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Santé mentale : mieux gérer pour mieux travailler

Photo Adobe Stock
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Dans une entreprise, une bonne gestion peut contribuer au bien-être de l’ensemble des employés. Pour comprendre en quoi la façon de gérer une équipe peut avoir des effets sur la santé mentale, la Dre Estelle Morin, psychologue et professeure titulaire à HEC Montréal, a accepté de répondre à nos questions.

Depuis plus de 35 ans, la Dre Estelle Morin étudie les rapports entre le travail et la santé mentale. Un travail de longue haleine qui permet à la spécialiste de résumer le sens de la gestion en une phrase : « permettre aux employés de savoir où ils vont et de disposer des moyens nécessaires pour accomplir ce qu’on attend d’eux ». 

« Si, dans un premier temps, ces deux éléments sont bien mis en œuvre et que les employés ont assez d’autonomie, cela contribue aussi au sens qu’ils donnent à leur travail », ajoute encore l’experte. 

Se sentir efficace et moins stressé 

Bien gérée, une équipe dispose donc des moyens nécessaires à l’accomplissement de son travail. « Pouvoir faire correctement son travail et atteindre ses objectifs comptent pour le bien-être psychologique. Il n’y a rien de plus frustrant que de se sentir inefficace », insiste Estelle Morin, convaincue aussi qu’une bonne gestion peut aussi limiter le stress et l’anxiété. 

« Des situations d’incertitude ou d’insécurité vis-à-vis de l’avenir : ce sont des situations qui soulèvent de l’anxiété. C’est pour cela qu’il est très important que chaque demande faite à un employé s’accompagne des ressources nécessaires », explique-t-elle. Bien entendu, « l’anxiété ne disparaîtra peut-être pas totalement, mais le niveau de stress sera parfaitement gérable », ajoute-t-elle en rappelant toutefois que l’épuisement et la santé mentale sont des phénomènes complexes dépendants souvent de plusieurs facteurs. 

La Dre Estelle Morin. Photo gracieuseté

Respecter pour être respecté 

Une bonne gestion passe aussi par la vision qu’a un gestionnaire de ses employés. « Quand on travaille avec quelqu’un qui a de la considération pour la dignité humaine, on le sent. À l’inverse, c’est très difficile de travailler avec quelqu’un qui donne l’impression que nous ne sommes que de simples numéros chargés d’effectuer un travail. » 

Si le respect passe dans le regard porté aux employés, il passe également par la latitude donnée aux employés pour participer aux prises de décision qui pourraient influer directement sur leur travail quotidien. « Même si, bien souvent, le dernier mot revient aux gestionnaires, prendre en considération l’avis des employés est très important et sera vraiment perçu comme une marque de respect. » 

Des signes de mal-être 

Dans la plupart des cas, la vie en entreprise et les relations entre gestionnaires et employés se passent sans accrochage. Pourtant, chez certaines personnes, certains comportements peuvent laisser croire que cette relation se dégrade et que la santé mentale vacille. Mais alors, quels sont les signes alarmants ? 

« Un employé peut commencer à calculer davantage son effort et se limiter à ce qui est attendu, explique la psychologue. D’autres vont attendre de connaître la position de leur gestionnaire avant d’exprimer la leur, ne pas verbaliser leur désaccord ou encore être sur la défensive. » 

Et si ces signaux ne sont pas entendus, la situation peut s’aggraver. « Les gens sont anxieux et auront des difficultés à accepter la critique. À ce moment-là, en étant irritables, ces employés en mal-être vont à leur tour irriter les autres. » 

Mais il ne faut pas se fourvoyer, une bonne ambiance généralisée n’est pas forcément gage de bien-être au travail. D’ailleurs, la Dre Estelle Morin évoque certaines entreprises et certains milieux de travail qui prônent « le bonheur à tout prix ». « On y voit des employés qui font semblant d’être heureux par peur d’être mal évalués, mais en regardant le climat, on sait que ce n’est pas très naturel. » 

Et quand le gestionnaire va mal ? 

Dans ses recherches sur les liens entre travail et santé mentale, Estelle Morin constate aussi que le mal-être dans une entreprise ne peut se résumer à une mauvaise gestion ou à la personnalité d’un supérieur hiérarchique. « Un gestionnaire qui se comporte de façon inappropriée avec les membres de son équipe, c’est une personne qui peut elle-même être en difficulté », avance-t-elle. 

En effet, les gestionnaires aussi subissent la pression et peuvent, par ricochet, devenir plus intransigeants ou défensifs, rejeter les problèmes sur leur hiérarchie ou surveiller de manière excessive leurs employés. « C’est rarement une question de personnalité. La population a tendance à mettre ça sur le dos de la personnalité, mais le contexte est pour beaucoup aussi », insiste-t-elle enfin. 

Quatre fonctions importantes du gestionnaire selon Estelle Morin 

  1. « Donner une direction claire et inspirante ». Les employés doivent comprendre à quoi sert leur travail. Ils doivent aussi avoir des objectifs cohérents avec la mission de l’entreprise et avec leurs propres capacités. 
  2. « Soutenir l’accomplissement du travail ». Le gestionnaire doit fournir les ressources financières, matérielles ou technologiques nécessaires et permettre aux employés de savoir où ils en sont par rapport aux objectifs fixés. 
  3. « Gérer les relations ». Dans une entreprise, dès l’instant que des personnes doivent travailler ensemble, des problèmes d’incompréhension et des tensions peuvent apparaître. Le gestionnaire doit donc favoriser la collaboration et régler les conflits. 
  4. « Représenter son équipe ». Le gestionnaire doit représenter son équipe auprès des autres membres de l’entreprise ou de l’organisation dans un but de collaboration ou afin d’obtenir les ressources dont elle a besoin. 

Pour gérer les autres, « il faut que t’aimes le monde » 

Le métier de gestionnaire est-il fait pour tout le monde ? Pour Estelle Morin, la réponse est sans équivoque : « non ». « Pour être gestionnaire, il faut d’abord aimer les gens ». Selon elle, gérer signifie avant tout « s’occuper de personnes et des relations qui existent entre elles », et quelqu’un qui ne souhaite pas assumer cette dimension humaine devrait donc s’orienter vers d’autres fonctions. 

Et la psychologue d’ajouter : « Aimer les autres est un premier prérequis, mais il faut aussi bien se connaître en commençant par ses forces et ses limites afin de bien réguler ses émotions et ses pensées lorsqu’il faut prendre des décisions dans des situations difficiles ». 

Enfin, les gestionnaires doivent être capables de voir au-delà de leur équipe et de comprendre que leurs décisions peuvent aussi avoir des conséquences sur tout le reste de l’entreprise. 

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