Soutien à domicile | Deux organismes interpellent Santé Québec

  • Publié le 20 mars 2026 (Mis à jour le 20 mars 2026)
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Kate Ferron, Huguette Plouffe et Louise Henrichon. (Photo Médialo - Marie-Christine Gaudreau)
Kate Ferron, Huguette Plouffe et Louise Henrichon. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

La grand-mère de Kate Ferron souffre d’importants troubles cognitifs, en plus de présenter des enjeux de mobilité. Kate est sa proche aidante depuis maintenant cinq ans. Bien que son rôle lui tienne à cœur, l’aide qu’elle reçoit en soutien à domicile lui est essentielle pour poursuivre sa mission. Or, le changement de personnel qui s’orchestre actuellement l’inquiète, car il pourrait compromettre le maintien à domicile de sa grand-mère.

C’est pour témoigner de ces craintes tangibles que Kate Ferron a participé à la conférence de presse présentée conjointement par le Comité des usagers du Sud de Lanaudière et l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) L’Assomption, le 16 mars dernier.

L’humanité avant les économies

Dans le cadre de cette sortie publique, les deux organismes ont réclamé « une intervention d’urgence de Santé Québec pour éviter qu’un appel d’offres mal préparé ne fragilise des services essentiels de soutien à domicile dans la région ».

Mesdames Louise Henrichon et Huguette Plouffe, respectivement présidentes de ces deux associations, déplorent notamment que le facteur humain n’ait pas été pris en compte dans le récent appel d’offres du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière. L’appel d’offres en question a dérobé le contrat en soutien à domicile à deux entreprises d’économie sociale de la région, au profit d’entreprises privées. Par conséquent, les usagers de ce service perdront les ressources auxquelles ils sont habitués.

La Coopérative d’aide à domicile DIMAVI et la Coopérative en soutien à domicile de la MRC de L’Assomption n’ont d’ailleurs pas tardé à alerter quant aux potentielles répercussions de cette décision après l’octroi des nouveaux contrats en février dernier.

Difficultés d’adaptation

Dans les MRC de L’Assomption et Les Moulins, ce sont 403 usagers qui sont présentement affectés par des changements de leurs aides à domicile. Or, comme Kate Ferron l’explique, les aînés comme sa grand-mère peuvent mettre du temps à s’adapter et à faire confiance à de nouvelles personnes. « Les changements de toutes sortes créent de l’angoisse, de l’anxiété, la désorganisent », explique-t-elle.

La réticence aux changements, tant dans les manières de prodiguer les soins que dans la nature de la relation patient-aidant, peut avoir de lourdes conséquences, prévient Kate Ferron. Sa grand-mère pourrait selon elle refuser les soins si elle ne se sent pas à l’aise avec les nouvelles aides à domicile qui entreront chez elle. Cela signifierait des soins d’hygiène essentiels en moins et peu de répit pour Mme Ferron.

« Ça m’inquiète qu’elle refuse ses soins, car il y a aussi des répercussions sur moi, ça me cause beaucoup de stress. Quand elle ne va pas bien, moi non plus, ça ne va pas », soutient la proche aidante. Pour avoir vécu la période d’adaptation aux préposés il y a cinq ans et lors de certains changements à la suite d’hospitalisations, Kate Ferron peut témoigner de la richesse de bénéficier d’une stabilité dans le personnel aidant.

Kate Ferron et sa grand-maman. (Photo gracieuseté)

Règle générale, les deux mêmes personnes s’occupaient la plupart du temps de sa grand-mère; permettant ainsi à Kate Ferron d’aller travailler l’esprit tranquille. Appréhendant les bouleversements, la sautes d’humeur et la montée des hallucinations qui guettent sa grand-mère, Kate Ferron se demande si elle ne serait pas mieux de prendre en charge elle-même les soins de sa grand-mère.

« Je pourrais, reconnaît-elle. Par contre, j’en ai besoin [des services] parce que je suis fatiguée. J’en ai déjà beaucoup, je travaille. C’est sûr que de m’occuper d’elle, bien, il faudrait que j’arrête de travailler. Côté monétaire, je n’y arriverai pas. »

Une solution proposée

Pour éviter que des personnes vulnérables subissent les contrecoups de cette décisions ou même que le maintien à domicile soit compromis, le Comité des usagers du Sud de Lanaudière et l’AQDR propose une solution à Santé Québec.

Celle-ci se décline en trois volets :

  • Prolonger de six mois les contrats actuels dans les secteurs visés;
  • Relancer un appel au marché intégrant de vrais critères de qualité, de continuité, d’appartenance au milieu de l’économie sociale;
  • Mettre sur pied un comité de suivi tripartite réunissant l’établissement, les usagers et les fournisseurs.

Alors que les contrats ont été octroyés aux plus bas soumissionnaires, les organismes craignent entre autres que les salaires moins généreux offerts aux employés de ces firmes privées entraînent un roulement de personnel élevé et donc une nécessité d’adaptation continuelle des usagers.

« Le risque, c’est que finalement, si les gens tombent malades parce qu’ils refusent les services, qu’ils ne sont pas satisfaits des services. Ça veut dire des hospitalisations, des dépressions, des gens en détresse. Les proches, eux, sont essoufflés. Est-ce que ça veut dire que les gens qu’on voulait maintenir à domicile seront dans l’obligation de quitter le domicile et s’en aller en CHSLD? Dans ce cas, l’économie, je ne sais pas où elle peut être », se désole la présidente du Comité des usagers du Sud de Lanaudière, Louise Henrichon.

Du côté de l’AQDR, Huguette Plouffe assure qu’elle gardera le dossier bien à l’œil. Un sondage sera réalisé auprès des membres. « On veut voir, en proportion, combien de personnes sont affectées. Est-ce qu’ils ont reçu les soins ou le service qu’ils ont droit? Est-ce que c’est le même nombre d’heures? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré? », énumère-t-elle. Par la suite, l’organisme évaluera de quelle manière il peut intervenir auprès du gouvernement.

Questionné par l’Hebdo Rive Nord, le CISSS de Lanaudière a préféré ne pas commenter cette sortie publique du Comité des usagers et de l’AQDR. L’organisation a néanmoins tenu à préciser que « les services aux usagers sont maintenus, dans le respect des engagements contractuels et des exigences de qualité attendues. Le CISSS de Lanaudière veille à assurer une continuité de service optimale, et les usagers concernés par les changements sont rejoints et rassurés par nos intervenants ».

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