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Une mère milite pour l’abolition des exposés oraux en classe


Publié le 15 mai 2017

Pour Véronica Pereira, l’école doit laisser place au plaisir d’apprendre.

©Photo TC Media - Renée-Claude Doucet

SCOLAIRE. C’est devenu inévitable, chaque fois que sa fille doit prendre la parole devant ses camarades de classe, elle en a des maux de ventre qui l’empêchent de fonctionner pendant des jours. À la lueur de cette situation, Véronica Pereira demande au ministère de l’Éducation d’abolir les exposés oraux dans les classes du Québec et par le fait même de revoir ses méthodes d’évaluation en ce sens.  

Mme Pereira en est venue à cette demande catégorique notamment après avoir observé ses enfants et leurs camarades. «Depuis que ma fille est entrée au secondaire, elle vit très mal les expériences d’exposés oraux. Dès qu’un professeur présente le projet, elle devient anxieuse», explique celle qui est elle-même enseignante au préscolaire.

La jeune fille de Mme Pereira ne serait pas la seule. «Mes enfants m’ont raconté que certains de leurs amis ne prennent même pas le temps de respirer pendant la présentation. Certains ont des maux de cœur, des tremblements…»

Le neveu de la Repentignoise, Zachary Ménard-Pereira, témoigne également de son malaise. «Quand je suis devant la classe, parfois, je grince des dents», indique le jeune garçon de sept ans. «C’est pourtant un enfant super sociable, nuance Mme Pereira. Il parle avec tout le monde, mais devant un groupe, il fige et ne dit rien.»    

Mme Pereira a aussi sondé l’opinion de ses proches et de ses collègues, qui lui ont répondu pour la majorité qu’ils n’étaient guère à l’aise de prendre la parole devant la classe lorsqu’ils étaient enfant ou adolescent. «Plusieurs se sentent même humiliés par cela.»

L’enseignante remet en question les apprentissages réalisés par les exposés oraux dans leur forme actuelle. «Bien souvent l’enfant apprend son texte par cœur, puis, une fois en avant de la classe, il le récite comme un robot, en pensant au temps qu’il doit combler. Il le fait pour s’en débarrasser.»

Mme Pereira estime qu’il serait grandement avantageux d’enseigner aux enfants les bonnes techniques d’expression. «Travailler l’articulation, le débit, comment capter l’intérêt d’un groupe…»

Les enseignants pourraient favoriser le plaisir de s’exprimer en groupe en faisant place à la discussion, par des ateliers par exemple, ou en entrevue un à un.

Véronica Pereira

Même si elle se montre contre les exposés oraux, la Repentignoise se voit consciente de l’importance de savoir s’exprimer en groupe et défendre un point de vue. Elle propose d’ailleurs des solutions alternatives.

«Les exposés oraux devant la classe devraient être présentés comme une option. Les enseignants pourraient favoriser le plaisir de s’exprimer en groupe en faisant place à la discussion, par des ateliers par exemple, ou en entrevue un à un. Ma fille est super bonne en dessin, elle pourrait faire des affiches et recevoir les jeunes à son bureau.»

Questionnée à savoir si le fait de retirer les sources de stress chez nos enfants pouvait devenir de la surprotection abusive, Mme Pereira répond. «Ce n’est pas une question de surprotéger nos enfants, mais plutôt de penser à leur santé. Lorsqu’ils seront au cégep ou à l’université, ils pourront choisir ou pas de se diriger dans un domaine où ils auront à s’exprimer devant le public», termine la maman.

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Point de vue d’une psychologue

ENCOURAGER LA PRISE DE PAROLE QUOTIDIENNE

Pour Ariane Hébert, psychologue, plus jeunes les enfants sont confrontés à leurs peurs, plus rapidement ils les apprivoisent. Si un adolescent vit de l’anxiété lorsqu’il prend la parole devant ses collègues de classe, il est préférable de l’encourager à vivre l’expérience de façon quotidienne afin qu’elle devienne quasi banale.   

Pour traiter un problème d’anxiété relié aux exposés oraux, Mme Hébert explique qu’il faut d’abord en identifier la source. Est-ce le regard des autres; l’attitude de l’enseignant; ou la crainte de décevoir ses parents?

S’il s’agit du regard des autres, par exemple, un enseignant pourrait inviter le jeune en question à prendre la parole devant quelques amis et tranquillement, augmenter le nombre de personnes dans l’assistance. « Lorsqu’il est question d’apprivoiser une peur, les mots d’ordre sont ''exposition répétée et fréquente'' », indique la psychologue. Le fait de laisser choisir un thème ou un sujet avec lequel l’élève est à l’aise favorise également la réussite de l’exercice.

Par la suite, il s’avère essentiel de dédramatiser la situation. « Ton exposé ne s’est pas bien passé… et alors? Ce n’est pas grave. Personne n’est mort. »

Évidemment, un parent doit se montrer sensible aux émotions ressenties par son enfant. En demeurant conscient que les jeunes adoptent bien souvent les sentiments de leurs pairs, il suffit d’adopter une attitude positive et rassurante. « J’ai confiance en tes capacités. Moi, ça ne m’inquiète pas. Je sais que la prochaine fois, ça se passera bien pour toi. »

Enfin, Mme Hébert estime qu’un exposé oral doit devenir une occasion quasi «banale» de prendre la parole. « S’exprimer devant un groupe s’avère une habileté essentielle. Plus on l’encourage, plus facile l’expérience deviendra. »