que l'on doive s'y entraider, puis les origines semblent s'y confondre. Quoiqu'en pensent les citoyens d'Hérouxville, en région, nul besoin d'accommodements raisonnables. Nous n'avons qu'à nous tenir d'abord en tant que communauté, puis en tant que société, et les nouveaux venus auront plus de facilité à s'intégrer à nos traditions, à notre vie culturelle. Plus le sentiment d'appartenance est fort, plus on a envie de faire partie du groupe. Arrêtons de nous plaindre des accommodements raisonnables et tournons-nous donc vers le positif pour nous concentrer sur nos traditions afin de les enraciner davantage dans notre culture. Ceux qui ne veulent pas de notre jambon n'auront qu'à « passer en-dessous de la table » dans nos érablières.
Quant à moi, j'ai un peu trop eu envie de m'intégrer au groupe et suivi la tradition irlandaise à un tel point que certains moments de la soirée de samedi dernier sont plutôt nébuleux…la Guiness, c'est finalement aussi mauvais quand ça sort que quand ça entre.