De plus en plus de Québécois en milieu de carrière choisissent de devenir conseiller en sécurité financière, un métier longtemps perçu comme réservé aux diplômés en finance.
Enseignants, infirmières, représentants commerciaux ou gestionnaires y voient une seconde carrière autonome, sans retour aux études universitaires. Le phénomène coïncide avec un besoin criant de relève dans une industrie dont le réseau de conseillers vieillit rapidement.
Le portrait démographique du secteur explique en partie cet appel d’air. La Chambre de la sécurité financière encadre quelque 34 000 membres, soit les conseillers en sécurité financière, les conseillers en assurance et rentes collectives, les planificateurs financiers et d’autres catégories de représentants. Une part importante de ces professionnels approche de la retraite, et leur départ ouvre des places que la relève peine à combler.
L’alerte est lancée depuis quelques années déjà au sein de l’industrie. Dans les pages de Conseiller, un responsable de la conformité prévenait que le secteur frapperait un mur d’ici trois à cinq ans, la relève se faisant trop rare. Le même constat revient dans les analyses du marché de l’emploi : selon Guichet-Emplois, une partie des postes de conseiller financier qui s’ouvriront au Québec d’ici 2027 le seront en raison des départs à la retraite, dans un contexte de vieillissement de la population et de demande croissante pour des services-conseils individualisés liés à la retraite et à la succession. Pour les nouveaux venus, ce vide représente une occasion rare : reprendre une clientèle existante plutôt que de tout bâtir de zéro.
Contrairement à une idée répandue, devenir conseiller en sécurité financière n’exige pas de baccalauréat en finance. Le parcours passe par le Programme de qualification en assurance de personnes (PQAP), puis par l’obtention d’un permis délivré par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Le PQAP en version québécoise se compose de quatre modules menant au certificat de représentant en assurance de personnes, chacun assorti d’un examen de certification dont la note de passage est de 60 %. La formation se suit en ligne, à son rythme, et coûte environ $350-$500 au total, manuels obligatoires compris. Les examens officiels de l’AMF viennent ensuite valider les compétences acquises.
C’est cette porte d’entrée structurée, plus courte qu’un retour complet aux études universitaires, combinée à la possibilité d’exercer à son compte, qui séduit les profils en reconversion. Le parcours demande toutefois une préparation sérieuse : il s’agit d’un métier réglementé, encadré par l’AMF, où la réussite aux examens ne constitue qu’une première étape avant le développement d’une pratique durable.
Les compétences les plus utiles dans la pratique, l’écoute, la rigueur, le sens du service et la capacité à expliquer des concepts complexes, sont précisément celles que développent d’autres professions. Un enseignant habitué à vulgariser, une infirmière rompue à la relation de confiance ou un vendeur à l’aise dans le développement de clientèle disposent déjà d’une bonne partie du bagage requis. Le permis encadre la pratique, mais c’est l’aptitude humaine qui fait le bon conseiller.
Pour transformer ces candidats en conseillers autonomes, l’accompagnement fait la différence. Plusieurs cabinets de courtage indépendants du Québec misent désormais sur la formation et le mentorat plutôt que sur le simple recrutement. C’est le cas d’Ekinox Courtage & Finances, un centre de formation qui mise sur la formation et le mentorat en sécurité financière pour accompagner les personnes en transition de carrière. Son positionnement repose sur une idée simple : aider les nouveaux venus à franchir les étapes réglementaires, mais aussi à comprendre les réalités concrètes du métier.
« La relève ne manque pas de motivation, elle manque de structure pour démarrer », observe David De Carvalho, directeur d’Ekinox Courtage & Finances. « Un nouveau conseiller qui passe son PQAP sans accompagnement se décourage souvent dans la première année. Notre rôle, c’est de baliser le chemin : la préparation à l’examen de l’AMF, les premiers mandats, puis le développement de son propre bloc d’affaires. »
Ce modèle répond à un enjeu bien documenté : un permis AMF ne suffit pas à bâtir une pratique viable. L’encadrement des premières années, l’accès à des produits variés et le soutien dans la prospection déterminent en grande partie qui restera dans le métier au-delà de la première année.
Avec un réseau vieillissant et une demande soutenue pour les services financiers individualisés, la reconversion vers la sécurité financière devrait rester une voie d’avenir au Québec en 2026 et au-delà. Pour les cabinets indépendants, former la prochaine génération n’est plus seulement une option : c’est une condition de survie de leur modèle d’affaires. Dans ce contexte, les approches qui combinent formation, mentorat, préparation aux examens et accompagnement des premières années pourraient jouer un rôle central pour attirer, structurer et retenir la relève.