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Tissus humains: faire le don de la qualité de vie

Chaque donneur a le pouvoir de changer la vie de 20 personnes. Photo gracieuseté.
Chaque donneur a le pouvoir de changer la vie de 20 personnes. Photo gracieuseté.

En 2024-2025, 206 donneurs ont permis de procéder à la transplantation de 551 organes au Québec. Parallèlement, 1097 donneurs ont contribué à la distribution de 7535 tissus humains. Si le don d’organes sauve des vies, le don de tissus humains procure des bénéfices immenses en termes de qualité de vie à des milliers de receveurs chaque année. Lumière sur une pratique qui change des vies à l’ombre des projecteurs.

En cette Semaine nationale du don d’organes et de tissus, il sera bien évidemment question de l’importance de signer sa carte d’assurance maladie et de discuter avec ses proches de sa volonté de faire un ultime don de soi à son décès. On parlera des grands besoins en matière d’organes; des listes d’attente qui s’allongent; des centaines de vies en jeu.

Mais, que dira-t-on du don de tissus ? Probablement très peu. Pourtant, bien que méconnue, la greffe de tissus humains est pratique courante en médecine, même essentielle. En effet, chaque donneur a le pouvoir de changer la vie de 20 personnes grâce aux différents tissus prélevés, et ce, plusieurs années après son décès.

« À l’exception des cornées, tous les autres tissus, on peut les garder jusqu’à 5 ans », explique Sabrina Robichaud, cheffe de programme du don de tissus chez Héma-Québec, en entrevue avec l’Hebdo Rive Nord. On parle entre autres de valves cardiaques, de tendons, d’artères, de peau et d’os.

 

Impact majeur

Ainsi, lorsqu’un donneur est admissible, ses tissus renflouent la banque d’Héma-Québec en attendant de changer une vie, voire de la sauver. « Les valves cardiaques, on sauve des vies avec ça, mentionne en effet Sabrina Robichaud. Ça peut éviter d’éventuelles transplantations de cœur. » Il s’agit d’ailleurs du tissu le plus rare et recherché selon la cheffe de programme, du fait que le diamètre des valves doive s’accorder au gabarit du receveur.

Les autres tissus fréquemment utilisés dans le cadre de greffes comprennent les tissus musculosquelettiques, comme les tendons, qui peuvent permettre à un sportif blessé de recouvrer ses capacités à pratiquer ses activités. La peau est quant à elle très utile pour soutenir la guérison des grands brûlés.

« Les tissus peuvent être transformés aussi. Donc, par exemple, un os peut être transplanté tel quel, mais on peut aussi faire de la poudre d’os avec. Donc, pour réparer, par exemple, une hanche », souligne Sabrina Robichaud. Les tissus oculaires, comme la cornée, n’ont pour leur part rien de moins que le pouvoir de redonner la vue à leur receveur.

L’exception de la cornée

Très précieuses, les cornées ont toutefois la particularité de devoir être « fraîche » pour pouvoir être greffées. Elles doivent notamment être greffées rapidement après le prélèvement, soit dans un délai idéal de 7 à 8 jours et, au plus, 14 jours. « Plus on prélève tôt après le décès, plus la qualité est grande, donc plus on a de chances de la greffer », ajoute Mme Robichaud. Le prélèvement des cornées des donneurs potentiels doit ainsi s’arrimer aux besoins requis par les chirurgies à venir. Et les besoins sont grands. Sabrina Robichaud explique que chez Héma-Québec, la cornée est le tissu le plus demandé en termes de quantité.

En ce sens, afin d’optimiser le nombre de prélèvements de cornées de qualité, Héma-Québec a déployé des préleveurs dans différents hôpitaux du Québec, dont à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, en vertu d’un partenariat avec le CISSS de Lanaudière. Ainsi les donneurs de cornées n’ont plus à être transférés dans les laboratoires d’Héma-Québec, à Québec. Les prélèvements se font sur place.

Les préleveurs, comme Stéphane Thellend à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, sont en mesure « de faire de la vigie sur les décès récents qui sont survenus, donc d’identifier des donneurs potentiels », soumet la cheffe de programme.

Opportunités manquées

Il s’agit d’une valeur ajoutée notable, fait comprendre Sabrina Robichaud, puisque de nombreux donneurs sont déclinés chaque année. Par exemple, les 1097 donneurs retenus en 2024-2025 ont émané de 5778 recommandations.

Quant aux raisons de ces rejets, Sabrina Robichaud énumère de multiples causes. Des maladies comme le VIH, l’hépatite B, l’Alzheimer ou la sclérose en plaques entraînent notamment un refus. D’autres facteurs comme les antécédents médicaux, certaines habitudes de vie ou les comportements sexuels à risque sont aussi pris en considération.

Par la suite des analyses pointues des tissus sont faites pour garantir la qualité. « On s’assure de faire en sorte de ne pas contaminer la personne qui va recevoir la greffe […] Il faut être extrêmement rigoureux », reconnaît-elle, puisque l’objectif de la greffe de tissus est d’améliorer la qualité de vie.

 

 

Dans les circonstances, Mme Robichaud insiste sur l’importance de chaque recommandation. « Au Québec, on estime qu’il y a 78 000 décès [par année]. De ces décès-là, il y aurait 40% qui pourraient être des donneurs de tissus potentiels […] il y a beaucoup d’opportunités manquées. C’est pour ça qu’il faut faire connaître de plus en plus le don de tissus. »

Le don de tissus en quelques chiffres

 

  • Selon le tissu, les donneurs sont admissibles entre 0 et 85 ans;
  • En 2025-2026, le CISSS de Lanaudière a été le 3e établissement le plus performant du Québec en termes de recommandations;
  • 383 donneurs potentiels ont été recommandés;
  • 70 d’entre eux ont fait le don de leurs cornées;
  • D’autres tissus ont été prélevés sur 2 donneurs;
  • 94 % des donneurs de tissus oculaires ont été prélevés sur place, à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur.

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