Prévention du suicide | Reconnaître les signes et intervenir auprès des jeunes

  • Publié le 3 févr. 2026 (Mis à jour le 3 févr. 2026)
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La pédopsychiatre, Marie-Hélène Delisle, et la cheffe d’administration de programme en santé mentale jeunesse, Marie-Michèle Boileau.  (Photo Médialo - Marie-Christine Gaudreau)
La pédopsychiatre, Marie-Hélène Delisle, et la cheffe d’administration de programme en santé mentale jeunesse, Marie-Michèle Boileau. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Selon le rapport « Les comportements suicidaires au Québec : Portrait 2025 » de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le taux de suicide est en constante diminution depuis 2004, avec une baisse annuelle moyenne de 1,3 %. Néanmoins, le même rapport fait état d’une hausse des hospitalisations attribuables aux tentatives de suicide, notamment chez les jeunes filles et femmes âgées de 10 à 19 ans, entre 2010 et 2023.

Sachant cela, comment s’assurer que nos jeunes vont bien et qu’ils bénéficient du soutien nécessaire en cas de difficultés ? Marie-Hélène Delisle, pédopsychiatre, et Marie-Michèle Boileau, cheffe d’administration de programme en santé mentale jeunesse 1ère et 2e lignes au CISSS de Lanaudière, ont accepté d’en discuter avec l’Hebdo Rive Nord.

« Les suicides chez les enfants et les adolescents, c’est quand même un phénomène qui est très rare. C’est dramatique à chaque fois, mais très rare », réitère d’emblée la pédopsychiatre, Marie-Hélène Delisle. Dans le cadre de ses fonctions, elle côtoie fréquemment des jeunes qui ont formulé des idées suicidaires ou qui ont commis une tentative de suicide, au Centre de services ambulatoires en pédopsychiatrie de Repentigny ainsi qu’à la clinique externe du CHDL, à Joliette.

Marie-Hélène Delisle intervient auprès des jeunes qui vivent de grandes difficultés en matière de santé mentale. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Reconnaître les signes

Bien que la tendance générale s’inscrive à la baisse en matière de suicidalité et qu’elle touche moins les jeunes que d’autres groupes d’âge, la docteure Delisle maintient qu’on se doit de s’attarder à la problématique.

« Le premier message pour tout le monde, c’est de demeurer vigilant et ouvert à [la discussion autour du suicide]. Un entourage qui n’est pas disponible émotionnellement à recevoir ce genre de message ou à voir ces signes-là ne sera pas en mesure d’identifier et de réagir », explique la pédopsychiatre.

En d’autres termes, il importe pour les adultes gravitant autour d’enfants et d’adolescents de prendre soin de leur propre santé mentale afin d’être « en mesure de faire ce travail-là de détection et d’aller aborder les choses de fonds quand des signaux apparaissent ».

Les signes peuvent s’exprimer de multiples manières, poursuit la docteure Delisle : « Le plus classique, c’est le jeune qui s’isole plus, qui laisse tomber des activités ou qui est moins motivé dans ses activités; autant le sport, le social que l’école ». Des notes qui chutent, un sommeil altéré, des changements d’humeur, davantage d’irritabilité, une prise de risques inhabituelle ou plus grande qu’avant sont également des signaux qui méritent d’être considérés et questionnés.

« Tout enfant ou adolescent qui rapporte des idées suicidaires ou qui fait une tentative de suicide, on encourage l’entourage à prendre ça au sérieux et à vraiment éviter de minimiser ou de banaliser la situation. Peu importe la situation, ça mérite tout le temps de s’y attarder et de comprendre ce qui se passe pour cet enfant », insiste la spécialiste.

Oser briser les tabous

Pour ce faire, Marie-Hélène Delisle souligne qu’il faut inévitablement oser sortir du climat de malaise généralisé entourant les idées suicidaires et le suicide. « Si on a eu accès à [des propos inquiétants] ou qu’on craint [des pensées suicidaires], c’est notre responsabilité de valider auprès des enfants et des adolescents, frontalement, de poser les vraies questions, avec les vrais mots », affirme la pédopsychiatre. « Est-ce que tu aurais des idées suicidaires ? As-tu envie de mourir ? As-tu pensé à des plans ? Es-tu en sécurité ? »

C’est à partir de là qu’on sera à même d’évaluer le niveau d’urgence et de prendre les actions nécessaires pour assurer la sécurité de l’enfant. « Si on se rend compte que la personne est sur le point de passer à l’acte ou qu’elle ne se sent pas en sécurité avec les idées suicidaires, on ne doit surtout pas hésiter à se rendre l’urgence », assure la docteure Delisle.

Des ressources disponibles rapidement

La cheffe d’administration de programme en santé mentale jeunesse, Marie-Michèle Boileau, renchérit : « On peut appeler au 811 option 2, aussi. Ils vont procéder à l’estimation,  si comme parent ou entourage, on se questionne sur le degré d’urgence ». Celle-ci explique que pour les jeunes considérés à haut risque de passage à l’acte ou qui aurait déjà fait une tentative, les services sont mis en place très rapidement, dans un délai de 24 à 48 h. D’ailleurs, de façon globale, Mme Boileau constate une nette amélioration de l’efficacité des services en santé mentale jeunesse dans Lanaudière depuis les dernières années.

Marie-Michèle Boileau veille à la collaboration des équipes et à la fluidité entre les différents programmes en santé mentale et en prévention du suicide chez les jeunes au CISSS de Lanaudière. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

« On a beaucoup travaillé à diversifier l’offre de services pour mieux répondre aux besoins de la population plus rapidement, et éviter que les situations se détériorent », souligne-t-elle. Cela passe notamment par la mise en place de services de groupe, notamment pour la gestion des émotions ou les comportements auto-dommageables, par exemple. Lorsqu’elle convient à l’usager, cette formule, en complémentarité aux suivis individuels lorsque nécessaire, contribue à briser l’isolement et à amener le jeune à se sentir moins seul face à ses problèmes, remarque Marie-Michèle Boileau.

Cette approche additionnée à la mobilisation et à l’engagement des équipes en santé mentale jeunesse du CISSS de Lanaudière permet de répondre à 90 % des demandes de services dans le délai recommandé de 30 jours et moins.

Retrouver l’espoir

Enfin, mesdames Delisle et Boileau s’entendent pour conclure ainsi : « Au moment où on se questionne, c’est légitime d’aller chercher des réponses. Même si notre enfant, notre adolescent, ne présente pas les symptômes typiques, si nous on a le sentiment qu’il y a quelque chose qui a changé, c’est tout à fait légitime qu’on questionne ou qu’on aille chercher des ressources […] Il n’y a personne qui va déranger avec ça. » Surtout, elles rappellent qu’il y a toujours de l’espoir, même lorsqu’on n’en trouve plus, et que personne ne devrait rester seul avec sa détresse. Les ressources sont là.

 

Besoin d’aide ?

Plusieurs ressources sont disponibles 24 h / 24,  7 jours sur 7.

En ligne : suicide.ca;

Au téléphone : 1 866-APPELLE (277-3553), InfoSocial 811, option 2;

Par messagerie texte : 535 353.  

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