Profession : préleveur de tissus humains

  • Publié le 21 avr. 2026 (Mis à jour le 21 avr. 2026)
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Le prélèvement de tissus humains est un art en soi.  Photo Médialo Marie-Christine Gaudreau.
Le prélèvement de tissus humains est un art en soi. Photo Médialo Marie-Christine Gaudreau.

À quelques pas de la morgue de l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, Stéphane Thellend, préleveur de cornées chez Héma-Québec, a reçu l’Hebdo Rive Nord dans le laboratoire où il exécute sa délicate tâche, qui offre une deuxième chance de voir à des dizaines de patients annuellement.

Car oui, le prélèvement de tissus humains est un art en soi. Les préleveurs d’Héma-Québec sont formés spécifiquement pour le rôle qu’ils auront à jouer dans la chaîne du don de tissus humains. Mais comment devient-on préleveur? Stéphane Thellend explique que ce sont souvent des personnes formées en thanatologie (étude de la mort) ou en sciences infirmières qui atterrissent dans les rangs d’Héma-Québec.

Pour sa part, M. Thellend a un parcours tout autre. Bosnie, Chypre, Allemagne, Afghanistan; Stéphane Thellend a servi dans l’armée durant 25 ans à titre d’adjoint aux médecins. Il a été formé à l’Université du Nebraska. Ailleurs au Canada, il pourrait pratiquer la médecine, mais pas ici. « Quand j’ai pris ma retraite de l’armée, ma famille voulait qu’on reste au Québec. Je savais que je ne pouvais pas pratiquer, mais vu que c’est un corps qui est mort, je peux pratiquer », raconte-t-il au sujet de sa réorientation de carrière.

 

De la médecine autrement

Le métier de préleveur, mentionne-t-il, lui permet dans garder les pieds dans l’univers médical et scientifique, dont il est un passionné. Si l’interaction avec les patients lui manque, Stéphane Thellend affirme ne pas avoir eu de difficulté à s’adapter à la manipulation de dépouilles. « J’ai vu des atrocités en Afghanistan », confie-t-il. La vue des corps paisibles le réconcilie en quelque sorte avec l’image qu’il a eue de la mort durant des années.

Et bien qu’il ne soit pas celui qui effectue les greffes à la suite du prélèvement, M. Thellend se nourrit encore du sentiment de satisfaction d’aider son prochain en contribuant à améliorer la qualité de vie des receveurs. En effet, ses gestes minutieux auront un impact déterminant dans le quotidien du greffé.

Une tâche qui exige du doigté

Il faut savoir que récupérer une cornée admissible à la greffe n’est pas une mince affaire. « Si on va trop vite, on va perdre des cellules, prévient le préleveur. Ça prend au moins 2500 cellules pour pouvoir transplanter une cornée. » Et au-delà du prélèvement lui-même qui s’exécute en 1h 30 à 2 h 30, il y a toute l’analyse du dossier médical, l’examen physique, les analyses, les multiples désinfections et toute la paperasse à remplir.

« C’est plus sévère [que le don d’organes] », expose Stéphane Thellend. On ne peut pas prendre le risque de prendre des tissus infectés. La raison, c’est que c’est pour aider une personne à avoir une meilleure qualité de vie. On ne va pas la contaminer. » En tout et partout, un seul prélèvement de cornées peut donc exiger plus de 8 h de travail.

Heureusement, lorsque des pépins arrivent en cours de route, tout n’est pas toujours perdu. Une cornée dont trop de cellules ont été perdues peut notamment servir à maintenir en santé la cornée d’une autre personne. « On va aller chercher une micro-couche de cellules dans la cornée [du donneur]. Puis, on introduit ça dans l’œil pour combler le manque de cellules », décrit M. Thellend. Le blanc de l’œil peut également servir à créer des « patchs » pour les personnes dont la sclère a été blessée par des éclats quelconques.

Enfin, les tissus déclinés en cours de route en raison de la présence d’un contaminant ou ceux dont la durée de vie serait expirée sont la plupart du temps conservés et utilisés à des fins de recherche, d’enseignement ou de formation.

 

 

Le saviez-vous?

Si les infections présentes dans le sang rendent les donneurs potentiels inadmissibles, d’autres pathologies telles que le cancer n’empêche pas, la plupart du temps, une personne décédée de donner certains tissus, comme la cornée. En effet, la greffe est sans risque pour la transmission de la maladie. Ainsi, des patients ayant choisi de recevoir l’aide médicale à mourir et qui consentent au don de tissus ont parfois le réconfort de savoir qu’une partie du corps qui ne peut plus rien pour eux servira positivement à quelqu’un d’autre.

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