Égalité homme-femme : Une lutte à poursuivre

Manon Lévesque et Marie-Pier Juneau, intervenantes et co-gestionnaires; Aube Gagné, stagiaire; et Thérèse Gravel, membre et présidente du CA.  (Photo Médialo - Marie-Christine Gaudreau)
Manon Lévesque et Marie-Pier Juneau, intervenantes et co-gestionnaires; Aube Gagné, stagiaire; et Thérèse Gravel, membre et présidente du CA. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Au cours des dernières décennies, la lutte féministe a permis des avancées notables en matière de condition féminine et d’égalité homme-femme. Néanmoins, en cette Journée internationale des droits des femmes, on s’inquiète des enjeux encore nombreux et des reculs qui nous guettent, au Centre Inter-Femmes, à Repentigny.   

« Nos acquis reculent en ce moment. En tout cas, ils sont en danger de reculer. D’où l’importance de se mobiliser », lance Manon Lévesque, intervenante et co-gestionnaire du centre Inter-Femmes.

Avortement : un droit vraiment acquis ?

Selon elle, la volonté du gouvernement québécois d’inclure le droit à l’avortement dans la Constitution québécoise en est la preuve. Bien que le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, ait reculé depuis en raison des revendications des groupes féministes, l’organisme estime qu’il s’agit d’un exemple probant de la fragilité des acquis en matière de droits des femmes.

D’abord parce que les principales intéressées et les groupes dédiés à la cause féministe n’ont pas été consultés sur la pertinence d’un tel article de loi avant coup. Or, légiférer ouvre la porte à d’éventuelles contestations judiciaires, comme ce que l’on observe aux États-Unis, préviennent les intervenantes du centre Inter-Femmes.

« Pour la première fois, il y a eu une manifestation pro-vie à Québec. Ce n’est pas rien […] On a ouvert une brèche », poursuit Manon Lévesque afin d’illustrer comment un geste, même né d’une bonne intention, est susceptible de provoquer des bouleversements.

« On se croit protégés de tout au Québec, mais c’est vraiment fragile », insiste Aube Gagné, jeune stagiaire impliquée au sein de l’organisme depuis l’automne. Pour elle, il importe de mettre en lumière que le droit à l’avortement n’est toujours pas véritablement acquis. Son accessibilité est encore difficile dans certaines régions et il n’existe aucune politique de référence pour les médecins pro-vie, en droit de refuser de prodiguer les soins à une patiente, fait-elle valoir.

Précarité économique

Cet exemple récent en est un parmi tant d’autres au chapitre des préoccupations de l’organisme. La montée de la droite, le mouvement masculiniste et les valeurs capitalistes encore bien ancrées dans notre société doivent, au sens du centre Inter-Femmes, appeler à la vigilance.

Tous les jours, l’équipe chez Inter-Femmes croise des femmes qui vivent des inégalités, de la précarité, parce qu’elles sont des femmes. « Il y a beaucoup de précarité économique », précise Marie-Pier Juneau, intervenante et co-gestionnaire.

« Une femme qui arrive à sa retraite, elle n’aura pas le même fonds de pension ou les mêmes années de travail parce que les femmes vont avoir tendance à avoir un salaire moins élevé et aussi, elles vont avoir tendance à rester dans un travail plus confortable pour la famille, contrairement à un homme qui va plus s’épanouir ou aller chercher des postes qui vont rapporter plus », ajoute-t-elle.

Dernièrement, l’équipe d’intervention note aussi une augmentation des femmes qui éprouvent des difficultés à se loger. L’accessibilité restreinte à des loyers à prix modiques a amené, observe-t-elle, certaines femmes à demeurer dans des contextes de violence ou encore à dormir dans leur véhicule.

Le centre Inter-Femmes a organisé une première veillée aux chandelles le 6 décembre dernier en mémoire des victimes de féminicides. (Photo gracieuseté)

Une hausse des violences qui glace le sang

Évidemment, la recrudescence des féminicides mine aussi le moral des troupes au centre Inter-Femmes. « Six depuis janvier, ça n’a pas de bon sens. Sans compter qu’il y a beaucoup d’autres violences qui se vivent parce que tu es une femme » se désole Manon Lévesque.

« Au niveau du financement des organismes, au niveau de la justice; il y a quelque chose qui manque quelque part », renchérit Marie-Pier Juneau; faisant allusion aux difficultés d’accès aux ressources d’aide tant pour les hommes que les femmes ainsi qu’aux crimes perpétrés par des récidivistes.

Afin de mobiliser la communauté de la MRC de L’Assomption, le centre Inter-Femmes a créé le comité Ruban blanc en mémoire des victimes de féminicides. Une première veillée à la chandelle a été organisée le 6 décembre dernier afin de se rappeler toutes celles qui ont péri parce qu’elles étaient des femmes en 2025.

Rallier les femmes à la cause

Des initiatives comme celle-ci contribuent, selon Manon Lévesque, à « resolidariser » les femmes autour des luttes qui concernent les femmes. « Après la pandémie, il y a eu beaucoup d’activités dont l’objectif était de faire sortir les femmes de chez elles. Maintenant, on veut revenir à la mission initiale des centres de femmes et ramener les femmes à se positionner sur des sujets et leur donner l’opportunité d’agir sur leur environnement. »

En ce sens, chez Inter-Femmes, les femmes sont impliquées dans la prise de décision, dans le choix des activités, dans la création des comités, etc. Plusieurs activités touchent le thème de la violence, car explique-t-on, la triste réalité veut que nombre de femmes qui fréquentent le centre en soient ou en aient été victimes.

Le centre Inter-Femmes accueille néanmoins les femmes de tous horizons, qu’elles vivent des difficultés ou non. La présidente du conseil d’administration, Thérèse Gravel, témoigne du bonheur qu’elle y a trouvé à la retraite : « Ça m’a permis de grandir, de côtoyer des femmes vraiment extraordinaires. Ça m’a apporté vraiment d’ouvrir mes ailes […] Pour moi, le centre, c’est vraiment ma deuxième maison ».

Enfin, malgré un contexte sociopolitique qu’elle juge préoccupant pour la situation des femmes, l’équipe du centre Inter-Femmes continue de croire à un demain plus égalitaire. Pour ce faire, l’organisme œuvre à identifier des stratégies pour rejoindre les femmes de toutes les générations, de toutes les cultures et tous les secteurs de la MRC de L’Assomption. Pour y parvenir, le centre Inter-Femmes, comme bien d’autres organismes, lève le drapeau rouge quant au manque de financement à la mission.

 

Le féminisme, c’est quoi ?

À tort, le féminisme est souvent perçu comme une idéologie qui dépeint la femme comme supérieur à l’homme, remarquent les intervenantes du centre Inter-Femmes. Dans les faits, le féminisme se définit ainsi : « Un ensemble d’idées et de mouvements orientés vers un but commun : atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes les sphères de la vie pour une société plus juste, plus heureuse et plus prospère ». Pour Manon, Marie-Pier et Aube, les hommes sont et doivent être des alliés dans la lutte féministe.  

 

Des chiffres préoccupants

Selon le conseil du statut de la femme, en 2022, les femmes représentaient 75 % des victimes d’infractions commises en contexte conjugal, dont;  

  • 100 % des victimes d’homicides; 
  •  96 % des victimes d’agressions sexuelles; 
  • 93 % des victimes d’enlèvement, de traite ou de séquestration. 

De plus, la même année, l’Institut de la statistique du Québec rapportait qu’en moyenne, pour chaque dollar gagné par un homme, la femme gagnait 0,90 $, soit un écart de rémunération de 10 %.   

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