Sans enfant… et après ?

  • Publié le 10 mars 2026 (Mis à jour le 10 mars 2026)
  • Lecture : 4 minutes
Catherine-Emmanuelle Delisle a dû renoncer à avoir des enfants en raison d'une condition médicale. Elle a choisi il y a quelques années d'aider les femmes sans enfant, par choix ou par circonstances, à composer avec les enjeux qu'implique leur réalité.
Catherine-Emmanuelle Delisle a dû renoncer à avoir des enfants en raison d’une condition médicale. Elle a choisi il y a quelques années d’aider les femmes sans enfant, par choix ou par circonstances, à composer avec les enjeux qu’implique leur réalité.

Si l’on remonte de quelques décennies, avoir des enfants ou non; la question ne se posait pas. Il en allait de soi, pour les générations futures. Or, aujourd’hui, de plus en plus de femmes assument le choix de ne pas se reproduire. La thérapeute en relation d’aide Catherine-Emmanuelle Delisle se spécialise dans le vécu des femmes sans enfant, et ce, que ce soit par choix ou par circonstance. L’Hebdo Rive Nord s’est entretenu avec elle.  

Son vécu personnel l’a mené, très jeune, à devoir faire une croix sur la maternité. Née sans ovules, elle apprend à l’adolescence qu’il lui sera impossible de donner la vie, du moins naturellement. Après avoir refoulé cette réalité durant de longues années, elle finit par l’affronter vers l’âge de 35 ans.

Elle se rend alors à l’évidence que ni les traitements de fertilité ni l’adoption ne sont des options qui lui conviennent. Elle fait donc le choix de renoncer à avoir un jour des enfants, d’entamer son deuil et ultimement de venir en aide aux femmes qui, comme elle, traversent leur vie sans enfant. Car, elles sont nombreuses.

La fécondité en baisse

Si on s’attarde aux chiffres, une récente étude sur la fécondité menée par Statistique Canada dévoilait en début d’année que le Canada était entré dans le groupe des pays à « fécondité ultra-faible », affichant une fécondité totale de 1,25 enfant par femme, en 2024.

L’analyse a entre autres démontré que « cette forte baisse de la fécondité ne s’explique pas uniquement par un recul des naissances, mais aussi par une augmentation du nombre de femmes qui n’ont pas d’enfants, que ce soit par choix, par circonstances ou en raison d’un report de la maternité ».

En effet, l’âge moyen de la maternité au pays a atteint un sommet inégalé de 31,8 ans en 2024, tandis que la proportion de femmes de 50 ans et plus qui n’ont pas d’enfant a également progressé au cours des 30 dernières années, passant de 14,1 % en 1990 à 17,4 % en 2022.

Plus près de nous, l’Institut de la statistique du Québec brossait le portrait des naissances et de la fécondité par région administrative et MRC dans son Bulletin sociodémographique de décembre 2025. Bien que cette analyse ne se soit pas penchée sur la question des femmes sans enfant, elle a démontré une nette baisse de la fécondité, se situant au plus bas niveau jamais enregistré.

Moins de naissances dans Lanaudière

Dans la région de Lanaudière, l’indice de fécondité s’est établi à 1,46 enfant par femme en 2024. Des données plus localisées concernant les années 2021 à 2023 montraient une variation d’une MRC à l’autre. Durant cette période, le taux dégringolait à son plus bas dans la MRC de L’Assomption, avec 1,58 enfant par femme, et atteignait son sommet dans la MRC de Montcalm avec 2 enfants par femme.

En lançant le blogue « Femme sans enfant » il y a une dizaine d’années, Catherine-Emmanuelle Delisle ne savait pas à quel point celui-ci rejoindrait les femmes concernées. Néanmoins, lorsqu’elle avait elle-même cherché du soutien, elle n’avait rien trouvé sur le territoire francophone et avait dû se tourner vers un groupe américain. « Le blogue, je me suis dit que je vais le créer pour que les femmes ne souffrent pas autant que moi j’ai souffert », explique la thérapeute.

« Ce n’est pas parce que tu as choisi de ne pas avoir d’enfant que ça ne vient pas avec des difficultés. C’est difficile pour certaines femmes sans enfant par choix de trouver leur place », poursuit Catherine-Emmanuelle Delisle, qui ne fait pas de distinction quant à la raison de l’absence d’enfant lorsqu’elle accompagne les femmes qui se tournent vers elle.

Des stéréotypes à défaire

Si les femmes sans enfant par circonstance doivent vivre un deuil, les femmes sans enfant par choix doivent souvent faire face aux jugements, aux questions répétées et à de nombreux stéréotypes, mentionne la thérapeute. « On entend souvent que tu ne seras pas une femme totalement accomplie, qu’effectivement tu vas le regretter, que tu dois être égoïste, que tu ne veux pas abîmer ton corps […] L’ espèce d’image caricaturale de la carriériste dans son appart à Montréal qui magasine tout le temps; ce n’est pas ça. C’est beaucoup plus pensé. »

D’expérience, Mme Delisle souligne qu’une variété de raisons mène les femmes à ne pas vouloir d’enfants. Avoir vécu une expérience familiale toxique ou difficile étant jeune ou s’être retrouvé avec des responsabilités familiales qu’elles n’auraient pas dû avoir durant l’adolescence en fait partie. Toutefois, la simple absence de ce désir en est la principale cause. « La raison principale que j’entends c’est : je ne l’ai jamais senti en moi. Dès que j’étais petite, je ne me voyais pas avoir des enfants », rapporte-t-elle.

Mais qu’importe, Catherine-Emmanuelle Delisle s’est donné la mission de normaliser ce parcours de vie en mettant en lumière tout l’éventail de femmes sans enfant. « Je veux aider ces femmes-là à se sentir vues, mieux comprises par leur famille, leur entourage et éduquer la population pour développer l’empathie envers les femmes sans enfants et diminuer les jugements », résume-t-elle. Surtout, elle désire démontrer qu’il est tout à fait possible d’être heureuse et accomplie et d’avoir une vie remplie sans enfant.

Depuis la création de son blogue, Catherine-Emmanuelle Delisle rejoint des femmes de partout au Québec jusqu’en Europe. Elle accompagne les femmes de manière plus individuelle depuis 2021 en devenant thérapeute en relation d’aide.

 

 

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