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Escorte, écrivaine et maman : le ménage à trois sans prétention de Mélodie Nelson

OLIVIA NGUONLY - equiperedaction@tc.tc

Publié le 10 octobre 2017

Mélodie Nelson signe son second livre et parodie cette fois les romans arlequins, toujours avec une touche osée.

©MLAF

LITTÉRATURE. Avec sa voix douce et souriante, Mélodie Nelson parle sans gêne du temps où elle recevait des clients dans un appart du centre-ville de Montréal. La minute d’après, elle se confie sur la maternité pendant que ses petits sont sur les bancs d’école. La jeune femme au parcours coloré vient tout juste de lancer son second roman, Juicy.

« Je suis née à Repentigny et j’ai eu une enfance normale. Je jouais à la cachette avec les enfants du quartier », se souvient celle qui a adopté un nom qui rappelle un album de Serge Gainsbourg.

Elle se remémore aussi s’être intéressée à la sexualité assez jeune durant son adolescence, mais avait préféré découvrir les plaisirs de la chair toujours en jouant à la cachette, se doutant toutefois que ses parents n’étaient pas dupes.

« À 14-15 ans, j’ai demandé en cadeau le livre Baise-moi de Virginie Despentes à ma mère », raconte Mélodie, qui ricane en l’imaginant se procurer le roman, puis l’emballer avant de lui offrir.

Quelques années plus tard, c’était à son tour d’écrire sur la sexualité à travers Escorte, son premier roman paru en 2010. La jeune femme y raconte son parcours dans le domaine de la prostitution, qui prend des allures de passe-temps entre ses cours en littérature à l’université et ses devoirs conjugaux de jeune mariée.

Mélodie Nelson signe son second livre et parodie cette fois les romans arlequins, toujours avec une touche osée.
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« Être escorte a tout le temps été dans ma tête, je pensais que j’en saurais plus sur moi et sur les hommes en faisant ce métier », se souvient-elle.

Juste pour parler ou dormir

Avec l’accord de son mari de l’époque, la jeune femme rencontre une escorte qui travaille dans une agence et décide de se lancer. « Même une fois escorte, j’étais toujours moi-même, je continuais d’être gaffeuse et maladroite », rigole Mélodie qui troquera les chambres d’hôtels et les maisons privées pour un condo du centre-ville où elle recevra le plus clair de son temps des professeurs et des hommes d’affaires.

« Certains venaient juste pour parler ou pour dormir à côté de moi, confie l’ancienne escorte. J’ai beaucoup amélioré mon anglais et ça m’a réconciliée avec les hommes. Je ne m’attendais pas à tant les comprendre. »

Pour celle qui a échangé son corps contre de l’argent pendant près de deux ans, l’expérience ne s’est jamais avérée sombre ou dangereuse. Si elle a mis un terme à son travail d’escorte, c’est à la suite d’une rencontre qui se voulait plus que l’histoire d’un soir.

« Un client est devenu une fréquentation et il trouvait ça trop dur de concilier tout ça alors il a décidé de ne plus me voir. Quand je me suis rendue compte que je ressentais quelque chose pour lui, je suis allée travailler une dernière fois et j’ai rempli deux sacs de poubelle chez moi avant de quitter mon mari et d’aller le rejoindre », raconte la jeune femme.

D’escorte à maman écrivaine

Dix ans plus tard, Mélodie et son mystérieux ancien client forment toujours un couple et sont les parents de deux jeunes enfants.
Gracieuseté - Myriam Lafrenière

Dix ans plus tard, Mélodie et son mystérieux ancien client forment toujours un couple et sont les parents de deux jeunes enfants.

Aujourd’hui, l’écrivaine, bloggeuse, chroniqueuse et maman siège entre autres au conseil d’administration de Stella, un organisme qui défend les droits des travailleurs du sexe, et n’a aucunement l’intention de renier son passé.

« Il y a toujours eu des gens pour me défendre et mes enfants, eux, voient que je suis vraie. Je suis une maman avec des valeurs et je ne cache rien », répond-elle questionnée sur la maternité et son ancien métier d’escorte.

Celle qui se dit à ce jour plus jamais affirmée et radicale dans ses opinions a mis sept ans à écrire son dernier roman, Juicy, qui, cette fois, parodie le roman Harlequin.

« Une jeune fille gagne un concours de beauté et tombe en amour avec un juge. Après avoir perdu sa couronne, elle commencera à faire des films pornos, résume l’écrivaine. C’est une critique de l’amour et la survalorisation qu’on en fait. On veut trop ça de grandes histoires d’amour. »

Encore une fois, Mélodie ne s’en cache pas, elle aime bien parler de l’industrie du sexe et ce second roman ne fera pas exception.

Le roman Juicy de Mélodie Nelson est disponible en librairies et publié aux Éditions de ta mère. Pour info : melodienelson.com