Des parents pris par surprise

Une garderie de Saint-Sulpice serait la propriété d'une proche du crime organisé

Claude-André Mayrand claude-andre.mayrand@tc.tc
Publié le 17 juin 2015

La garderie Au petit champignon est la seule garderie subventionnée de Saint-Sulpice. Elle est la propriété de Rosalba Guerrera depuis 2004.

©Photo TC Media – Claude-André Mayrand

RÉACTIONS. La garderie Au petit champignon, de Saint-Sulpice, est frappée de plein fouet par un tourbillon médiatique depuis la publication, mardi, d'un reportage de Radio-Canada concernant les liens qu'a la propriétaire, Rosalba Guerrera, avec le crime organisé via ses frères, son conjoint et son ex-conjoint et le fait qu'elle avait reçu des subventions gouvernementales de 20 M$ au cours des dernières années. Et si certains parents sont inquiets, tous s'entendent pour dire que la nouvelle arrive comme une mauvaise surprise.

:« Sur le coup, j'ai été frappée en lisant l'article. J'espérais que la sécurité des enfants n'était pas en jeu, confie en entrevue Jésabel Clément, mère de deux enfants qui fréquentent Au petit champignon. Par la suite, je ne me suis pas sentie inquiétée [outre-mesure]. Ça fait 20 ans que cette garderie roule et il ne s'est jamais passé quoi que ce soit. »

Pour Sandra Lavoie, la situation est un peu plus inquiétante, même si, en réalité, la propriétaire n'est pratiquement jamais présente à la garderie, selon celle qui a déjà un enfant à la garderie et un autre qui doit y entrer le 22 juin prochain.

« Quand c'est relié au crime organisé, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Ça porte à réfléchir. »

Son conjoint et elle remettent en question l'idée d'envoyer leur plus jeune et prévoient en discuter, avoue celle qui s'inquiète aussi pour l'avenir de la garderie.

Approchée par Radio-Canada avant la parution de l'article, Mme Guerrera savait qu'elle faisait l'objet d'une enquête journalistique.

« C'est ordinaire d'apprendre ça par les médias. Un communiqué, ou même une réunion pour mettre les parents au courant aurait été apprécié, affirme Mme Lavoie, qui se promet d'appeler la directrice de l'établissement, Véronique Rompré, pour obtenir des réponses à ses questions. Si personne ne nous dit rien, je vais trouver ça louche. »

TC Media Hebdo Rive Nord a tenté d'obtenir mercredi des précisions de Mme Rompré, qui accueillait les parents à la garderie, le matin.

« Je ne ferai aucun commentaire sur la situation. Tout va très bien avec les parents », s'est-elle limitée à dire.

Une garderie encensée

Tous les parents interrogés s'entendent sur une chose: le service offert Au petit champignon est de haute qualité.

« Après avoir envoyé mes enfants à d'autres garderies, c'est la première en qui j'ai vraiment confiance, explique Jésabel Clément, qui est aussi membre du Comité de parents de l'établissement. L'article met la réputation de la garderie en jeu. J'ai confiance en la direction et le personnel. Ils prennent soin des enfants. »

Même son de cloche pour une autre mère, Marie-Ève Ouellet, qui qualifie « d'exceptionnel » le service offert Au petit champignon.

Des doutes

Il y a quand même un doute qui apparaît, croit Carol-Ann Bourque, qui a un garçon à la garderie et un autre sur la liste d'attente.

« Ce n'est rien de rassurant. Si son conjoint vient quand les enfants ne sont pas présents [pour faire des travaux, selon Radio-Canada], qui dit qu'il ne cache pas des affaires dans les murs? », se questionne-t-elle.

Un autre élément qui fait sourciller les parents est le nom de la propriétaire dans l'article de Radio-Canada. Rosalba Guerrera se faisait appeler Roxanne Guerrera dans toutes les communications avec les parents.

« Quand on ne donne pas son vrai nom, souvent ça cache quelque chose », croit Sandra Lavoie.

« J'espère qu'elle va donner sa version des faits et répondre aux questions des parents. À sa place, j'aurais fait en sorte d'aviser avant que les parents tombent face à face avec ça. Ça aurait été apprécié. J'espère qu'elle va maintenant nous contacter », ajoute Jésabel Clément.

Cette dernière, malgré sa présence sur le Comité de parents, n'avait jamais affaire à Mme Guerrera, et ne l'a vue que « deux à trois fois » en quatre ans.

Proche des Hells

La journaliste de Radio-Canada, Marie-Maude Denis, révélait mardi que Rosalba Guerrera avait été la conjointe du numéro deux des Hells Angels, Louis « Melou » Roy, pendant 15 ans, jusqu'à sa disparition et sa mort probable en 2000.

Elle a refait sa vie avec Alex Guerra, qui a été condamné à cinq ans de prison après avoir tenté d'importe 250 kg de cocaïne. Ses deux frères trempent aussi dans le milieu des stupéfiants et certaines de ses relations seraient proches des Hells.

Elle n'a personnellement aucun antécédent criminel.

La résidente d'un quartier cossu de Laval est propriétaire d'une autre garderie subventionnée, située à Anjou. Ses deux établissements comptent un total de 160 places.

Elle est aussi propriétaire de la résidence pour personnes âgées Manoir Mascouche, à Mascouche.

Aux journalistes couvrant les activités de l'Assemblée nationale, la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, s'est limitée à dire, mercredi, qu'une enquête était en cours sur la question.