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Médecins de famille recherchés

Article mis en ligne le 6 mars 2009 à 19:32
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Médecins de famille recherchés
Il y a 25 % de la population québécoise qui n’a pas de médecin de famille, ce qui équivaut à deux millions de personnes, la pire moyenne au Canada (Statistiques Canada - 2008). (Photo : courtoisie)
Médecins de famille recherchés
Ce n'est plus un secret, l'accès à un médecin de famille est de plus en plus difficile au Québec, mais particulièrement dans la région de Lanaudière. L'enquête réalisée auprès de cliniques de la région démontre que la situation est devenue tout aussi critique pour les professionnels de la santé que pour la population.
Il est prouvé que les personnes qui ont accès à une source régulière de soins de médecine générale de première ligne se portent mieux que ceux qui utilisent toujours des soins ponctuels. Le médecin de famille coordonne les soins, il ouvre plus facilement et plus vite la porte des spécialistes pour ses patients, il évite les doubles diagnostiques, il aide à réduire les visites à l’urgence et il fait le suivi de ses patients jusqu’à ce qu’ils se rétablissent.

Toutefois, la réalité est toute autre. Il semble que la profession de médecin de famille vit une crise. Il est même question de pénurie. «Dans dix ans, il risque de ne plus avoir de médecins de famille. Tous seront des spécialistes ou des généralistes spécialisés», mentionne une enquête sociologique menée par la Dre Marie-Dominique Beaulieu, titulaire de la Chaire de recherche Docteur Sadok Besrour en Médecine familiale de l'Université de Montréal. «Longtemps, la mode a été à la surspécialisation. Les médecins n’y ont pas échappé. Nous en payons le prix aujourd’hui, car il y a un manque flagrant de médecins de famille», écrit-on.

En fait, il y a 25 % de la population québécoise qui n’a pas de médecin de famille, ce qui équivaut à deux millions de personnes, la pire moyenne au Canada (Statistiques Canada - 2008). «Dans Lanaudière, 26 % des personnes de 12 ans et plus n’ont pas de médecin de famille. Pour le sud de Lanaudière, ça représente environ 10 000 personnes, là où la population croît toujours en flèche», ajoute le directeur général du Centre de santé et des services sociaux du Sud de Lanaudière (CSSSSL), Michel Bouffard.

Sur les 16 000 médecins au Québec, Lanaudière en compte 591, soient 352 omnipraticiens et 239 spécialistes. En fait, il y a 0,83 omnipraticiens par tranche de 1 000 habitants (Institut de la statistique du Québec - 2007), la région la plus pauvre au Québec dans ce domaine.

«Historiquement, il faut remonter aux années 1970 pour comprendre la situation actuelle. En effet, il existe une mécanique complexe sur laquelle est basée la répartition des effectifs médicaux à travers le Québec», explique-t-il.

En effet, celui-ci fait référence au Plan régional d’effectifs médicaux (PREM) qui détermine, selon des calculs «savants» du ministère de la Santé et des Services sociaux, le nombre de postes disponibles dans une région ainsi que les lieux de pratique où les besoins sont prioritaires, tels que les grands centres et les régions éloignées. «Malheureusement, le manque à gagner en médecins de famille est beaucoup plus grand que les postes accordés. On distribue de la pauvreté», mentionne M. Bouffard.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux estime à 295 le nombre de nouveaux médecins omnipraticiens nécessaires chaque année pour maintenir l’ordre de services actuel. Pour 2009, le PREM prévoit que 220 commenceront leur pratique médicale. Selon M. Bouffard, un déploiement de 40 à 50 médecins de famille sur le territoire lanaudois serait fort appréciable présentement. En fait, ce sont cinq à sept postes qui y sont attribués annuellement. «Bien que facilement comblés, ceux-ci ne suffisent pas à répondre aux besoins sur le territoire en raison de la croissance démographique accrue et continuelle», mentionne M. Bouffard.

Celui-ci croit que beaucoup d'eau coulera sous les ponts avant que l'équilibre interrégional ne se rétablisse. «En modifiant la mécanique du PREM, on va finir par y arriver, mais ça risque d'être long», ajoute-t-il, rappelant la vague de départs de médecins à la retraite, en 1997, qui a creusé le fossé entre deux générations. «Nous avons réagi trop tard avant d'accroître les cohortes universitaires, de 30 à 35 %, les dernières années. Comme il faut dix ans pour former des médecins, le manque à gagner devrait se résorber d'ici quatre ou cinq ans», espère Michel Bouffard.
La relève
Selon la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), l'accès de plus en plus difficile aux soins de première ligne au Québec découle de plusieurs facteurs : les conditions de pratique difficiles des médecins omnipraticiens, le malaise chez les omnipraticiens devant répondre à une demande de soins qui dépasse l’offre actuelle, ainsi que le désintérêt des étudiants pour la médecine familiale.

En 2008, 17% (62 sur 360) des postes dans les programmes de résidence en médecine familiale au Québec sont restés vacants contre seulement 3% pour les spécialités. Pour la jeune relève, être médecin de famille, ou généraliste, n'a plus le même prestige. Les jeunes médecins se destinent à une pratique de plus en plus spécialisée, en fonction de leurs intérêts professionnels et de leurs compétences. De plus, dès leur sortie, la pratique d’activités médicales particulières (AMP) en centre hospitalier, ce qui les détourne de la pratique en cabinet. Ils comblent leur semaine de travail dans les cliniques sans-rendez-vous.

«Le défi pour les universités est d’exposer les jeunes étudiants à des milieux de médecine familiale afin de leur montrer la diversité et la qualité de la pratique qu’ils peuvent y retrouver», explique M. Bouffard. En ce sens, celui-ci est particulièrement fier du projet de l’Unité de médecine familiale (UMF) du sud de Lanaudière, à même l’ancien hôpital, réalisé en collaboration avec l’Université de Montréal. «Cette formule a permis la prise en charge de 300 nouveaux patients qui, maintenant, sont assurés d’avoir un médecin de famille», explique le dg du CSSSSL.
Solutions
«Il y a trois axes de solutions à la situation actuelle : sortir davantage de médecins de famille des universités, repenser la rémunération médicale (paiement à l’acte) et offrir des ressources professionnelles aux médecins de famille à qui ils peuvent confier certaines tâches», résume Michel Bouffard.

Selon ce dernier, les groupes de médecine familiale (GMF) réussissent à réduire le problème d’accès à un médecin de famille (voir autre texte). Pour les GMF, la prise en charge obligatoire est de 1 500 patients par médecin. «L’intervention des infirmières dans le processus permet de libérer les médecins pour de nouveaux patients», assure-t-il.

Depuis leur implantation en 2003, il y a 180 GMF accrédités (février 2009) au Québec. Sept des onze GMF lanaudois sont situés dans le secteur sud. L’objectif est de 15 à 20 dans la région. En attendant, les listes d'attente allongent pour accéder à un médecin de famille. «Le but n’est pas que toute la population ait un médecin de famille, puisque le défi présentement est d’abord d’assurer la prise en charge des patients nécessitant des soins réguliers, et non ceux en parfaite santé», note-t-il en ajoutant, avec une certaine désolation, que devant la population sans cesse croissante, la demande sera toujours supérieure à la capacité de se doter de nouveaux médecins.

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