Le cri du cœur d’une famille de Terrebonne expulsée du pays

  • Publié le 27 mars 2026 (Mis à jour le 27 mars 2026)
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Alec Brideau
La famille Pedraza Onate. (Photo gracieuseté - Linda Paola Romero Sanchez)
La famille Pedraza Onate. (Photo gracieuseté – Linda Paola Romero Sanchez)

Une famille installée au Québec depuis 2018 doit être expulsée du pays ce samedi 28 mars. Originaire de la Colombie, la famille Pedraza Onate a fui son pays d’origine en raison de menaces et d’extorsions et répétées de la part de groupes armés illégaux. Malgré cela, huit ans plus tard, celle-ci fait face à un renvoi en Colombie, ordonné par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Les faits

Diego Andres Pedraza Onate (le père) et Linda Paola Romero Sanchez (la mère) sont natifs de la Colombie. Ils ont trois enfants, dont Maria Isabella, la plus jeune, née au Canada en 2019. L’aînée, Sara Nicole, s’est mariée  en janvier dernier avec Isai Antonio Gadbois, un citoyen canadien. Le cadet se nomme Aaron Santiago.

Depuis son arrivée en 2018, la famille a appris le français, a fondé deux entreprises et s’est acheté une maison, d’abord à Saint-Roch-de-l’Achigan, puis à La Plaine, à Terrebonne. Les enfants sont passés par le système scolaire québécois et Aaron Santiago et Maria Isabella y sont inscrits pour l’année scolaire en cours.

Après leur mariage, Sara Nicole et Isai Antonio ont entamé une demande de parrainage pour que la jeune fille puisse rester au Canada. 

Historique des demandes

La famille a demandé l’asile au Canada en 2018. SA demande a été rejetée par la Section de la protection des réfugiés (SPR) le 29 novembre 2021 et son appel auprès de la Section d’appel des réfugiés (SAR) a aussi été rejeté, celui-ci le 14 avril 2022.

En 2022, ils déposent une demande de considérations d’ordre humanitaire, puis en juin 2024, une demande d’examen des risques avant renvoi (ERAR). Leur avocate de l’époque n’ayant pas soumis toute la documentation nécessaire demandée par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), la famille Pedraza Onate a vu sa demande de considérations d’ordre humanitaire être refusée en octobre 2025, tout comme celle d’ERAR.

Maintenant représentée par Me Marie-Hélène Giroux, des demandes de contrôles judiciaires ont pu être déposées pour ces deux demandes. Celle de la considération d’ordre humanitaire a été jugée recevable et la famille attend encore une décision pour l’ERAR, même s’ils doivent quitter le pays samedi.

Soutien de députés

Député de Rosement – La-Petite-Patrie et membre de la Chambre des communes du Canada, Alexandre Boulerice soutient la famille Pedraza Onate. Il souligne que les décisions rendues par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) reconnaissaient les menaces et les dangers que la famille a subies en Colombie, mais qu’elles ne reconnaissaient peut-être pas les dangers qu’engendreraient un retour là-bas.

« Le point de contention à l’époque était surtout que la famille avait la possibilité de refuge interne dans des villes où leurs bourreaux n’opéraient pas, dit-il dans une lettre d’appui à la famille. Bien qu’il ait eu un démantèlement supposé du Cartel Los del Norte, il est noté que les membres restants du groupe ont rejoint la Segunda Marquetalia, une faction dissidente des FARC. Cette organisation aurait élargi son influence à travers le pays de sorte à réduire considérablement, voire même empêcher, la possibilité de refuge interne de la famille en Colombie. »

M. Boulerice indique que ces faits ont été partagés dans la demande de contrôle judiciaire pour l’ERAR, qui est toujours en attente d’une décision. Le député croit aussi que les enfants devraient pouvoir continuer d’obtenir les soins qu’ils reçoivent actuellement.

« Il doit être noté que ces derniers continuent de recevoir des suivis médicaux au Québec avec certains rendez-vous toujours à venir. En effet, depuis le 28 janvier 2026, Aaron Santiago reçoit des suivis en psychothérapie alors que la petite Maria Isabella reçoit pour sa part des suivis en orthophonie auprès du CIUSSS de Lanaudière. »

M. Boulerice a noté dans sa lettre qu’il serait « extrêmement préoccupant » de renvoyer la famille alors qu’une demande de contrôle judiciaire pour l’ERAR est en cours. Il considère que les nouveaux développements liés aux risques advenant un renvoi en Colombie doivent être présentés et entendus par la cour fédérale, et ce, avant de prendre une décision. Il qualifie aussi de « crucial » l’importance de permettre à Aaron Santiago et Maria Isabella de pouvoir terminer leur année scolaire et poursuivre leurs suivis médicaux dans un environnement sécuritaire qu’ils connaissent.

« Pour toutes ces raisons, Madame la Ministre, que je vous demande de bien vouloir utiliser votre pouvoir discrétionnaire pour octroyer des Permis de séjour temporaire [à la famille Pedraza Onate] le temps que leur demande de Considérations d’ordre humanitaire soit traitée et que leur ERAR soit revu », a-t-il conclu en fin de lettre.

De son côté, le député de Laurier-Dorion et membre de l’Assemblée nationale du Québec, Andrés Fontecilla, s’est dit inquiet des impacts qu’un « retour forcé vers la Colombie » pourrait avoir sur la santé et la sécurité de la famille.

« Ils ne devraient pas être renvoyés vers un pays où leur vie, leur liberté ou leur intégrité pourraient être menacées alors qu’ils ont réussi à bâtir une vie stable au Québec, où leurs enfants auront la chance de s’épanouir pleinement », a déclaré M. Fontecilla dans une lettre d’appui.

Ce dernier a terminé sa lettre en soutenant qu’il demande un sursis administratif à la mesure de renvoi de la famille, jusqu’à ce que leurs dossiers de résidence permanente soient traités. L’avocate de la famille, Me Marie-Hélène Giroux le précise bien, la demande de visa temporaire doit d’abord et avant tout permettre d’aller au bout des procédures d’IRRC car « on sait que s’ils sortent, cela peut prendre dix ans, et ils ne reviendront pas ». 

Effet domino

Pour la famille Pedraza Onate, cette expulsion est synonyme de perte de tout ce qu’elle a construit ici, au Québec et dans sa communauté. Sara Nicole a commencé à travailler auprès des personnes âgées pendant la pandémie de la COVID-19 et souhaitait continuer ses études pour travailler avec les aînés. 

« Je travaillais un peu pour le gouvernement, a-t-elle souligné. J’ai fait des activités pour les personnes âgées, dans leurs derniers souffles. C’est d’ailleurs pendant cette période que j’ai réalisé que je voulais être gérontologiste, après avoir terminé mes études ici. Ça faisait huit mois que je travaillais avec des personnes âgés, mais j’ai dû quitter ensuite, car nous avons perdu notre permis de travail. »

Les entreprises de nettoyage et de déneigement fondées par Diego Andres et Linda Paola emploient autour d’une dizaine de personnes entre employés directs et sous-traitants. Diego Andres ajoute qu’en quittant le pays, ses employés et leurs familles seront eux aussi impactés. « J’ai des employés qui attendent un salaire, a dit Diego Andres. Ce n’est pas juste nous. C’est toute une chaîne de gens que ça va affecter. »

Enfin, la famille assure que la date d’expulsion étant fixée à moins de 24h, elle n’aura certainement pas vendu tous ses biens à temps. « Nous avons appris la date de départ environ un mois à l’avance, nous a expliqué la famille. Toutefois, c’est aussi que notre avocate nous a conseillé d’attendre avant de tout vendre, car selon elle tout n’était pas perdu en raison de la révision du dossier. » Voitures, maisons, entreprises…tout serait à liquider.

Isai Antonio, le mari de Sara Nicole a tenu à faire part de son inquiétude face à la situation. Il voit, en la famille Pedraza Onate, des gens qui aiment le Québec et qui se sont bien adaptés à la culture locale. « Ils parlent français et veulent être ici, a conclu Isai Antonio. Ça ne fait pas huit ans qu’ils sont là, s’intègrent dans la société et travaillent, pour rien. Je pense qu’ils méritent de rester ici. »

Et est-ce que Diego Andres et sa famille veulent rester au Canada? Dans un souffle, le père de famille répond l’évidence : « Oui ».

 

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