Témoignage | Quand les enjeux de transport collectif dictent le choix de carrière

(Photo Médialo - Marie-Christine Gaudreau)
(Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Léa Saint-Georges a 17 ans. Elle demeure toujours au domicile familial, à Repentigny, et ne possède pas de véhicule. L’an dernier, à l’heure du choix d’un domaine d’études postsecondaires, l’étudiante a eu la mauvaise surprise de découvrir que ses options seraient limitées, faute d’un service de transport collectif adapté à ses besoins.

Comme bien d’autres adolescentes, au milieu de son parcours à l’école secondaire, Léa ne savait pas encore où elle s’orienterait au cégep. Résultat : elle ne s’est pas inscrite aux cours de chimie, de physique, de mathématiques et de sciences avancées de 4e et 5e secondaire.

Lorsque ses intentions se sont précisées l’an dernier, Léa a constaté qu’elle aurait besoin de ces cours pour être admise dans un des programmes qui l’intéressaient. Elle a alors été ravie de savoir qu’elle pourrait suivre ces cours au cégep, tout en débutant sa formation générale. Les cégeps de Lanaudière à Joliette et à Terrebonne offrent cette possibilité.

« Ma mère et moi, on avait vérifié le trajet. Puis avec exo, les trajets pour Terrebonne et Joliette, c’était un bon 1h30 à 2h. Ça ne faisait pas de sens pour moi », a raconté l’adolescente, en entrevue avec l’Hebdo Rive Nord, non loin de chez elle, à l’arrêt d’autobus situé à l’angle du boulevard Iberville et de la rue Jacques-Plante, à Repentigny.

Le seul établissement scolaire à distance raisonnable pour Léa était le cégep à L’Assomption. Or, celui-ci ne propose que les mathématiques fortes de 5e secondaire, plutôt que l’ensemble des cours préalables de niveau secondaire, comme les deux autres constituantes du cégep de Lanaudière.

Freinée par le transport

Sans alternative à l’autobus pour aller étudier, Léa Saint-Georges a expliqué que son choix s’est arrêté sur ce cégep, bien qu’il n’offre pas le parcours qu’elle envisageait de prendre. Le trajet entre chez elle et l’établissement se parcourt en une quinzaine de minutes en autobus. « Je me retrouve à faire un tremplin DEC, parce que, justement, ils n’offrent pas ce que je veux faire. Donc, en attendant, au moins, je ne perds pas mon temps, puis je fais mes cours de base. »

Pour l’heure l’étudiante admet qu’elle ne sait pas quelle tangente prendra son cheminement scolaire. Le programme qui l’intéresse à L’Assomption, la Technique d’Optique et lunetterie, exige d’avoir réussi plusieurs des cours préalables qu’elle ne peut pas faire localement pour être admise.

L’autre programme qu’elle convoite, la Technique de santé animale, requiert le cours de sciences enrichi de 4e secondaire. De plus, l’établissement le plus près de Repentigny offrant cette formation se trouve à Sainte-Thérèse. Vérification faite, s’y rendre en autobus représente un vrai casse-tête. Selon l’heure du départ, plus de 2 h et jusqu’à trois correspondances sont nécessaires.

(Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Des améliorations nécessaires

« Le fait que je ne puisse pas faire le cheminement que je voulais à la base, c’est sûr que ça me perturbe un peu et que je me sens perdue encore plus parce que je dois trouver un autre cheminement », a confié Léa. L’étudiante n’est pas parvenue à identifier de plan B pour le moment. Si elle n’arrive pas à trouver sa voie rapidement, elle soutient qu’elle se tournera vers un conseiller en orientation pour l’aider dans ses démarches.

« J’imagine que ça n’impacte probablement pas juste elle, mais beaucoup d’autres jeunes aussi », s’est attristée la mère de Léa, Karine Brassard. Elle estime que des efforts devraient être déployés dans la région pour améliorer le transport, notamment vers Terrebonne et Joliette, afin « que ces jeunes-là puissent continuer leur voie dans leur domaine et non, être restreints ».

 

Un service imparfait

Léa Saint-Georges ne prend le transport en commun que depuis quelques semaines et, déjà, elle note plusieurs lacunes qui nuisent à son expérience. Notamment, bien que le cégep se trouve tout près de chez elle, ses journées s’allongent parfois en raison du transport. Selon l’heure à laquelle elle termine ses cours, les passages de l’autobus qui la ramène chez elle sont parfois moins fréquents. « Hier, je voulais prendre la 8 pour revenir chez moi, mais je l’ai manqué. J’ai dû attendre une heure pour la prochaine », a témoigné la jeune fille en entrevue.

Cette situation est sans compter les retards ou les départs qui n’arrivent tout simplement jamais, a-t-elle noté. En début d’année scolaire, plusieurs événements de cet ordre sont survenus. Heureusement, a constaté Léa, la situation semblait s’être régularisée au bout de quelques semaines. Néanmoins, le service demeure imparfait aux yeux de l’étudiante.

Entre les numéros de circuit absents des panneaux d’affichage des autobus, les circuits qui n’apparaissent pas dans l’application Chrono permettant normalement de suivre l’horaire et la position des véhicules en temps réel et une erreur de trajet de la part d’un chauffeur dans laquelle elle a été prise, Léa Saint-Georges est forcée d’admettre que l’utilisation du transport collectif lui occasionne, à certains moments, un stress supplémentaire dans son quotidien d’étudiante.

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