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Les conservateurs semblent prêts à tout pour conserver le pouvoir

Presse Canadienne Article mis en ligne le 2 décembre 2008 à 0:00
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Les conservateurs semblent prêts à tout pour conserver le pouvoir
Le premier ministre Stephen Harper arrive sur la Colline mardi. LA PRESSE CANADIENNE /Tom Hanson
OTTAWA - Le gouvernement minoritaire conservateur semble prêt à tout, y compris à provoquer un débat sur l'unité nationale, pour éviter de se faire renverser par la coalition formée officiellement lundi par le Parti libéral du Canada (PLC), le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois.
Si la période des questions de mardi est un indicateur, il faut s'attendre à une guerre de tranchées entre les deux camps aux Communes, avec le premier ministre Stephen Harper et son successeur potentiel Stéphane Dion en première ligne.
Les deux hommes se sont en effet livrés en Chambre à un combat oratoire houleux, ponctué par les applaudissements, gros mots et huées de leurs députés, sous le regard médusé des journalistes et de spectateurs exceptionnellement nombreux.
D'entrée de jeu, Stephen Harper a indiqué qu'il était prêt à riposter à cette "attaque" contre le Canada, sa démocratie et son économie par "tous les moyens".
Il a aussi clairement laissé entendre qu'il préférerait provoquer un nouveau scrutin que de voir les partis d'opposition prendre la place de son gouvernement.
"Aucun membre de cette Chambre, même pas ceux du Bloc, n'a reçu de mandat pour former un gouvernement dont feraient partie des séparatistes. Si le chef de l'opposition croit qu'il a des appuis, il devrait avoir le courage de soumettre son idée au peuple du Canada qui va la rejeter", a-t-il martelé.
A l'évidence, les conservateurs tentent de diviser les partis d'opposition et de faire éclater leur coalition en insistant, dès qu'ils en ont l'occasion, sur les "risques" pour l'unité nationale que constitue l'alliance du parti de Laurier et de Trudeau avec des souverainistes.
En anglais, le chef conservateur a ainsi accusé son rival d'avoir vendu le Canada aux "séparatistes", de vouloir trahir les Canadiens et détruire le pays.
Il a même faussement reproché aux partis d'opposition d'avoir officialisé leur alliance dans une salle où ne trônait aucun unifolié. "Ils ont dû se faire photographier sans drapeau, parce qu'un des membres de leur coalition ne croit même pas en ce pays", a-t-il argué.
Des images largement diffusées de la cérémonie de lundi après-midi montrent pourtant trois drapeaux du Canada de même que ceux de toutes les provinces et territoires, en arrière-plan.
En français, le premier ministre a changé de refrain, laissant plutôt entendre que le Bloc s'était écrasé devant deux formations "centralisatrices", le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique.
Piqué au vif, Stéphane Dion a défendu la nouvelle coalition avec une énergie qu'on ne lui connaissait pas. "J'ai donné ma vie pour l'unité de ce pays, pour mon amour envers le Canada. Avec cette entente, le Bloc a accepté d'avoir 18 mois de stabilité politique au Canada. Voilà ce qu'obtient le Canada par le biais de cette entente", a-t-il martelé.
Selon le chef libéral, les conservateurs jouent un jeu dangereux en tentant d'isoler les souverainistes québécois dans le seul but de sauver sa peau.
C'est aussi l'avis du bloquiste Gilles Duceppe, qui croit par ailleurs que la stratégie des conservateurs risque d'échouer. "Je ne pense pas que c'est une façon d'attirer la sympathie des Québécois que d'agir comme ça", a-t-il déclaré à sa sortie de la Chambre.
Mais les conservateurs ne se contenteront pas de lutter sur le terrain parlementaire pour mettre les électeurs de leur côté. Leur formation a même orchestré une grosse campagne publicitaire, qui s'est amorcée mardi à la radio, en anglais uniquement.
Selon une source au sein du cabinet du premier ministre, il est difficile d'acheter du temps d'antenne au Québec ces jours-ci, en raison de la campagne électorale provinciale, ce qui expliquerait l'absence de publicités en français.
Le parti de Stephen Harper fait d'autre part appels à ses militants, qu'il incite à prendre la parole dans les tribunes téléphoniques (on leur fournit d'ailleurs des notes préparatoires) et à écrire aux figures de proue de la coalition dont Stéphane Dion, Jack Layton et Gilles Duceppe, de même qu'à la gouverneure générale Michaëlle Jean.
Des manifestations d'opposants à la coalition sont aussi prévues, à Ottawa ainsi que dans d'autres grandes villes canadiennes au cours des prochains jours.
Il y a toutefois fort à parier que les conservateurs se heurteront là aussi à leurs adversaires politiques puisque les centrales syndicales et d'autres organisations non gouvernementales planifient elles aussi des événements. Un gros rassemblement doit avoir lieu jeudi devant le Parlement, et les centrales syndicales québécoises en organisent un autre samedi, à Montréal.
Même si son budget est plus limité que celui de ses adversaires, le Parti libéral ne sera pas en reste. La formation a entrepris de distribuer à ses membres et aux "progressistes" favorables à son projet des notes et des cartes postales déjà rédigées, présentant ses arguments. Le parti fera aussi campagne sur Internet au cours des prochains jours.
Dans l'espoir de gagner du temps, les proches du premier ministre n'écartent pas l'idée de proroger la session parlementaire et de convoquer la Chambre à nouveau dans les derniers jours de janvier, juste à temps pour le dépôt du budget.
Pour ce faire, Stephen Harper aura toutefois besoin de l'accord de la gouverneure générale, Michaëlle Jean.
Devant l'ampleur de la crise, cette dernière a d'ailleurs décidé d'écourter son séjour en Europe pour rentrer d'urgence au pays, dès mercredi midi.
La représentante de la reine du Canada a déjà commencé à consulter des constitutionnalistes pour l'orienter dans sa réflexion. Jointe par Radio-Canada, elle a affirmé que son rôle était "de s'assurer qu'il y ait continuité, de s'assurer que la gouvernance soit vraiment établie sur de bonnes bases".
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