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Accusé d'homicide involontaire, il affirme s'être défendu


Publié le 27 septembre 2017

Dany Doiron et son avocat, Me Jean-Daniel Debkoski.

©Photo TC Media - Geneviève Geoffroy

JUSTICE. Le jeune homme accusé d'avoir causé la mort d'un autre jeune homme qui venait de lui reproché de lui avoir volé son pichet de bière au Skratch de Repentigny en juillet 2015, maintient qu'il s'est défendu quand il lui a asséné un coup de tête ayant entraîné sa chute mortelle.

« Mon premier réflexe, ça a été de me défendre », a témoigné Dany Doiron, mercredi, lors de la troisième journée de son procès pour homicide involontaire.

Dany Doiron, 25 ans, est accusé d'avoir causé la mort de Jason Santos, 23 ans, dans la nuit du 30 juillet 2015 au Skratch de Repentigny, lors d'une dispute ayant dégénéré et au cours de laquelle il affirme s'être senti menacé et intimidé.

Approche agressive

Selon lui, la dispute a été commencée par Jason Santos. Ce denier se serait dirigé agressivement vers lui en compagnie de trois de ses amis et l'aurait accusé de lui avoir volé son pichet, alors qu'il prenait calmement un verre sur la terrasse de l'établissement avec l'un de ses amis.

« Je lui ai répondu, super calme, que c'était mon pichet. Je me dis que ça va finir là, a-t-il raconté. Mais, aussitôt, il a haussé le ton et  il a dit que ça ne se pouvait pas, que j'étais un BS, un voleur. Moi, je n'avais pas envie de m'embarquer là-dedans. »

Élément déclencheur

Puis, un individu, qu'il ne peut identifier formellement comme faisant partie du groupe de Jason Santos, aurait crié « on cherche la marde » en sa direction.

« Ça a été l'élément déclencheur de tout ça, a-t-il dit, en mentionnant qu'il a senti à ce moment une poussée d'adrénaline montée en lui. Je me suis dit: “ces gars-là sont peut-être prêts à aller plus loin que juste des paroles”. »

Une situation sérieuse

Puis, l'ami de l'accusé se serait levé pour prendre son cellulaire dans sa poche, ce qui aurait provoqué Jason Santos qui lui aurait demandé s'il voulait se battre avec lui.

« Ça a réveillé le groupe on dirait cet évènement, a mentionné Dany Doiron. On a compris que c'était sérieux à ce moment-là. Là, j'ai dit à Jason Santos de “décâlisser” ».

Jason Santos aurait poursuivi à lui lancer des insultes, cette fois « plus personnelles » et de manière « plus intense », comme « t'es un saucé », « tu vas voir tantôt », « je n'ai pas peur de toé », « qu'est-ce que tu vas faire avec tes gros bras » et « tu vas la manger ta volée ».

« Intimidants »

Selon lui, Jason Santos et ses amis étaient « intimidants ». Il se serait même senti « piégé » au fond de la terrasse devant ceux-ci qui lui faisaient face.  

« J'étais assis, ils étaient placés en meute et ses amis riaient comme pour l'encourager. Ils n'ont rien fait pour dire: “on s'en va” ", a-t-il dit.

Dany Doiron a témoigné qu'il ne désirait pas à ce moment « affronter » Jason Santos et qu'il avait pris la décision de « s'en aller ».

Il affirme s'être levé de sa chaise de « façon méfiante, mais non agressive », sans jamais lâcher Jason Santos des yeux.

« Quand je me suis levé, ils se sont aussi dirigés vers la sortie, mais jamais ils ne m'ont tourné le dos, a-t-il dit. Puis, quand je me suis approché d'eux, à environ un mètre, ils se  sont tournés complètement vers moi. Jason Santos était clairement face à moi et il me fixait. On m'attendait comme un mur. »

C'est à ce moment que Jason Santos lui aurait lancé, les poings fermés, « tu ne t'en vas pas nulle part, on a quelque chose à régler ». Selon lui, il était clair à ce moment-là que ni lui, ni ses amis ne le laisseraient passer.

« Pas un pissou »

« J'ai avancé vers lui. Je ne me sauverai pas comme un pissou. Je suis capable d'affronter les situations et de régler mes problèmes. J'ai décidé d'affronter la situation, pas Jason Santos », a-t-il affirmé.

Dany Doiron a dit s'être rendu presque nez à nez avec Jason Santos et lui avoir dit de « décalisser ».

Selon lui, l'un des amis se serait alors placé dans l'un de ses angles morts et il se serait senti pris dans un « étau qui se referme ». Puis, Jason Santos aurait fait un mouvement de recul vers l'arrière et il aurait eu peur.

« Il avait les poings fermés, pour moi c'est une menace. Quand j'ai vu son bras et sa jambe droite aller vers l'arrière, j'ai tout de suite vu le coup venir. J'ai eu peur. Je me suis défendu à ce moment-là », a-t-il dit.

C'est à ce moment, a-t-il admis, qu'il a donné un coup de tête à Jason Santos, qui serait tombé à la renverse. Sa tête aurait frappé durement le sol de béton de la terrasse et il est décédé environ une heure après l'altercation.

« J'ai agi sur le moment. Je ne visais pas un endroit en particulier. Je pensais recevoir un coup, a-t-il expliqué. Mon but, c'était de le déstabiliser pour avoir l'opportunité de partir. »

Fuite

Dany Doiron a aussi admis avoir fui par la clôture de la terrasse. Il a dit avoir eu peur de représailles.

Il a affirmé avoir appris le décès de Jason Santos seulement à son réveil.

« Je n'aurais jamais été capable de retourner chez moi et de me coucher si j'avais su que la personne que j'avais frappée était dans un état critique, a-t-il maintenu à plusieurs reprises. Sur le coup, ce n'était qu'une bagarre de bar qui avait fini un peu mal. Je n'étais pas au courant de l'état de la victime. »

Le procès de Dany Doiron doit se poursuivre jeudi, au palais de justice de Joliette.