Notre journaliste Jean Numa Goudou ne s’est pas fait prier pour aller sonder les Haïtiens d’origine suite au cataclysme. On l’aperçoit ici (de dos) en compagnie de Sauvène Louis-Jeunes. (Photos : Gérard Legault)
Notre journaliste témoigne: une attente déchirante
par Jean Numa Goudou
Notre collaborateur Jean Numa Goudou, qui a grandi en Haïti, a vécu « de l’intérieur » l’attente de la diaspora haïtienne. Le citoyen de Charlemagne partage avec nous les heures terribles qui ont suivi la secousse sismique.
Mardi 15h45. Une ancienne collègue d’université m’appelle pour, dans un premier temps, prendre des nouvelles de ma famille en Haïti. Je m’empresse de lui rappeler que je leur parle toute les semaines et que tout le monde va bien. Mais en réalité, je n’en savais rien.
Elle insiste et me demande s’ils se trouvent à Port-au-Prince. Je commence alors à foncer les sourcils devant l’écran de mon ordinateur sur lequel j’étais fixé avant son coup de fil. Je lui demande alors de cracher le morceau. Et c’est là que Maude, recherchiste à Info690, commence à distiller le chaos pour moi.
«Sais-tu qu’il y a un hôpital à Pétion-Ville qui s’est effondré», me demande-t-elle en quête de plus d’infos. Mais elle en savait déjà plus que moi. Sous le poids du choc que j’ai eu, je lui réponds que bon… ma famille est à Carrefour, une municipalité plus au sud de Port-au-Prince.
Je me dis ensuite qu’il y avait un problème sismique sérieux à Pétion-Ville. En novembre 2008, il y a un peu plus d’un an, une école s’est effondrée dans cette municipalité. Près d’une centaine de morts.
Consciente qu’elle frappait à la mauvaise porte, mon amie la recherchiste met fin gentiment à la converse pour probablement concentrer ses recherches ailleurs.
Et le téléphone à la maison commence à pleurer. Des amis, de tout le Canada mais aussi des États-Unis veulent soit avoir des nouvelles ou annoncer la manchette : séisme de magnitude 7.0 sur Haïti.
Je bondis sur le téléphone. Après maintes insistances j’atteins un de mes quatre frères. Il est sain et sauf. Pierre-Phaill me décrit une scène apocalyptique où il voit un supermarché d’une dizaine d’étages tomber tel un château de cartes, des voitures qui explosent dans des pompes à essence, des gens qui sortent des décombres blancs de poussières et rouge de sang.
Et il commence à m’énumérer les bâtiments publics et privés qui sont hors d’usage, endommagés réduits à néant. Il ajoute : « Il n’y a plus de pays, on peut oublier ça». Je lui demande alors des nouvelles des autres. «Écoute plus rien ne fonctionne, les téléphones sont coupés, les route aussi bien, c’est le chaos le plus total et je n’ai aucune nouvelle de personne».
Et l’attente commence. Débute aussi une vaste d’opération de communication avec Haïti, sans succès. Cela a duré toute la nuit du 12 au 13 janvier jusqu’à ce message sur ma boite vocale : «Numa, malheureusement t’es pas à la maison mais c’était pour te dire que tout le monde va bien».
Cette douleur atroce part de mes trippes tel une fusée pour je ne sais où. Et la vie reprend pour moi.