Les jeunes participants au documentaire Centabous se sont dévoilés sans pudeur sous l'œil du réalisateur Raymond Décary.
- Photo: gracieuseté
Un film à cent lieues des tabous
Six jeunes lèvent le voile sur leur maladie mentale
Lorsque Raymond Décary a proposé à Sylvie Bouchard de la Myriade de faire un documentaire, pensé, écrit, réalisé et produit par des jeunes présentant des troubles sévères de santé mentale, celle-ci a tout de suit été emballée. Dès lors, toutes les ressources humaines et logistiques de l’organisme ont été mises à la disposition du réalisateur.
« J’ai toujours été préoccupé par la problématique des jeunes vivant avec un problème de santé mentale », confie Raymond Décary, instigateur du projet de documentaire. « J’ai moi-même dû vivre avec quelqu’un de ma famille présentant des troubles mentaux sévères. »
Flanqué de Caroline Arbour, éducatrice au service de réadaptation Le Parcours Sud, Raymond Décary a donc amorcé la recherche des artisans qui feraient de son idée une réalité.
C’est ainsi que six jeunes du sud de Lanaudière ont été choisis, parmi une vingtaine de candidats, pour réaliser ce projet.
« C’est leur film à eux », poursuit M. Décary. « Ils ont pris le projet en main et se sont ouverts à la caméra. Ils ont graduellement levé le voile sur la souffrance qui les habite. »
Tout au long du tournage qui aura duré quelques mois, Caroline Arbour a accompagné Dominique, Linda-Élaine, Jessénia, Véronique, Yannick et Maxime sur la voie de la compréhension et de l’acceptation de leur maladie, le tout devant la caméra de Raymond Décary.
Chacun trainant son lot de blessures, de honte, de gêne et de mauvais souvenirs, ils sont arrivés à faire le tri de leurs idées noires et parfois délirantes pour exprimer avec une lucidité déconcertante les bons mots pour expliquer leurs maux.
Vérité saisissante
Le résultat est saisissant de vérité. Les six participants laissent lentement tomber leurs masques, écartant tout faux semblant de leurs propos pour ne laisser sortir que l’essentiel : l’acceptation de sa différence.
D’ailleurs, si une seule phrase doit être retenue de ce documentaire justement intitulé Centabous c’est bien : « s’accepter, c’est déjà commencer à guérir ».
Et c’est justement cette acceptation qui semble l’étape la plus difficile à franchir.
« Les jeunes ne veulent souvent pas admettre qu’ils ont un problème », explique Caroline Arbour. « Pire encore, lorsqu’ils sont sous médication et que leur état s’améliore, certains font l’erreur de laisser tomber leurs médicaments et repartent dans leur délire. Lorsque cela arrive, il est encore plus difficile de les remettre sur pied.
Les deux instigateurs du projet soutiennent que ce film se veut avant tout un outil de travail pour les intervenants en santé mentale et un excellent moyen de sensibilisation des gens à la problématique des jeunes vivant en santé mentale.
« Juste ici dans Lanaudière, c’est une personne sur cinq qui vivra, à un moment ou un autre de sa vie, un trouble de santé mentale plus ou moins sévère », prévient Mme Arbour. « Cela peut aller de la petite dépression saisonnière à des troubles plus graves tels que la schizophrénie ou les troubles bipolaires comme les jeunes du film. »
Caroline Arbour rappelle toutefois que les gens atteints de troubles mentaux peuvent fonctionner très bien en société s’ils sont traités et suivis adéquatement.
« Moins de 3 % des gens souffrant de troubles mentaux suivis par le Parcours doivent être ré hospitalisés », soutient l’éducatrice. « Le but d’un organisme tel que le nôtre est justement d’éviter que ces personnes ne soient hospitalisées. »
Présentation spéciale
La grande première de Centabous aura lieu le 10 octobre prochain à 9 h, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, au Cinéma Triomphe de Lachenaie. Toute personne préoccupée, touchée ou intéressée à la problématique de la santé mentale chez les jeunes est invitée à venir y assister. Après la projection, une grande discussion portant sur ce sujet aura d’ailleurs lieu.
Et quel sort sera réservé à l’œuvre des six jeunes par la suite ? « Nous n’avons encore rien de concret en ce qui concerne une possible diffusion à la télé », répond Raymond Décary. « Mais il est possible qu’il soit diffusé au petit écran. »
Toujours est-il qu’il est fort possible qu’une tournée scolaire soit organisée pour présenter le film à de jeunes étudiants et, si le cœur leur en dit, il est fort probable que les jeunes artisans du film assistent à ces représentations pour poursuivre la discussion.
« Pour ne plus taire sur cette terre les maux sans mots »
Extrait du film Centabous