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Changer le monde, une bouteille d’eau à la fois

Des porteurs d’eau accueillis à la Seigneurie de l’Île Ronde

Article mis en ligne le 19 mai 2009 à 6:03
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Changer le monde, une bouteille d’eau à la fois
Les marcheurs ont pu profiter d’une bonne nuit de sommeil à la Seigneurie de l’Île Ronde. (Photo : Gérard Legault)
Changer le monde, une bouteille d’eau à la fois
Des porteurs d’eau accueillis à la Seigneurie de l’Île Ronde
par Marie-Christine Beaudry
Parcourir 100 km à pied sur le Chemin du Roy entre Repentigny et Québec et en transportant des bouteilles d’eau sur soi, voici le défi qu’a lancé pour une première année l’organisation Sois un Héros aux Québécois. Les porteurs d’eau, au nombre de sept, se sont arrêtés à la Seigneurie de l’Île Ronde, à Saint-Sulpice, pour la nuit de vendredi à samedi dernier.
L’objectif de l’organisation non gouvernementale Sois un Héros est de sensibiliser les Québécois à la précarité de l’accès à l’eau potable dans le monde. Chaque marcheur, qui trimballe en moyenne de 12 à 40 bouteilles d’eau dans son sac, est une image symbolique pour les centaines de milliers de femmes et d’enfants à travers le monde qui doivent transporter leur eau quotidiennement.

« Le but cette année est de faire connaître notre projet en arrêtant dans plusieurs villes et villages et en proposant aux gens de faire un bout de chemin avec nous, mentionne le fondateur de l’organisation, Gilles Morais. Nous espérons que l’an prochain, nous aurons plus de marcheurs.» L’Organisation non gouvernementale (ONG) Sois un Héros, qui existe depuis deux ans, se consacre uniquement aux pays francophones et œuvre actuellement en Haïti.

Du 15 au 18 mai, les bénévoles de Sois un Héros ont donc sillonné la route qui longe le Fleuve St-Laurent en vendant des bouteilles d’eau au prix de trois dollars. « Nous voulons prouver que même du simple argent de poche peut avoir de grandes répercussions. Trois dollars, ça ne représente presque rien pour nous, mais c’est le salaire d’un père de famille pour une journée complète en Haïti », déclare M. Morais.

Les propriétaires de la Seigneurie de l’Île Ronde se sont montrés sensibles à la cause et ont accueilli les marcheurs avec enthousiasme.

« Quand ils m’ont appelée cet hiver, ce qui m’a vraiment accrochée, c’est qu’ils m’ont parlé de l’eau », avoue Ghislaine Mercier, propriétaire de la Seigneurie de l’Île Ronde. « Chez moi, j’ouvre le robinet et j’ai de l’eau autant que j’en veux. Devant chez moi, il y a le fleuve qui coule continuellement. Alors je me dis : nous avons tellement d’eau! C’est injuste que j’aie aussi facilement accès à cette ressource quand il y a des personnes qui marchent pendant des heures pour en avoir un simple baril », déplore Mme Mercier.
Retour aux origines
Selon Gilles Morais, ce que les Québécois doivent faire s’ils souhaitent changer le monde est de retourner à leurs racines. « Nous avons choisi le Chemin du Roy comme route principale de notre trajet pour des raisons de valeurs, car il se termine devant la fontaine de Tourny, à Québec, explique M. Morais. Le texte inscrit sur cette fontaine dit : « L’eau qui coule dans ces mains, les mains qui portent le Québec de demain. Ici le passé croise l’avenir, ici le présent jaillit puissant. » L’image que nous voulons transmettre est la réouverture des puits anciens de la charité humaine. On veut puiser à nouveau dans les valeurs de l’entraide. »
M. Morais rappelle que la société québécoise traditionnelle vivait selon le modèle 90% d’entraide et 10% d’argent et que la situation est totalement inversée aujourd’hui.

« Le problème principal, à l’heure actuelle, ce n’est pas le manque d’argent, mais le manque d’implication des gens », fait remarquer le fondateur de l’organisation Sois un Héros. Ce dernier déplore surtout le manque d’implication des jeunes adolescents qui, selon lui, sont hypothéqués de leur temps.

« Des enfants, de 14 ans qui me disent qu’ils n’ont pas le temps de marcher, ne serait-ce que trois kilomètres et d’être porteur d’eau, ça me dépasse. » Gilles Morais reste convaincu que tant que les gens ne « déposeront pas leurs agendas », rien ne changera dans le monde. « Si nous voulons que le monde change, il faut prendre de notre temps, que ce soit une journée, une semaine ou même juste une heure, il faut prendre du temps», insiste-t-il.

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