Saint-Sulpice | Le récréotourisme, une question de survie?

La municipalité souhaite aménager un parc riverain afin de redonner l'accès au fleuve aux citoyens et de revitaliser son centre-ville. (Photo Médialo - Marie-Christine Gaudreau)
La municipalité souhaite aménager un parc riverain afin de redonner l’accès au fleuve aux citoyens et de revitaliser son centre-ville. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Né des orientations stratégiques prises en 2023 par la municipalité de Saint-Sulpice, le projet de parc riverain en bordure du fleuve Saint-Laurent, au cœur du village, suscite certaines inquiétudes dans la communauté. Or, pour le maire Steve Mador, développer l’offre récréotouristique constitue le dernier levier dont dispose Saint-Sulpice pour créer de la richesse et préserver l’autonomie municipale à long terme. Il en discute avec l’Hebdo Rive Nord.  

« Deux points importants étaient ressortis de notre plan stratégique : la revitalisation du centre-ville et redonner le fleuve aux citoyens », contextualise d’abord le maire de Saint-Sulpice, Steve Mador. Rapidement, la municipalité a donc réaménagé son quai municipal et procédé à l’installation de mobilier urbain.

« C’était notre première étape, poursuit-il. Après, on s’est dit qu’on allait travailler sur un projet riverain qui comblerait les deux points importants. » Depuis, le conseil municipal peaufine une vision qui permettrait à Saint-Sulpice de s’imposer en destination de loisir de choix. Cette vision a été présentée aux citoyens dans le cadre d’un café-rencontre, le 19 septembre dernier.

« Ça permettait aussi de faire la promotion de la route 138, ajoute le maire. On est le premier village pour s’en aller à Québec. » M. Mador y voit notamment une opportunité de constituer un centre d’interprétation que pourraient visiter les passants. L’idée d’aménager une auberge-café sur l’actuel site du presbytère fait également partie de la vision proposée. Tout comme le prolongement du quai, l’aménagement d’endroits distincts pour les activités de pêches récréatives et la descente d’embarcations légères et l’ajout d’espaces de stationnements.

Assurer l’avenir de la municipalité

Cette vision, estime le maire, aurait le potentiel d’attirer de nouveaux petits commerces le long de la rue Notre-Dame. « On est quasiment 100% bâti. Dans notre 5% qui n’est pas agricole, le seul moyen de développer Saint-Sulpice, c’est de le rendre récréotouristique. C’est comme ça qu’on pourrait aller chercher éventuellement peut-être plus de revenus pour que dans 10, 15 ou 20 ans, on ne soit pas obligé de se fusionner avec une autre municipalité parce qu’on ne sera plus capable de donner des services », fait-il valoir.

Steve Mador insiste toutefois à plusieurs reprises sur le mot « vision ». Alors que certaines voix s’élèvent déjà contre le projet, craignant notamment son impact financier sur le portefeuille des contribuables, le maire précise : « C’est une consultation à savoir si on est sur la bonne voie. » Rien n’est décidé et il est donc beaucoup trop tôt pour spéculer du coût financier de la réalisation du projet.

Malgré le manque de données, le citoyen de longue date Yvon Dumesnil a informé l’Hebdo Rive Nord de la circulation d’une pétition s’opposant à un tel projet. Quelque 200 résidents auraient apposé leur signature au document qui réclamerait la tenue d’un référendum pour statuer de la volonté ou non des citoyens de voir la vision du parc riverain se concrétiser.

Des subventions nécessaires

Bien au fait de la démarche lors de l’entrevue, Steve Mador a affirmé que la rétroaction obtenue par le conseil après la présentation était, au contraire, majoritairement positive. Si bien que la municipalité est optimiste d’aller de l’avant. « Maintenant, on va aller chercher des prix, puis on va regarder. C’est sûr que ça ne pourra pas se faire sans subvention », rassure l’élu.

À ce jour, M. Mador confirme des investissements de la municipalité d’environ 2 M$ en lien avec le projet, principalement pour l’acquisition de bâtiments ou de terrains visés par un droit de préemption. C’est notamment le cas de l’immeuble adjacent au quai abritant une crèmerie et d’un terrain voisin de l’hôtel de ville où on projette d’aménager un stationnement.

L’enjeu de l’accès au fleuve

Enfin, le maire Mador prévient : le projet Myo sur le fleuve que pourrait héberger l’île Ronde dans les prochaines années ne concerne en rien la municipalité de Saint-Sulpice, qui n’y aura aucune implication financière, contrairement à certaines croyances.

Le projet balnéaire privé n’est, non plus, lié en rien avec le projet municipal de parc riverain, à l’exception du lien fluvial qui les relie et de son accès. En ce sens, Steve Mador explique que des négociations sont prévues avec la Marina Brousseau. « On est en train de regarder pour s’entendre avec le propriétaire, soit pour une servitude, soit pour acheter de gré à gré ou exproprier. »

Advenant la réalisation du projet de parc riverain, le maire indique qu’il ne serait plus possible pour les agriculteurs de sortir leurs récoltes et leur machinerie par le quai municipal. De plus, les problèmes connus de faible niveau d’eau au quai municipal posent également un enjeu d’accès pour les résidents de l’île et les plaisanciers, qui seraient plus nombreux à la suite de l’installation du projet privé.

« Nous n’avons pas de devoir légal, mais au conseil, nous pensons qu’il y a quand même une obligation morale de permettre aux gens de sortir. » Disposant de permis de dragage, le site de la Marina Brousseau assure un environnement en tout temps propice à la descente des bateaux. Par ses démarches auprès des propriétaires, le conseil municipal désire assurer un accès libre et constant au fleuve et à l’île et ses citoyens, agriculteurs et visiteurs touristiques.

 

Myo sur le fleuve : en quoi consiste ce projet privé?

Proposé par un promoteur privé, le projet Myo sur le fleuve pourrait éventuellement s’installer sur l’île Ronde, à Saint-Sulpice. Le concept très luxueux prévoit l’aménagement de 28 résidences riveraines, d’un hôtel 5 étoiles, d’une marina privée, d’hébergements expérientiels, en plus de diverses installations de loisirs, de plein air et d’agrotourisme. Le projet occuperait moins de 20 % de la superficie de l’île et s’inscrirait en harmonie avec la faune et la flore des lieux. Bien que le projet dispose déjà d’un site internet détaillé, aucun projet officiel n’a encore été déposé. De nombreuses étapes demeurent donc à franchir avant de voir un tel projet prendre forme sur l’île Ronde.   

 

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